Di­vines, c’est le mot !

CI­NÉ­MA. « Di­vines », qui a fait sen­sa­tion au Fes­ti­val de Cannes, sort en salles au­jourd’hui. Un film coup de poing, en forme de tra­gé­die mo­derne, sombre et drôle.

Aujourd'hui en France - - LES SORTIES AU CINÉMA - RE­NAUD BARONIAN

est in­ven­tif, pro­fond et maî­tri­sé, rap­pe­lant par mo­ments le meilleur de ci­néastes comme Mar­tin Scor­sese ou Brian De Pal­ma. D u même ton­neau que « Scar­face », cette tra­gé­die mo­derne est le film d’une femme qui en a sous le ca­pot et qui ac­corde de l’im­por­tance à la spi­ri­tua­li­té, le titre fai­sant ré­fé­rence non pas à la re­li­gion mais à la di­vi­ni­té tout in­té­rieure de ses hé­roïnes.

Un tour­nage com­plexe

Hou­da Be­nya­mi­na a mis quatre ans pour par­ve­nir à ce ré­sul­tat épa­tant. « C’était le temps qu’il fal­lait. On a dé­sor­mais des dif­fi­cul­tés à trou­ver de l’ar­gent pour tour­ner, mais pour moi le manque d’ar­gent n’a ja­mais été un écueil, on peut tou­jours trou­ver des moyens. On me dit sans cesse que c’est la crise, sauf que, là d’où je viens, ça a tou­jours été la crise ! »

Si le film a ob­te­nu du pre­mier coup l’avance sur re­cette du CNC, presque toutes les chaînes de té­lé ont re­fu­sé de par­ti­ci­per au fi­nan­ce­ment : « Ils ve­naient de fi­nan­cer Bande de f i l l es de Cé­line Sciam­ma, ils ne vou­laient plus de film de ban­lieue. Mais mon pro­duc­teur est comme moi, il s’est bat­tu, il a har­ce­lé France 2 Ci­né­ma, et fi­ni par ob­te­nir un ren­dez­vous avec la res­pon­sable du ci­né­ma de la chaîne, Va­lé­rie Boyer : je suis res­tée une heure dans son bu­reau, je lui ai ex­pli­qué que ce n’était pas un film de ban­lieue, et en sor­tant elle m’a dit oui. »

Fi­na­le­ment do­té d’un bud­get de 2 M€, « Di­vines » a pu en­trer en phase de tour­nage, mais le film n’était pas au bout des dif­fi­cul­tés : « Les scènes en ban­lieue et dans le bi­don­ville ont été tour­nées à Mon­treuil. On a eu des pro­blèmes après l ’ at­ten­tat de Char­lie Heb­do : on ne pou­vait plus tour­ner dans les ci­tés et les su­per­mar­chés, ça nous a ra­len­tis. Mais il ne faut pas faire ce mé­tier si on pense que ça va être fa­cile… »

Un cas­ting ébou­rif­fant

La réus­site de « Di­vines » tient au­tant au ta­lent de sa réa­li­sa­trice, Hou­da Be­nya­mi­na, qu’aux per­for­mances éblouis­santes de ses jeunes ac­trices.

Dans les trois rôles prin­ci­paux de Dou­nia, Mai­mou­na et Re­bec­ca, les jeunes Ou­laya Amam­ra, Dé­bo­rah Lu­ku­mue­na et Jis­ca Kal­van­da sont stu­pé­fiantes d’éner­gie et de na­tu­rel. Rien n’était pour­tant im­pro­vi­sé sur le film, très écrit, et elles ont dû tra­vailler dur, à l’exemple de Dé­bo­rah Lu­ku­mue­na. « Je lui ai fait pas­ser un es­sai, elle m’a fait chia­ler, mais après je l’ai lais­sée ma­ri­ner huit mois dans l’in­cer­ti­tude, sou­rit la réa­li­sa­trice. Je fe­rais la même chose si je fai­sais tour­ner Leo­nar­do DiCa­prio : je sou­haite une re­la­tion d’égal à égal avec les co­mé­diens, il faut qu’ils soient prêts à tra­vailler, à ré­pé­ter, per­sonne n’est star. »

La pre­mière à en faire les frais fut Ou­laya Amam­ra, la pe­tite soeur de la ci­néaste. « Au dé­part, je ne sou­hai­tais pas qu’elle joue Dou­nia, je lui avais dit qu’il était in­utile qu’elle passe le cas­ting, parce que j’ai une re­la­tion fu­sion­nelle avec elle que je ne vou­lais pas abî­mer. En plus, c’est quel­qu’un de dé­li­cat, de pré­cieux, elle a fait quinze ans de danse clas­sique, elle est al­lée dans un ly­cée ca­tho­lique pri­vé… Bref elle est très éloi­gnée du per­son­nage de Dou­nia. Mais elle a su me convaincre… Et elle s’est mé­ta­mor­pho­sée. » Elle a bien fait : comme ses par­te­naires, Ou­laya crève l’écran.

Dans ce film puis­sant, à la fois drôle et tra­gique, Dou­nia (in­ter­pré­tée par Ou­laya Amam­ra, à gauche) rêve de faire for­tune. Ac­com­pa­gnée de son amie Mai­mou­na (jouée par Dé­bo­rah Lu­ku­mue­na, à droite), elle va de­man­der conseil à une dea­leuse de sa ci­té...

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