En car, deux tiers des pas­sa­gers ne s’at­tachent pas

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - ÉMI­LIE TORGEMEN

« CHAUF­FEUR, si t’es cham­pion… » De­main, jour de la ren­trée, re­ten­ti­ra la son­ne­rie, mais aus­si des clas­siques du ré­per­toire des chants de bus sco­laire pour les 2,1 mil­lions d’en­fants et d’ados qui prennent la route de l’école en car.

Beau­coup ne bou­cle­ront pas leur cein­ture. Se­lon une étude de l’as­so­cia­tion Pré­ven­tion rou­tière avec la com­pa­gnie de trans­port Keo­lys* que nous ré­vé­lons, deux tiers des Fran­çais (65 %) ne s’at­tachent pas dans les au­to­cars. Au vu de ces ré­sul­tats ca­tas­tro­phiques, les deux lancent au­jourd’hui la cam­pagne En car comme en voi­ture, j’at­tache ma cein­ture ! Sur le mo­dèle des consignes de sé­cu­ri­té dans les avions, des vi­déos se­ront dif­fu­sées sur les té­lés des vé­hi­cules et une fiche conseil rap­pel­le­ra que s’at­ta­cher peut sau­ver des vies, alors qu’en 2015 (der­niers chiffres dis­po­nibles) les ac­ci­dents de car ont fait 42 tués et 127 bles­sés.

Bou­cler sa cein­ture, c’est obli­ga­toire !

De­puis le 1er sep­tembre 2015, la loi im­pose de se san­gler dans tous les cars. Une obli­ga­tion toute neuve qui ex­plique cette très mau­vaise ha­bi­tude ? Pas tout à fait. De­puis 2003, les pas­sa­gers de­vaient s’at­ta­cher dans tous les cars qui dis­po­saient de cein­tures. Mais ce n’est que de­puis sep­tembre der­nier que 100 % des au­to­cars doivent en être équipés. Ac­ces­soi­re­ment, non at­ta­ché, on risque une amende de 135 €. En théo­rie, ce­la vaut même pour les moins de 18 ans parce qu’en trans­port col­lec­tif (au-des­sus de 9 places), le chauf­feur n’est pas res­pon­sable, alors qu’en voi­ture le conduc­teur est te­nu de payer la dou­lou­reuse pour les pas­sa­gers mi­neurs. Ce­la dit, en 2012, la ver­ba­li­sa­tion de 126 col­lé­giens d’un coup dans le Loi­ret avait créé la po­lé­mique et les amendes avaient fi­na­le­ment été an­nu­lées.

C’est par­mi les ados et les jeunes adultes que le constat est le plus dra­ma­tique. Seuls 4,6 % disent s’at­ta­cher à chaque fois par­mi les 1519 ans ; 9,8 % chez les 20-29 ans. « Dans les bus entre Pa­ris et Lille, le chauf­feur de­mande qu’on s’at­tache… J’en­tends à peine deux, trois clics. Moi-même je pré­fère res­ter libre de mes mou­ve­ments », avoue Hé­lène, une étu­diante. Les jeunes comme elle sont très nom­breux à consi­dé­rer la cein­ture comme in­utile. Le sys­tème à deux points d’at­tache, qui ne tient que le ventre, n’ins­pire pas confiance, « à tort » pré­cise Anne La­vaud, de la Pré­ven­tion rou­tière. A l’Ana­teep, le syn­di­cat des trans­ports sco­laires, on rap­porte aus­si une drôle de mode : « Ci­sailler les sangles ou blo­quer l’ac­croche en y glis­sant un pe­tit ob­jet, des blagues de ga­mins », dé­crit le se­cré­taire gé­né­ral, Chris­tophe Tré­bosc. Pour au­tant, la si­tua­tion n’est pas déses­pé­rée : « La cein­ture en voi­ture est obli­ga­toire de­puis 1972, on est au­jourd’hui à 95 % de taux de port à l’avant. Il a fal­lu trente ans pour y ar­ri­ver. A force de com­mu­ni­ca­tion, s’at­ta­cher se­ra aus­si un ré­flexe en car », as­sure Anne La­vaud. * En­quête réa­li­sée au­près de 1 346 pas­sa­gers entre juillet 2015 et 2016.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.