Pre­mier jour de classe dans un col­lège « ré­for­mé »

ÉDU­CA­TION. Au col­lège Co­lette-Bes­son à Pa­ris (XXe), 400 élèves sont ren­trés. En cou­lisses, les profs se pré­parent à af­fron­ter la re­fonte des en­sei­gne­ments. Re­por­tage.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Clo­tilde, pro­fes­seur CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU

LA RENTRÉE sco­laire, c’est un peu du théâtre. Aït Boua­li, vi­brion­nant prin­ci­pal du col­lège Co­let­teBes­son, maî­trise son texte, et son jeu : « Ici, c’est un peu vot r e deuxième mai­son, bien­ve­nue ! » Hier ma­tin, 100 en­fants en­traient en 6e dans cet éta­blis­se­ment de 400 élèves, au pied du quar­tier pa­ri­sien de Bel­le­ville (XXe), clas­sé en ré­seau d’édu­ca­tion prio­ri­taire (REP +). Une rentrée d’ap­pa­rence comme les autres. Les 5e, qui jouent dé­jà les tau­liers, trop heu­reux de n’être plus les pe­tits du col­lège, ont bien du mal à iden­ti­fier ce qu’il y a de neuf. « Les re­pas se­ront meilleurs à la can­tine ? » ha­sarde un ga­min. « Il y a des nou­veaux bancs dans la cour ! » s’ex­clame un autre. En fait, ils com­mencent l’es­pa­gnol, un an plus tôt que leurs aî­nés, et vont re­ce­voir bien­tôt des ta­blettes nu­mé­riques. Une cha­cun. « Oh ! Et on pour­ra mettre des jeux ? » Non.

« Au bout du compte, on conti­nue­ra d’en­sei­gner les fon­da­men­taux »

Si elle in­duit de nou­velles pra­tiques, la ré­forme du col­lège « n’a pas per­tur­bé l’or­ga­ni­sa­tion de la rentrée », as­sure la di­rec­tion. Les EPI (en­sei­gne­ments pra­tiques in­ter­dis­ci­pli­naires), ces pro­jets mê­lant plu­sieurs dis­ci­plines, dé­sor­mais obli­ga­toires, sont tous prêts. Les 4e tra­vaille­ront sur le thème « pro­grès et uto­pies » qui mixe­ra histoire, fran­çais, phy­sique et mu­sique, avec au bout un voyage de deux jours dans le Nord et ses co­rons.

Du cô­té des en­sei­gnants, on est moins se­rein. Les nou­veaux pro­grammes re­pré­sentent une masse consi­dé­rable de tra­vail, et tout est à faire. Si­mon et Ai­mie, en­sei­gnants en SVT, s’ac­tivent en salle des profs pour pré­pa­rer le pre­mier cours don­né aux 6e : une le­çon qui mêle les trois do­maines des SVT, phy­sique, chi­mie et tech­no­lo­gie. Clo­tilde, la prof prin­ci­pale des 6e 3, « ne sait pas trop par quel bout prendre les choses » même si elle croit « qu’au bout du compte, on conti­nue­ra d’en­sei- gner les fon­da­men­taux ». En salle 202, elle fait aux pe­tits nou­veaux un ex­po­sé mi­nu­tieux de ce qui les at­tend. L’em­ploi du temps, le rè­gle­ment, tout y passe. Et la classe, pe­tit à pe­tit, se des­sine : il y a ce­lui, as­sis au fond, qui tri­ture le bou­ton du ra­dia­teur avec un air contra­rié. Et les quatre mêmes mains en­thou­siastes qui se lèvent à chaque ques­tion po­sée. Les pa­rents, in­vi­tés ce jour de rentrée, quittent pro­gres­si­ve­ment les lieux. Ca­ro­line*, qui mul­ti­plie les cou­cou à la porte, a du mal à par­tir. Pour son fils, bon élève, la ré­forme du col­lège n’a pas chan­gé la donne : la sec­tion bi­langue a été main­te­nue, dis­pat­chée dans deux classes. Ca­ro­line les ima­gine « plus calmes » que les autres, ce­la la ras­sure. Et tant pis si cette conces­sion à l’éli­tisme n’est pas to­ta­le­ment dans l’es­prit de la ré­forme du col­lège. * Le pré­nom a été chan­gé.

Col­lège Co­lette-Bes­son (XXe), hier. La rentrée était en ap­pa­rence comme les autres pour les élèves de 6e 3 qui ont in­ves­ti leur classe en com­pa­gnie de leur pro­fes­seure prin­ci­pale, Clo­tilde.

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