« Je se­rai un pré­sident en bur­ki­ni ! »

FES­TI­VAL DE DEAU­VILLE. Fré­dé­ric Mit­ter­rand, pré­sident du ju­ry du 42e Fes­ti­val du cinéma amé­ri­cain, re­vient avec hu­mour sur les films et les stars qui l’ont mar­qué.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Fré­dé­ric Mit­ter­rand T.D. Pro­pos re­cueillis par THIER­RY DAGUE

LES STARS AMÉ­RI­CAINES, il les a pro­je­tées dans ses ci­né­mas dans les an­nées 1970, les a re­çues dans ses émis­sions dans les an­nées 1980, les a dé­co­rées lors­qu’il était mi­nistre de la Culture entre 2009 et 2012. Fré­dé­ric Mit­ter­rand était tout in­di­qué pour pré­si­der le ju­ry du 42e Fes­ti­val du cinéma amé­ri­cain de Deau­ville (Cal­va­dos), inau­gu­ré ce soir (lire ci-des­sous). On l’at­trape au té­lé­phone entre deux tour­nages de do­cu­men­taires sur Dior (pour Arte) et sur l’en­fance de son oncle Fran­çois Mit­ter­rand, qu’il tourne à Jar­nac pour LCP et TV5. Vous aviez dé­jà pré­si­dé un ju­ry ? FRÉ­DÉ­RIC MIT­TER­RAND. J’ai pré­si­dé l’avance sur re­cettes au sein du CNC (NDLR : com­mis­sion qui dé­ter­mine l’at­tri­bu­tion d’aides à la créa­tion de films), mais ce n’était pas un ju­ry. Je sais à peu près com­ment ça marche : on s’as­soit dans un fau­teuil et on écoute ce que les gens disent. Je se­rai un pré­sident en bur­ki­ni, pour mettre un peu d’am­biance ! (Rires.)

«Je vais re­dé­cou­vrir ce cinéma amé­ri­cain que j’ai tant ai­mé »

