Mort avec son ma­got

AC­CI­DENT. Charles-An­toine Ca­sa­no­va, maire de Guar­gua­lé (Corse-du-Sud), s’est tué dans un ac­ci­dent de scoo­ter. Il trans­por­tait 102 000 € en grosses cou­pures et une arme.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ÉRIC PEL­LE­TIER

UNE EM­BAR­DÉE mor­telle vient de dé­bou­cher, en Corse, sur une brû­lante en­quête fi­nan­cière. Lun­di ma­tin, vers 8 heures, Charles-An­toine Ca­sa­no­va, 52 ans, maire de Guar­gua­lé, pe­tit village du sud de l’île (130 ha­bi­tants), roule sur la grande courbe qui longe l’aé­ro­port d’Ajac­cio (Corse-du-Sud) en bout de piste. Vite, sans doute trop. Il se trouve au gui­don de son TMax, un scoo­ter sur­vi­ta­mi­né, lors­qu’il chute bru­ta­le­ment sur la chaus­sée. « Trois té­moins confirment l’ori­gine ac­ci­den­telle du drame », pré­cise une source sé­cu­ri­taire sur l’île.

Très vite, pom­piers et po­li­ciers sont in­tri­gués par le ren­fle­ment de la sa­coche por­tée par la vic­time. Elle est rem­plie de billets. Et pas de la pe­tite mon­naie. Les cou­pures de 200 et 500 € font vite grim­per l’ad­di­tion : Charles-An­toine Ca­sa­no­va trans­por­tait près de 102 000 € ! In­ter­ro­gée sur la na­ture de ces fonds, la fa­mille as­sure qu’il s’agit d’« éco­no­mies ». Ex­pli­ca­tion qui laisse scep­tiques les en­quê­teurs de la po­lice ju­di­ciaire et du groupe d’in­ter- ven­tion ré­gio­nal char­gé de lut­ter contre les tra­fics, Charles-An­toine Ca­sa­no­va dis­po­sant d’un simple trai­te­ment d’agent au conseil dé­par­te­men­tal de Corse-du-Sud.

Il y a en­core plus sur­pre­nant. Au mo­ment de sa sor­tie de route, le maire ca­chait un pis­to­let 7,65, ap­pro­vi­sion­né et prêt à l’em­ploi, une balle dans la chambre. Vi­si­ble­ment, l’élu était sur ses gardes. Est-ce à cause de ce convoyage par­ti­cu­lier ? « Il s’agis­sait de se pro­té­ger », af­firment ses proches. L’homme culti- vait son franc-par­ler avec des convic­tions conser­va­trices che­villées au corps. Celles-ci lui ont va­lu de ré­centes me­naces sur les ré­seaux so­ciaux.

Après les af­fron­te­ments aux ac­cents com­mu­nau­taires du 1 3 a oût à S i s c o (Haute-Corse), ce­lui qui se dé­fi­nis­sait comme « pro­fon­dé­ment hu­ma­niste et ré­gio­na­liste convain­cu » conseillait sur Fa­ce­book à son ho­mo­logue du cap Corse d’ex­clure « dé­fi­ni­ti­ve­ment » les Magh­ré­bins de sa com­mune, in­vi­tant par ailleurs à ap­pli­quer « la loi du Ta­lion ». Ce qui lui va­lait une plainte pour in­ci­ta­tion à la haine de la part de l’as­so­cia­tion Ac­tion droit des mu­sul­mans. Pro­cé­dure qui ve­nait tout juste d’être trans­mise aux gen­darmes.

Elu de­puis vingt-cinq ans, Charles-An­toine Ca­sa­no­va (éti­que­té li­bé­ral) était très ap­pré­cié de ses 133 ad­mi­nis­trés de Guar­gua­lé. Ce pe­tit bourg de mon­tagne sur­plombe la val­lée du Ta­ra­vo, sur­nom­mée en Corse la « val­lée des jeux », un clin d’oeil à l’exode des crou­piers par­tis nom­breux tra­vailler dans les ca­si­nos afri­cains. Ici on vote en masse ( à d r o i t e ) , s a ns qu’une voix se perde en che­min. A tel point que sel on « Corse- Ma­tin » les ha­bi­tants ont ob­te­nu un tro­phée du ci­visme* en 2012 puis en 2014. L’as­so­cia­tion dé­li­vrant cette ré­com­pense te­nait à sa­luer la mo­bi­li­sa­tion des élec­teurs. Les en­quê­teurs tentent main­te­nant de mieux cer­ner la per­son­na­li­té de la vic­time. Ils se de­mandent qui de­vait re­ce­voir les billets. Et à qui étaient des­ti­nées les balles. Ou in­ver­se­ment.

Une plainte pour in­ci­ta­tion à la haine dé­po­sée contre la vic­time après les évé­ne­ments de Sis­co

* A ne pas confondre avec les Ma­riannes d’or, dé­cer­nées par une as­so­cia­tion qui en­tend pro­mou­voir les in­no­va­tions mu­ni­ci­pales et la pé­da­go­gie de la Ré­pu­blique.

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