Can­cers : et si on en fai­sait trop ?

SAN­TÉ. En France, des mil­liers de pa­tients at­teints d’un can­cer de la thy­roïde ont été opé­rés et sou­mis à des trai­te­ments sé­vères sans que la gra­vi­té de leur cas le jus­ti­fie.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - CLAU­DINE PROUST

UN CAN­CER, c’est la ter­reur in­time de cha­cun. Un mal qui, en dé­pit des pro­grès de la mé­de­cine, rime en­core avec is­sue fa­tale. Quand il est très mé­chant ou dé­tec­té trop tard. Mais jus­qu’où faut-il al­ler dans le re­pé­rage de tu­meurs, qui pour cer­taines s’avèrent, au fil du temps et des études scien­ti­fiques, moins agres­sives ? Com­ment jau­ger le risque, dé­ci­der d’opé­rer ou d’at­tendre et de sur­veiller. Car, si tous les pe­tits can­cers ne de­viennent pas gros, « les gros ont tous, par dé­fi­ni­tion, com­men­cé pe­tits », rap­pelle le can­cé­ro­logue Alain To­le­da­no. Ne pas en faire as­sez ou ris­quer d’en faire trop ?

Abor­der dif­fé­rem­ment la ma­la­die

La ques­tion re­vient pour les can­cers de la pros­tate, voire du sein, et dé­sor­mais pour la thy­roïde avec cette étude in­quié­tante du Centre in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur le can­cer (CIRCIARC) pu­bliée cet été dans le « New En­gland Jour­nal of Me­di­cine » : les pro­grès de l ’ i ma g e r i e a i d a n t , 560 000 per­sonnes de 12 pays dé­ve­lop­pés au­raient fait l’ob­jet ces vingt der­nières an­nées de sur­diag­nos­tic de can­cer de la thy­roïde. Dont 46 000 en France ! Des sur­diag­nos­tics sy­no­nymes de sur­trai­te­ments pour 70 à 90 % des pa­tients tou­chés par un car­ci­nome pa­pil­laire de pe­tite taille : opé­ra­tion, trai­te­ment à l’iode ra­dio­ac­tif puis hor­mone de syn­thèse à vie pour com­pen­ser l’ab­sence de cette glande qui ré­gule notre or­ga­nisme. D’où une qua­li­té de vie amoin­drie, comme le sou­ligne une étude de l’as­so­cia­tion fran­çaise de pa­tients Vivre sans thy­roïde. Car la France n’échappe pas au phé­no­mène.

Sur les 10 000 can­cers de la thy­roïde diag­nos­ti­qués chaque an­née, seuls 4 000 mé­ritent d’être trai­tés tout de suite, se­lon le pro­fes­seur Martin Schlum­ber­ger, en­do­cri­no­logue à Gus­tave-Rous­sy (Ville­juif), qui tire la son­nette d’alarme. En mai der­nier, des cher­cheurs in­ter­na­tio­naux ont pro­po­sé de sor­tir les car­ci­nomes pa­pil­laires de la clas­si­fi­ca­tion des can­cers pour que pa­tients et mé­de­cins abordent dif­fé­rem­ment la ma­la­die. Et se convainquent que par­fois une sur­veillance ac­tive de la ma­la­die suf­fit.

Le dé­pis­tage a fait ap­pa­raître un grand nombre de cas, pro­vo­quant des opé­ra­tions pas tou­jours jus­ti­fiées.

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