La ran­çon de­vait payer les va­cances

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ÉRIC PELLETIER

L’HIS­TOIRE EST, à sa ma­nière, une « ro­mance » d’au­jourd’hui. Ils étaient là-bas dans le Mi­di et ne sa­vaient plus com­ment ren­trer chez eux, là-haut dans le brouillard, à Gen­ne­vil­liers (Hauts-de-Seine). Une chose est sûre : ils n’avaient pas l’in­ten­tion de re­mon­ter en stop.

Deux couples de ban­lieu­sards âgés de 21 à 24 ans, « dé­fa­vo­ra­ble­ment connus des ser­vices de po­lice », se­lon l’eu­phé­misme consa­cré, avaient dé­pen­sé toutes leurs éco­no­mies, voire da­van­tage, après avoir dan­sé tout l’été sur la Côte. D’où cette idée folle, née sur un coin de ser­viette : en­le­ver quel­qu’un et ré­cla­mer de l’ar­gent à sa fa­mille. Ce­la paie­rait bien quelques pleins d’es­sence et deux ou trois « pé­tards » sur la route.

L’his­toire au­rait pu mal tour­ner sans la mo­bi­li­sa­tion en ur­gence, ven­dre­di, de la moi­tié des ef­fec­tifs de po­lice ju­di­ciaire de l’est de la France. Cette course contre l e temps, lan­cée à Mar­seille, dans les Bouches-du-Rhône, s’est ter­mi­née dans l’ar­rière-pays de Di­jon, en Côte-d’Or.

En fin de se­maine der­nière, un chauf­feur rou­tier mar­seillais re­çoit un ap­pel sur son por­table. Il connaît bien le nu­mé­ro qui s’af­fiche puis­qu’il s’agit de ce­lui de son fils de 21 ans. Au bout de la ligne, des voix in­con­nues et vi­ru­lentes me­nacent de cou­per un doigt au jeune homme. Il ne s’agit pas d’une mau­vaise blague : bien­tôt, les ra­vis­seurs en­voient les pho­tos du vi­sage tu­mé­fié de leur vic­time. Comme l’a ra­con­té « le Pro­grès », les mal­frats ré­clament 6 000 € évo­quant une pré­ten­due dette de po­ker.

Le père déso­béit aux ordres des voyous en aler­tant la po­lice, vendre- di. A ce stade, les en­quê­teurs de la PJ soup­çonnent un nou­vel en­lè­ve­ment dans le mi­lieu des tra­fi­quants de stu­pé­fiants. Mais la per­son­na­li­té de la vic­time ne colle pas avec cette hy­po­thèse. Sans comp­ter que dans ce type d’af­faires, on vient ra­re­ment dé­po­ser plainte au com­mis­sa­riat. En creu­sant un peu, les po­li­ciers mar­seillais dé­couvrent alors un tout autre scé­na­rio.

Le piège s’ est noué sur les ré­seaux so­ciaux, où l’une des jeunes femmes a agui­ché la vic­time, lui fixant ren­dez-vous dans un hô­tel mar­seillais. Il au­rait pu connaître une fin tra­gique comme dans l’af­faire Ilan Ha­li­mi, ce jeune juif en­le­vé parce que sup­po­sé avoir de l’ar­gent et mort sous la tor­ture. L’accueil dans la chambre s’avère moins câ­lin qu’es­pé­ré puisque la vic­time est pas­sée à ta­bac à coups de poing et de batte par deux types ul­tra-vio­lents.

Heu­reu­se­ment, les pieds ni­cke­lés mul­ti­plient les er­reurs de cri­mi­nels dé­bu­tants dans leur fuite et se font re­pé­rer sur l’au­to­route après avoir dé­pas­sé la val­lée du Rhône. La BRI (l’an­ti­gang) de Lyon se met en chasse. Les ra­vis­seurs quittent l es grands axes près de Di­jon, en Bour­gogne. En sillon­nant des ki­lo­mètres de champs et de routes se­con­daires, à la nuit tom­bée, les équipes de la BRI re­pèrent une Au­di sta­tion­née près d’un pont à Fleu­rey-sur-Ouche. Pen­sant re­con­naître leurs « clients », ils dé­cident de pas­ser à l’ac­tion.

Dans la fou­lée, les deux couples sont ra­me­nés à Mar­seille pour être en­ten­dus. Au terme de leur garde à vue, les sus­pects ont été mis en exa­men pour en­lè­ve­ment et sé­ques­tra­tion et écroués mar­di soir.

La vic­time pié­gée par une an­nonce agui­cheuse sur les ré­seaux so­ciaux

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