La mos­quée abri­tait une école co­ra­nique clan­des­tine

EN­QUÊTE. Lors d’une per­qui­si­tion ad­mi­nis­tra­tive à Villiers-sur-Marne en ban­lieue est de Pa­ris, les au­to­ri­tés ont dé­cou­vert une classe qui ac­cueillait entre 15 et 20 en­fants chaque jour, sans au­cun contrôle.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) LAURE PARNY AVEC DE­NIS COURTINE

« DES RISQUES RÉELS d’en­doc­tri­ne­ment des en­fants et de re­cru­te­ment fu­tur pour faire le dji­had. » Voi­ci ce qui a dé­clen­ché hier ma­tin une per­qui­si­tion ad­mi­nis­tra­tive or­don­née par la pré­fec­ture du Val-de-Marne, pour mettre fin à la pré­sence d’une école co­ra­nique non dé­cla­rée au sein de la mos­quée Al-Is­lah de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne).

La per­qui­si­tion a per­mis de confir­mer l’exis­tence de cette école, qui réunis­sait, se­lon nos in­for­ma­tions, entre 15 et 20 en­fants de 6 à 12 ans, prin­ci­pa­le­ment de Villiers et de Noi­sy-le-Grand ( Seine- Saint- De­nis). « Nous leur avons loué une grande salle au pre­mier étage, mais pour nous tout était en règle, trois ou quatre en­sei­gnants s’y re­layaient, se dé­fend Saïd Me­ra­bet, membre du bu­reau de l’as­so­cia­tion, qui as­sure l’in­té­rim le temps des longues va­cances du pré­sident d’Al-Is­lah. On n’a pas de res­sources. Louer cette salle, ça paye l’élec­tri­ci­té de la mos­quée. »

Guerre in­tes­tine entre les jeunes et les an­ciens di­ri­geants du lieu de culte

Il y a deux ans en­vi­ron, l’école des Pe­tites Abeilles avait vu le jour en toute illé­ga­li­té dans les lo­caux de la mos­quée, oc­cu­pant la salle de classe les jours où l’as­so­cia­tion n’or­ga­ni­sait pas ses propres cours de re­li­gion. Une si­tua­tion qui pose aus­si le pro­blème de la res­pon­sa­bi­li­té des pa­rents dans cette af­faire, la sco­la­ri­sa­tion des en­fants dans une école re­con­nue étant obli­ga­toire. « Ils ne se ca­chaient pas, je les voyais tous les ma­tins com­men­cer leur jour­née à 9 heures, com­mente Li­na, une voi­sine de la mos­quée. Pour au­tant, leur pré­sence n’a ja­mais po­sé de pro­blème dans le quar­tier. » Peut-être pas en di­rec­tion de l’ex­té­rieur, mais le conte­nu des cours, lui, sus­cite bien des in­quié­tudes. « C’est en re­mon­tant la piste d’un sa­la­fiste de la mos­quée de La­gny (NDLR : un lieu de culte fer­mé par la pré­fec­ture de Seine-et-Marne) que la pré­fec­ture est ar­ri­vée à cette école, dans la­quelle il ve­nait éga­le­ment te­nir des propos in­quié­tants, pré­cise Jacques-Alain Bé­nis­ti (LR), maire de Villiers. L’as­so­cia­tion au­rait dû vé­ri­fier le conte­nu de ces cours. Le pré­sident de l’as­so­cia­tion est sou­vent à l’étran­ger, et quand il part il peut se pas­ser des choses. Cette fois-ci la ques­tion de la fer­me­ture de la mos­quée se pose. Le contrat de confiance est bous­cu­lé. »

Une confiance sé­rieu­se­ment mise à l’épreuve de­puis plus de dix ans. Au sein de cette mos­quée, fra­gi­li­sée par une guerre in­tes­tine entre les « jeunes » et les « an­ciens » di­ri­geants, ont tou­jours gra­vi­té des per­son­nages sul­fu­reux. Par­mi eux, Mus­ta­pha Mraoui. Ar­ri­vé en 2002 avec une poi­gnée de jeunes conver­tis, il suit les prêches de l’imam de l’épo- que, Bagh­dad, au­jourd’hui vice-pré­sident de l’as­so­cia­tion des mu­sul­mans, et gagne en in­fluence jus­qu’à gui­der la prière de temps en temps. En 2012, il part faire le dji­had en Sy­rie, em­me­nant dans son sillage au moins six fi­dèles de la mos­quée. Il se­ra condam­né à dix ans de pri­son par contu­mace pour avoir or­ches­tré la pre­mière fi­lière dji­ha­diste en France. De 2007 à 2010, alors que l’imam Bagh­dad e s t dé­bar­qué ( e t que Mraoui dis­pa­raît des ra­dars), son rem­pla­çant à Villiers n’est autre que Bé­chir Ben Has­sen. Cet imam sa­la­fiste, condam­né pour l’en­lè­ve­ment de ses en­fants, se dis­tin­gue­ra no­tam­ment en dé­cla­rant que « ceux qui cri­tiquent notre pro­phète mé­ritent la mort par pen­dai­son ».

« On dit aus­si tout et n’im­porte quoi sur notre mos­quée, tout ça nous dé­cou­rage, souffle Saïd Me­ra­bet au nom d’Al-Is­lah. Nous ne sommes pas sur cette ligne-là. Tous les ven­dre­dis dans son prêche notre imam évoque la lutte contre le dji­had. »

Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), hier. Une per­qui­si­tion ad­mi­nis­tra­tive a été me­née dans les lo­caux de la mos­quée qui abrite une école co­ra­nique. Pour le maire de la ville, « l’as­so­cia­tion [qui gère le lieu de culte] au­rait dû vé­ri­fier le conte­nu de ces cours ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.