En Al­le­magne, les mères in­fi­dèles sous le coup de la loi

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Ber­lin (Al­le­magne) De notre cor­res­pon­dant CH­RIS­TOPHE BOURDOISEAU

LES « EN­FANTS COUCOU » : outre-Rhin, l’oi­seau est le sym­bole de l’in­fi­dé­li­té et c’est ain­si que l’on dé­signe les en­fants illé­gi­times nés d’un « autre lit ». Com­bien sont-ils ? Se­lon le gé­né­ti­cien Maar­ten Lar­mu­seau, de l’uni­ver­si­té belge de Lou­vain, ils re­pré­sen­te­raient entre 2 et 10 % des en­fants nés en Al­le­magne.

Quand le se­cret est bien gar­dé, tout va bien. Mais lorsque le doute s’ins­talle, le ma­ri est sou­vent in­ca­pable d’ob­te­nir des éclair­cis­se­ments sur la pa­ter­ni­té de l’en­fant. Pour évi­ter de lourdes pro­cé­dures, le gou­ver­ne­ment a en­té­ri­né hier un pro­jet de loi fa­ci­li­tant le « rem­bour­se­ment au ma­ri trom­pé des frais d’édu­ca­tion ».

Obli­ga­tion de li­vrer le nom de ses amants

Si le père d’un « en­fant coucou » sou­haite faire payer son ho­mo­logue bio- lo­gique, il pour­ra exi­ger de sa femme qu’elle livre le nom de l’amant. Si elle a eu plu­sieurs par­te­naires pen­dant la pé­riode de concep­tion, elle de­vra li­vrer tous les noms ! Les pères bio­lo­giques de­vront alors rem­bour­ser les frais sur une pé­riode de deux ans. « On ne peut pas faire sup­por­ter la charge fi­nan­cière sur la du­rée d’une vie en fa­mille », a concé­dé Hei­ko Mass, le mi­nistre fé­dé­ral de la Justice. Seule ex­cep­tion : « lors­qu’elle a des rai­sons va­lables, elle au­ra le droit sur dé­ci­sion de justice de se taire », a pré­ci­sé le mi­nistre.

Pour Eli­sa­beth Win­kel­meier-Be­cker, porte-pa­role des dé­pu­tés conser­va­teurs (CDU), les juges de­vront faire preuve de dis­cer­ne­ment. « Cette obli­ga­tion d’in­for­ma­tion ne doit pas être uti­li­sée par les ma­ris comme un rè­gle­ment de comptes lors des di­vorces », pré­vient-elle.

Pour les éco­lo­gistes, cette loi porte at­teinte à la vie pri­vée des femmes. « Cette de­mande d’in­for­ma­tion de- vrait être une ex­cep­tion, pas une règle ! », in­siste Kat­ja Keul, porte-pa­role des Verts au Bun­des­tag. Le gou­ver­ne­ment al­le­mand a lé­gi­fé­ré à la suite du ju­ge­ment du Tri­bu­nal consti­tu­tion­nel de Karls­ruhe en 2015. Der­rière cette loi se dis­si­mule sur­tout une ques­tion d’ar­gent puisque la pro­cé­dure n’en­tre­ra en vi­gueur que si et seule­ment si le ma­ri lé­sé exige du père bio­lo­gique le rem­bour­se­ment des coûts de l’édu­ca­tion de l’en­fant.

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