L’exil sans fin des mi­grants

RÉ­FU­GIÉS. Lun­di, 6 800 Afri­cains en route vers l’Eu­rope ont été se­cou­rus au large des côtes li­byennes. Par­mi eux, de plus en plus d’en­fants iso­lés.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - CA­MILLE MORDELET ET CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

MER CALME, ho­ri­zon dé­ga­gé, pas d’avis de tem­pête en vue… Pour les mi­grants en quête d’Eu­rope, la bonne fe­nêtre mé­téo est le top dé­part d’une tra­ver­sée pé­rilleuse en Mé­di­ter­ra­née. De­puis di­manche, une ar­ma­da de pe­tites em­bar­ca­tions de for­tune se lance des côtes li­byennes pour re­joindre le ri­vage eu­ro­péen le plus proche : l’île ita­lienne de Lam­pe­du­sa. Lun­di, en seule­ment vingt­quatre heures, 6 800 mi­grants — sans doute un re­cord — ont été se­cou­rus au large des côtes li­byennes, prin­ci­pa­le­ment par les gardes-côtes ita­liens, mais aus­si des na­vires de l’agence eu­ro­péenne Fron­tex ou des ba­teaux d’ONG. Hier, les se­cours ont por­té as­sis­tance à 3 000 per­sonnes. Un chiffre qui reste tout de même co­los­sal. Et il n’y a au­cune rai­son pour que les flux de la « route cen­trale » (celle qui part de Li­bye) se ta­rissent. En tout cas, pas tant que le chaos politique en Li­bye se pour­sui­vra : de­puis la chute de Kadha­fi en 2011, le pays est ou­vert à tous vents et les fi­lières ma­fieuses de pas­seurs n’ont au­cun mal à or­ga­ni­ser leurs tra­fics.

Qui sont-ils ?

De­puis le dé­but de l’an­née, 112 000 per­sonnes ont dé­bar­qué en Ita­lie, à peu près au­tant que l’an der­nier à la même époque (117 000). Sauf qu’en 2015, c’est entre la Tur­quie et la Grèce que le plus gros contin­gent de mi­grants était pas­sé. Au to­tal, des cen­taines de mil­liers de ré­fu­giés avaient conver­gé vers l’Eu­rope. Mais de­puis l’en­trée en vi­gueur des ac­cords entre la Tur­quie et l’Union eu­ro­péenne en mars, cette route est presque cou­pée. Quelques cen­taines de per­sonnes par mois par­viennent à pas­ser entre les mailles du fi­let : Sy­riens, Af­ghans, Ira­kiens… Ceux qui partent de Li­bye sont, eux, ori­gi­naires d’Afrique sub­sa­ha­rienne ou de la Corne du conti­nent : « Des res­sor­tis­sants du Ni­ge­ria (20 %), d’Ery­thrée (12 %), du Sou­dan et de Gam­bie (7 %)… qui fuient des si­tua­tions d’ex­trême pau­vre­té ou des zones de conflit », pré­cise Cé­line Sch­mitt, porte-pa­role du Haut-com­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés (HCR).

Route de la mort

Cette mer, tant pri­sée des va­can­ciers, est de­ve­nue aus­si le plus vaste cime- tière ma­rin du monde. Dans les huit pre­miers mois de 2016, les vies et les es­poirs de 3 167 mi­grants ont été en­glou­tis. Le pé­nible re­cord de 2015 (3 771 dé­cès) se­ra donc pro­ba­ble­ment dé­pas­sé. Pas éton­nant, jugent les ex­perts, consta­tant que les bar­casses — sou­vent de simples ba­teaux pneu­ma­tiques mal gon­flés — sont de plus en plus som­maires. « Les pas­seurs savent que leurs em­bar­ca­tions risquent de ne ja­mais leur re­ve­nir. Alors, ils les en­tassent sur des ba­teaux à moindre coût », ex­plique Ju­dith Sun­der- land, du bu­reau ita­lien de Hu­man Rights Watch. « Et ils éco­no­misent leur ga­zole avec l’idée que les au­to­ri­tés eu­ro­péennes iront les se­cou­rir. »

De plus en plus d’en­fants

Le cy­nisme des pas­seurs n’est en rien at­ten­dri par le pro­fil des mi­grants. Des femmes en­ceintes, des vieux, des ma­lades… et dé­sor­mais beau­coup d’en­fants non ac­com­pa­gnés, s’alarment les as­so­cia­tions. « En­vi­ron 15 % des pas­sa­gers de ces ba­teaux voyagent sans leur fa­mille. Ils n’ont par­fois que 11 ou 12 ans. On ne sait pas ex­pli­quer ce phé­no­mène as­sez nou­veau. Peut-être que leurs pa­rents n’ont pas as­sez d’ar­gent à don­ner aux pas­seurs pour par­tir avec eux », sou­pire Cé­line Sch­mitt. IN­TER­AC­TIF lepa­ri­sien.fr Les morts de mi­grants en Mé­di­ter­ra­née Les ar­ri­vées par la mer

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