« Je veux sup­pri­mer l’ENA »

PRI­MAIRE. En ce jour de ren­trée, Bruno Le Maire, « troi­sième homme » de la com­pé­ti­tion à droite, ré­vèle ses pro­po­si­tions chocs pour l’édu­ca­tion. Lui pré­sident, l’école de l’élite éta­tique dis­pa­raî­trait.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Propos re­cueillis par OLI­VIER BEAU­MONT ET HEN­RI VERNET

PUR PRO­DUIT lui-même du sys­tème d’élite fran­çais, is­su de l’ENA, Bruno Le Maire pro­met de sup­pri­mer la grande école d’ad­mi­nis­tra­tion s’il est élu en 2017. Au­jourd’hui, c’est la ren­trée sco­laire. Com­ment se porte l’école ? BRUNO LE MAIRE. Très bien pour un élève sur deux et très mal pour un élève sur deux. Ce n’est pas l’école de tous les en­fants. A la fin du pri­maire, beau­coup ne savent pas bien lire et écrire et vont après dans des voies de ga­rage. Voi­là la réa­li­té crue de notre sys­tème édu­ca­tif. C’est pour­quoi j’en fais ma prio­ri­té. Ce­la fait des dé­cen­nies que l’on fait ce diag­nos­tic… Au-de­là du diag­nos­tic, il faut un cap clair pour l’école : on ne doit plus avoir la re­li­gion du di­plôme, mais la re­li­gion de la réus­site et du tra­vail. Mais vous pro­po­sez quoi ? La prio­ri­té ab­so­lue, c’est le pri­maire et la langue fran­çaise. Quand un ga­min sort du CP avec 400 mots de vo­ca­bu­laire et un autre avec 1 200, c’est une in­éga­li­té qui se­ra dif­fi­cile à rat­tra­per après. Je veux re­mettre quinze heures d’en­sei­gne­ment pour le fran­çais au pri­maire lieu des dix, ac­tuel­le­ment. Vous prô­nez tou­jours la fin du col­lège unique ? Oui ! Place à un col­lège di­ver­si­fié qui va­lo­rise le ta­lent des en­fants. Ce­la passe par la mise en place d’heures d’op­tions pro­fes­sion­nelles dès la 6e, ba­sées sur le libre choix. Pa­reil au ly­cée ? Les ly­cées pro­fes­sion­nels, les CFA et les Gre­ta fu­sion­ne­ront pour de­ve­nir des écoles des mé­tiers qui ne se­ront plus pla­cées sous la di­rec­tion de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, mais sous la di­rec­tion des ré­gions avec la par­ti­ci­pa­tion des en­tre­prises. C’est donc le pré­sident de ré­gion qui dé­ter­mi­ne­ra le pro­gramme des ly­cées pro­fes­sion­nels ? Eton­nant ! Les ré­gions crée­ront les fi­lières qui cor­res­pondent à la réa­li­té de l’em­ploi sur leur ter­ri­toire. L’ob­jec­tif du ly­cée pro­fes­sion­nel, c’est de me­ner à un mé­tier. Alors au­tant lais­ser le soin de la for­ma­tion à ceux qui connaissent le mieux les be­soins lo­caux. Que pro­po­sez-vous pour les en­sei­gnants et les chefs d’éta­blis­se­ment ? Je veux re­va­lo­ri­ser le sa­laire des en­sei­gnants du pri­maire à hau­teur de 10 %. Quant aux chefs d’éta­blis­se­ment du col­lège et du ly­cée, il est es­sen­tiel de leur don­ner en­fin plus de pou­voir et d’au­to­no­mie et de les ré­mu­né­rer en consé­quence. Ce­la doit pas­ser par la li­ber­té de re­cru­ter les pro­fes­seurs et aus­si de les éva­luer. Il est temps de va­lo­ri­ser les bons en­sei­gnants. Et les grandes écoles, comme l’ENA, faut-il les gar­der ? Il est temps de sup­pri­mer l’ENA. Elle a rem­pli son of­fice pen­dant des an­nées, for­mé des fonc­tion­naires de grande qua­li­té. Mais nous en­trons dans un monde nou­veau : ce­lui des en­tre­pre­neurs, de la créa­ti­vi­té, de l’in­no­va­tion. Où la haute ad­mi­nis­tra­tion doit re­prendre sa juste place. L’ENA se­ra sup­pri­mée et rem­pla­cée par une école d’ap­pli­ca­tion sur le mo­dèle de l’École de guerre, à la­quelle les hauts fonc­tion­naires les plus mé­ri­tants pour­ront avoir ac­cès au bout de dix ans, pour leur per­mettre de fran­chir une nou­velle étape dans leur par­cours pro­fes­sion­nel.

« Que la cam­pagne de la pri­maire ne tourne pas à la foire d’em­poigne ! »

Etes-vous sur­pris par la dé­mis­sion de Ma­cron ? Qu’il aille au bout de sa dé­marche ! No­tam­ment en dé­mis­sion­nant de la fonc­tion publique et en se confron­tant à Fran­çois Hol­lande. Pour­quoi at­tendre ? La ren­trée de votre fa­mille politique a été vio­lente… At­ten­tion à ce que la cam­pagne de la pri­maire ne tourne pas à la foire d’em­poigne ! Cha­cun doit se don­ner un code de bonne conduite. Se­riez-vous prêt à ap­por­ter votre par­rai­nage à NKM ? Je sou­haite qu’elle soit can­di­date. Mais les règles sont les mêmes pour tous. Je n’ap­por­te­rai au­cune consigne pour l’ai­der. Ce se­rait hy­po­crite : je re­fuse les com­bines po­li­ti­ciennes, car mon pro­jet n’est pas ce­lui de Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet. La can­di­da­ture de Ni­co­las Sar­ko­zy a-t-elle eu l’« ef­fet blast » qu’il sou­hai­tait ? Une cam­pagne n’est pas une sé­rie d’ex­plo­sions, c’est un sillon que l’on trace hum­ble­ment, obs­ti­né­ment. Les élec­teurs en ont as­sez des slo­gans, des for­mules toutes faites, ils veulent des ré­ponses à leurs pro­blèmes. @oli­vier­beau­mont @Hen­riVer­net

Fin du col­lège unique, aug­men­ta­tion du sa­laire des ins­ti­tu­teurs : Bruno Le Maire veut faire de l’édu­ca­tion un de ses thèmes phares.

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