Le grand oral des can­di­dats

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Une di­ri­geante d’en­tre­prise ODILE PLICHON

COS­TUME GRIS, hâle de sai­son, Alain Jup­pé dis­pose de cinq mi­nutes montre en main pour ré­pondre à chaque ques­tion des chefs d’en­tre­prise. S’il re­con­naît avoir fait des « conne­ries » par le pas­sé, cette fois, il en est sûr, il sait « com­ment il va s’y prendre » — al­lu­sion aux grandes grèves de 1995 qui avaient pa­ra­ly­sé le pays lors­qu’il avait vou­lu ré­for­mer les ré­gimes spé­ciaux de re­traite. Fin de l ’ I S F , r e f o n t e d u s y s t è me « ubuesque » sur la pé­ni­bi­li­té… il parle vite pour conclure avant le gong.

Hier après-mi­di, l’ex-Pre­mier mi­nistre pas­sait ain­si son grand oral de can­di­dat à la pri­maire de la droite, à l’uni­ver­si­té d’été du Me­def, sur le cam­pus d’HEC à Jouy-en-Jo­sas (Yve­lines). Fran­çois Fillon, la veille, puis le ma­tin même Bruno Le Maire et Ni­co­las Sar­ko­zy avaient ou­vert ce bal des pro­grammes.

Entre les quatre prin­ci­paux com­pé­ti­teurs chez les Ré­pu­bli­cains, les mêmes pro­po­si­tions re­viennent sou­vent : sup­pres­sion de l’im­pôt sur la for­tune (ISF), baisse mas­sive des charges so­ciales afin de re­lan­cer l’em­ploi, ré­duc­tion du nombre de fonc­tion­naires. Cô­té im­pôts, Ni­co­las Sar­ko­zy est le seul à pro­mettre d’em­blée une baisse de 10 % de l’im­pôt sur le re­ve­nu, un « contre-choc fis­cal » dès l’été 2017.

Pas suf­fi­sant vi­si­ble­ment pour sé­duire d’em­blée une as­sis­tance dé­çue par le fait que l’an­cien pré­sident ait né­go­cié un « trai­te­ment de fa­veur », sans chro­no­mé­trage de sa pres­ta­tion. Mal­gré des ap­plau­dis­se­ments nour­ris à son ar­ri­vée sur le cam­pus, Ni­co­las Sar­ko­zy a sem­blé « ten­du, ner­veux », pointe un jeune chef d’en- tre­prise dans le BTP. « Il a trop vite dé­rou­lé des me­sures ponc­tuelles, sans par­ler de son pro­jet pour la France », re­grette Christian Ka­rao­gla­nian, conseiller du pré­sident d’Ac­corHo­tels, qui a été agréa­ble­ment sur­pris par le show de Bruno Le Maire. « Loin de son image tra­di­tion­nelle, il n’était ni mou ni gla­cial. » Sur le fond, Fran­çois Fillon a des afi­cio­na­dos dans les rangs pa­tro­naux. « Il est au-des­sus des autres, c’est le seul qui ait une car­rure suf­fi­sante », tranche Thi­bault, pa­tron d’une mu­tuelle, qui sou­haite « res­ter ano­nyme pour pou­voir par­ler politique ». Dans les rangs des pa­tronnes, une re­ven­di­ca­tion s’ex­prime tou­te­fois. A la tête d’At­lan­tic Santé, une so­cié­té de Mayenne, Na­tha­lie Hut­ter-Lar­deau est res­tée sur sa faim : « Ar­rê­tons de dire qu’il faut trou­ver l’homme de la si­tua­tion. A quand une femme can­di­date ? »

« A quand une femme can­di­date ? »

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