Vous connais­sez bien le cinéma amé­ri­cain… Je connais sur­tout le grand cinéma ro­man­tique des an­nées 1950. Je suis moins au fait des oeuvres contem­po­raines, c’est une des rai­sons pour les­quelles je suis content d’être là. Je vais re­dé­cou­vrir ce cinéma que j’ai tant ai­mé. Ces der­nières an­nées, je me suis da­van­tage Du gla­mour et des ren­forts. Pro­té­gé par des me­sures de sé­cu­ri­té sup­plé­men­taires « pour ras­su­rer les Amé­ri­cains », se­lon le maire de la ville, le 42e Fes­ti­val du cinéma amé­ri­cain de Deau­ville s’ouvre ce soir pour dix jours, avec Diane Kru­ger sur le ta­pis rouge. L’ac­trice al­le­mande pré­sen­te­ra « In­fil­tra­tor » de Brad Fur­man, où elle joue une agente du FBI in­fil­trée dans les car­tels de la drogue. Si le ren­dez-vous nor­mand at­tire moins les stars, qui lui pré­fèrent Ve­nise et To­ron­to, on y croi­se­ra tout de même les ac­teurs Da­niel Rad­cliffe (lui aus­si in­fil­tré, mais chez les néo­na­zis, dans « Im­pe­rium »), James Fran­co, Stan­ley Tuc­ci, le do­cu­men­ta­riste Mi­chael Moore qui pré­sen­te­ra son nou­veau film « Where to In­vade Next » ou en­core la jeune ré­vé­la­tion Ch­loë Grace Mo­retz. Les 14 films en com­pé­ti­tion re­flé­te­ront « le chaos du monde », comme le ré­sume sé­lec­tion­neur Bru­no Barde, comme « The Free in­té­res­sé au cinéma eu­ro­péen. Le film rou­main « Sieranevada » est par exemple le plus beau que j’aie vu de­puis long­temps. Votre pre­mier sou­ve­nir de film hol­ly­woo­dien ? « Scar­face » de Ho­ward Hawks, quand j’avais 8 ans, avec mon frère, State of Jones », de Ga­ry Ross, sur le ra­cisme et l’es­cla­va­gisme, « In Du­bious Bat­tle », de James Fran­co, sur la lutte des classes, ou « War Dogs » sur le tra­fic d’armes, avec Jo­nah Hill. Le fes­ti­val avait ac­cueilli 66 000 spec­ta­teurs en 2015. sur les Champs-Ely­sées. Après, j’en ai vu énor­mé­ment. J’étais nour­ri par les « Ca­hiers du cinéma » et je ne me re­trou­vais pas dans leur ju­ge­ment. J’al­lais voir des films consi­dé­rés comme mau­vais que je trou­vais bons. Avec le temps, je me suis ren­du compte que j ’ avais rai­son. Ce qui im­porte, c’est qu’un film vous touche. Par exemple, j’adore les films avec La­na Tur­ner qui étaient consi­dé­rés comme nuls mais qui té­moignent d’une fic­tion po­pu­laire et ro­ma­nesque re­mar­quable. Vos films amé­ri­cains de che­vet ? Ce ma­tin, je me suis ré­veillé en pen­sant à Ava Gard­ner dans « la Nuit de l’iguane ». Si­non, le der­nier film amé­ri­cain qui m’ait frap­pé, c’est… « le Fau­con mal­tais », que j’ai re­vu ré­cem­ment. Plus je vieillis (NDLR : il a 69 ans), plus le cinéma qui m’a mar­qué dans mon ado­les­cence est vi­vant. J’aime les films qui parlent de sen­ti­ments, mais je suis aus­si fas­ci­né par les films d’ac­tion. Je me sou­viens d’avoir vu je ne sais plus quel épi­sode de « la Guerre des étoiles » à Cannes, as­sis à cô­té d’un an­cien mi­nistre de la Culture et de Gus Van Sant. Je trou­vais ça gé­nial, alors que le mi­nistre pas­sait son te mps à dire : C’est nul ! Quelle bê­tise… Moi, tout m’in­té­resse. Vous avez ren­con­tré beau­coup de stars amé­ri­caines. La­quelle vous a le plus mar­qué ? Au­drey Hep­burn. Elle était belle, chic, bonne et gen­tille. J’aime l’idée qu’on puisse être très gla­mour et en même temps al­ler soi­gner les lé­preux en Afrique, ce qu’elle fai­sait, et qu’on soit po­li avec la dame du ves­tiaire. Au­drey était une reine. J’avais aus­si de très bonnes re­la­tions avec Eli­za­beth Tay­lor, qui était un ange. Ce sont des femmes qui sont en même temps des mul­ti­na­tio­nales : elles sont leur ca­pi­tal, l e u r mai n - d’oeuvre, leur marque, mais der­rière, il y a la per­sonne, au­then­tique. Ca­the­rine De­neuve est comme ça. Que pen­sez-vous d’Au­drey Azou­lay, qui oc­cupe votre an­cien fau­teuil de la Rue de Va­lois ? J’en pense du bien. C’est la pre­mière mi­nistre de la Culture post-Mit­ter­rand à m’avoir in­vi­té à dé­jeu­ner ! Elle connaît bien les ar­tistes, elle se donne beau­coup de mal. Elle ré­ta­blit les prio­ri­tés que Fran­çois Hol­lande avait né­gli­gées. Elle a l’oreille du pré­sident et du Pre­mier mi­nistre, ce qui est très im­por­tant. Moi, je te­nais parce que j’avais le sou­tien de Fillon. Vous sor­tez un livre en no­vembre ? Oui, le titre est bien si­nistre : « Mes re­grets sont des re­mords ». Voi­là, c’est le pitch !

Deau­ville à l’heure amé­ri­caine « Au­drey Azou­lay a l’oreille du pré­sident et du Pre­mier mi­nistre, ce qui est im­por­tant »

Fré­dé­ric Mit­ter­rand dans son ap­par­te­ment pa­ri­sien. L’an­cien mi­nistre de la Culture cite pêle-mêle « Scar­face », « le Fau­con mal­tais » ou « la Guerre des étoiles » par­mi ses ré­fé­rences de films amé­ri­cains.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.