Cé­gé­tistes ar­rê­tés, port blo­qué

SO­CIAL. L’in­ter­pel­la­tion hier de deux do­ckers de la CGT au Havre a en­traî­né le blo­cage du port toute la jour­née. La cen­trale dé­nonce la cri­mi­na­li­sa­tion de l’ac­tion syn­di­cale.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - VINCENT VÉRIER ET ÉRIC PELLETIER

LES VA­CANCES D’ÉTÉ n’ont pas apai­sé les ten­sions entre la CGT et le gou­ver­ne­ment. A quinze j ours d’une nou­velle mo­bi­li­sa­tion na­tio­nale contre la loi Tra­vail — le 15 sep­tembre —, dont le texte, pro­mul­gué le 9 août, at­tend les dé­crets d’ap­pli­ca­tion, le syn­di­cat a ac­cu­sé hier l’exé­cu­tif de vou­loir se ven­ger. Une ac­cu­sa­tion lan­cée après l’in­ter­pel­la­tion, dans la ma­ti­née, et le pla­ce­ment en garde à vue de deux mi­li­tants CGT, do­ckers au port du Havre (Seine-Ma­ri­time).

Des ar­res­ta­tions qui ont pous­sé leurs 2 000 col­lègues à ces­ser le tra­vail en signe de so­li­da­ri­té jus­qu’à hier soir. Consé­quence pour le se­cond port de France après Mar­seille (Bouches-du-Rhône), plus au­cun na­vire n’a pu char­ger ou dé­char­ger ses mar­chan­dises. « Huit ba­teaux sont blo­qués, dé­taillait dans l’après­mi­di une porte-pa­role de l’in­fra­struc­ture ma­ri­time. Un chi­mi­quier, des porte-conte­neurs mais aus­si un fer­ry et un pa­que­bot. »

Ce nou­veau blo­cage in­ter­vient après un mois de juin où les do­ckers s’étaient par­ti­cu­liè­re­ment mo­bi­li­sés contre la loi El Khom­ri avec une quin­zaine de jours de grève. « C’est pro­pre­ment scan­da­leux, a ré­agi Phi­lippe Mar­ti­nez, se­cré­taire gé­né­ral de la CGT, de­vant la ca­mé­ra de France 3 Nor­man­die, qua­li­fiant l’in­ter­pel­la- tion d’at­ti­tude re­van­charde. Ce n’est pas un ha­sard, je pense, si mes ca­ma­rades ont été in­ter­pel­lés ce ma­tin alors que tout le monde sa­vait qu’il y avait une as­sem­blée gé­né­rale de ren­trée de l’union dé­par­te­men­tale et que j’y par­ti­ci­pais », a ajou­té le lea­deur cé­gé­tiste.

Les deux hommes ont été au­di­tion­nés pour des faits sur­ve­nus le 14 juin en marge d’une ma­ni­fes­ta­tion pa­ri­sienne contre la loi Tra­vail. En­ten­dus a u c om­mis­sa­riat du XIXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, ils ont été re­lâ­chés dans la soi­rée et le blo­cage du port a été aus­si­tôt sus­pen­du. Les deux hommes de­vraient être ju­gés le 25 no­vembre, l’un pour vio­lence contre un agent des forces de l’ordre et l’autre pour jet de pro- jec­tiles. L’un des deux syn­di­ca­listes a dé­jà été ju­gé pour des faits sur­ve­nus ce 14 juin. Le 27 juillet, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris l’a condam­né à un mois de pri­son avec sur­sis pour ré­bel­lion. Pour­sui­vi éga­le­ment pour des jets de pro­jec­tiles sur les forces de l’ordre, il avait été re­laxé.

Bras de fer entre l’Etat et la CGT

Lors de cette ma­ni­fes­ta­tion, l’hô­pi­tal Ne­cker (XIVe), spé­cia­li­sé en pé­dia­trie, avait été van­da­li­sé, pro­vo­quant la co­lère de Fran­çois Hol­lande et de Ma­nuel Valls. Le Pre­mier mi­nistre avait alors pu­bli­que­ment cri­ti­qué le com­por­te­ment de la cen­trale de Mon­treuil : « Il y a eu une at­ti­tude am­bi­guë du ser­vice d’ordre de la CGT qui n’as­sume plus ses res­pon­sa­bi­li­tés. »

L’exé­cu­tif avait même me­na­cé d’in­ter­dire les ma­ni­fes­ta­tions or­ga­ni­sées par le syn­di­cat. De­puis, la CGT dé­nonce la vo­lon­té de l’Etat de cri­mi­na­li­ser l’ac­tion syn­di­cale. Pour elle, les exemples sont nom­breux. Et no­tam­ment la condam­na­tion à de la pri­son ferme de cé­gé­tistes de Good year ou en­core la convo­ca­tion, fin sep­tembre, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel, de plu­sieurs syn­di­ca­listes d’Air France dans l’af­faire de la che­mise ar­ra­chée.

Le Havre (Seine-Ma­ri­time), hier. Les do­ckers ont al­lu­mé un feu de­vant le Grand Port ma­ri­time du Havre.

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