Les vic­times de Nice veulent une com­mis­sion d’en­quête

AT­TEN­TAT. Les proches de per­sonnes tuées ou bles­sées le 14 juillet à Nice par le ter­ro­riste au ca­mion ont ob­te­nu l’or­ga­ni­sa­tion d’un hom­mage na­tio­nal. Par ailleurs, ils ré­clament une en­quête par­le­men­taire.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Anne, mère d’une pe­tite fille de 12 ans dé­cé­dée lors de l’at­ten­tat de Nice PAS­CALE ÉGRÉ

LEUR TOUR­BILLON de ren­dez­vous à Pa­ris du­rant qua­rante-huit heures les a épui­sés. Mais cette dé­lé­ga­tion de proches des vic­times de l’at­ten­tat du 14 Juillet à Nice (Al­pesMa­ri­times) re­part vers le sud avec ce sou­hait, is­su no­tam­ment d’échanges avec leurs pairs du 13 No­vembre : « Nous vou­lons la créa­tion d’une com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire. » Et avec cette pro­messe, for­mu­lée lun­di par le pré­sident de la Ré­pu­blique : oui, un hom­mage na­tio­nal se­ra ren­du à leurs dis­pa­rus et bles­sés, dans la ville même du drame. « Il fal­lait qu’il ait lieu à Nice », sou­pire l’un d’entre eux.

Ils ne savent pas en­core quand ni com­ment cette cé­ré­mo­nie se tien­dra mais cette « ré­ponse po­si­tive » à l’une de leurs re­quêtes les a ré­con­for­tés. « Ce­la se­ra fin sep­tembre ou cou­rant oc­tobre », avance la deuxième. Le temps de l’or­ga­ni­sa­tion. Avec l’es­poir que le triste dé­compte des morts — 86 à ce jour — n’aug­mente pas. « Il y a en­core des di­zaines de bles­sés hos­pi­ta­li­sés au CHU de Nice », rap­pelle le troi­sième.

Dans ce trio ve­nu ar­pen­ter la ca­pi­tale, il y a Anne. Ce soir-là, sur la pro­me­nade des An­glais, elle a per­du sa fille de 12 ans. Elle sou­haite taire son nom de fa­mille pour pré­ser­ver son en­tou­rage. Elle a dé­ci­dé d’agir comme pré­si­dente de la toute nou­velle as­so­cia­tion de vic­times Pro­me­nade des anges : 14 Juillet*, créée mi-août avec le sou­tien de la Fen­vac (Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des vic­times d’at­ten­tats et d’ac­ci­dents col­lec­tifs). Et ce « même s’il a d’abord été très éprou­vant de se réunir et d’af­fron­ter nos dou­leurs ». Chris­tophe Lyon, ca- dre dans une en­tre­prise de trans­port, a lui aus­si dé­ci­dé de s’en­ga­ger. Ce soir-là, le ter­ro­riste au ca­mion a fau­ché les vies de six membres de sa fa­mille, dont sa femme, son fils et ses pa­rents. « Ai­der les autres, c’est s’ai­der soi-même, glisse-t-il. On ar­rive même à rire en­semble. » A leurs cô­tés, Vincent Del­ho­mel-Des­ma­rest. Ce res­tau­ra­teur tra­vaillait dans un bar si­tué pile là où le 19 tonnes a ache­vé son san­glant par­cours. Lui qui a pas­sé la nuit à ai­der comme il le pou­vait porte un autre genre de bles­sure. « On se re­trouve ac­teur, on contri­bue à sau­ver des vies, mais on est aus­si vic­time », dit-il.

Au nom de leurs pairs, et au plus haut som­met de l’Etat, leur dé­lé­ga­tion a re­layé d’autres de leurs pré­oc­cu­pa­tions. Ils ont ain­si évo­qué la pro­blé­ma­tique du sta­tut des vic­times — dont celles qui, comme Vincent, ont un trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique, et dont la pré­sence, dans cette foule ano­nyme, se­ra dif­fi­cile à prou­ver. « Le pré­sident a as­su­ré qu’il al­lait étu­dier la ques­tion, rap­portent-ils. Il a ex­pli­qué que ce­la dé­pen­dait d’une dé­li­bé­ra­tion entre le FGTI (NDLR : le fonds de ga­ran­tie) et le par­quet an­ti­ter­ro­riste sur la dé­fi­ni­tion de la liste unique des vic­times. » Anne, dont la fille a d’abord été se­cou­rue par un ri­ve­rain des­cen­du de son bal­con, sou­ligne : « Il ne s’agit pas for­cé­ment d’in­dem­ni­sa­tion. On parle de re­con­nais­sance de l’Etat. »

Lors de cet échange, la ques­tion de la pro­li­fé­ra­tion de vi­déos voyeu­ristes dif­fu­sées sur la Toile a éga­le­ment été abor­dée. L’un des vingt-quatre membres fon­da­teurs de l’as­so­cia­tion a ain­si été confron­té à des images fil­mées juste après la mort de ses proches. « Il fau­drait ins­tau­rer des sanc­tions », jauge le trio, bou­le­ver­sé par ce type de com­por­te­ment.

Dans cette pé­riode où ils se sentent in­ca­pables de « vivre autre chose que l’ins­tant pré­sent », disent-ils, l’oreille qu’on leur prête est leur pre­mier sou­tien. « Il y a tant de choses à chan­ger, in­siste Anne. On a fait pas­ser une pa­role. On a be­soin d’écoute. »

« On a fait pas­ser une pa­role. On a be­soin d’écoute »

* pro­me­na­de­de­sanges@gmail.com. Fa­ce­book : pro­me­nade des anges : 14 juillet 2016

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Le pré­sident de la Ré­pu­blique a pro­mis aux proches des vic­times de l’at­ten­tat un hom­mage na­tio­nal, qui se tien­drait à Nice.

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