Tout change !

JOUR J. Ja­mais une ren­trée n’a of­fert tant de nou­veau­tés. Tous les ni­veaux sont concer­nés. Pa­ri osé ou trop ris­qué ?

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Claude Le­lièvre, his­to­rien de l’édu­ca­tion CHRISTEL BRIGAUDEAU ET FLO­RENCE MÉRÉO

« LE PRE­MIER jour, même les cancres ont en­vie de bien faire. La ren­trée est tou­jours un état de grâce, re­lève Pa­trice Ro­main, qui di­rige un gros col­lège de la ban­lieue d’Or­léans (Loi­ret). Au dé­but, les en­fants sont tout mi­gnons et les profs pleins d’en­thou­siasme. C’est plus tard que la réa­li­té re­prend ses droits. » Et c’est plus tard, quand les pre­miers bul­le­tins se­ront rem­plis, que les ré­formes mises en oeuvre au­jourd’hui dans le pri­maire et les col­lèges mon­tre­ront, ou pas, leurs ef­fets pour les 10 mil­lions d’en­fants concer­nés.

Si le ly­cée et ses 2 mil­lions d’élèves res­tent un peu à l’écart du cham­bou­le­tout, les nou­veau­tés, dans cette der­nière ren­trée du quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande, sont nom­breuses (voir ci-contre).

« Sur le ter­rain, ça va for­cé­ment tan­guer »

« Réé­crire tous les pro­grammes en même temps, du pri­maire à la 3e, ne s’était ja­mais vu, ob­serve l’his­to­rien de l’édu­ca­tion Claude Le­lièvre. Au col­lège, on as­siste à une ré­forme de conte­nus fort im­por­tante. C’est très co­hé­rent sur le pa­pier, mais sur le ter­rain, ça va for­cé­ment tan­guer. »

Au risque de faire cé­der par trop de pres­sion le cadre à peine des­si­né ? « Beau­coup de chan­ge­ments ne font pas une bonne politique, es­time la dé­pu­tée An­nie Ge­ne­vard, char­gée des ques­tions d’édu­ca­tion au par­ti LR. La re­fonte des pro­grammes était un Hi­ma­laya, elle s’est faite dans la pré­ci­pi­ta­tion. Avec la ré­forme du col­lège, c’est le bou­quet : on perd les élèves dans des choses idiotes, et on dé­sta­bi­lise une pro­fes­sion dé­jà en dif­fi­cul­té de ré­sul­tats. »

Une grève des en­sei­gnants est an­non­cée jeu­di pro­chain contre la ré­forme du col­lège. Dans son éta­blis­se­ment du Loi­ret, Pa­trice Ro­main es­time qu’en­vi­ron « 20 % des en­sei­gnants sont très par­tants pour la ré­forme, 60 % suivent parce que c’est leur tra­vail, et 20 % s’en fichent ».

Chez les pa­rents, pas tous très fa­mi­liers en­core des « EPI » et autres « ac­com­pa­gne­ments per­son­na­li­sés », l’écume des dé­bats sur le su­jet a dé­jà pro­pa­gé ces der­niers mois beau­coup d’idées fausses. « Non l’arabe n’est pas obli­ga­toire au CP, non l’or­tho­graphe n’au­ra pas été ré­for­mée, non l’al­le­mand n’au­ra pas dis­pa­ru », re­cadre la mi­nistre de l’Edu­ca­tion, Na­jat Vallaud-Belkacem, dé­ci­dée à faire men­tir « l’apo­ca­lypse an­non­cée ». Elle veut croire à « une ren­trée apai­sée ».

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