« Dis­cu­ter avec Ma­cron, c’est une faute »

CENTRE. Her­vé Mo­rin nous le dit : il est fu­rieux de l’ap­pel du pied de Jean-Christophe La­garde, pa­tron de l’UDI, à l’an­cien mi­nistre de l’Eco­no­mie.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Propos recueillis par MAR­TINE CHE­VA­LET

EN QUIT­TANT le gou­ver­ne­ment pour vo­ler de ses propres ailes, Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas se­mé la zi­za­nie que dans la ma­jo­ri­té présidentielle. A l’UDI, on se dé­chire dé­sor­mais entre « amis » cen­tristes ! Au len­de­main de la dé­mis­sion du mi­nistre de l’Eco­no­mie, Jean-Christophe La­garde, pré­sident du par­ti, fai­sait un gros ap­pel du pied à Ma­cron : « Il est au centre gauche, nous sommes au centre droit. Nous avons vo­ca­tion à nous par­ler », dé­cla­rait-il dans les co­lonnes du « Pa­ri­sien » - « Au­jourd’hui en France ». Ce qui fait bon­dir l’ex-mi­nistre de la Dé­fense Her­vé Mo­rin. Ri­val de La­garde — ils s’étaient dis­pu­té la pré­si­dence du par­ti il y a deux ans —, le pa­tron du Nou­veau Centre (com­po­sante de l’UDI), qui réunit ses amis ce week-end, ex­plique à notre jour­nal tout le mal qu’il en pense. Les cen­tristes doivent-ils dis­cu­ter avec Em­ma­nuel Ma­cron comme vient de l’an­non­cer JeanCh­ris­tophe La­garde dans la pers­pec­tive de la présidentielle ? HER­VÉ MO­RIN. C’est une faute. Com­ment peut-on dire, quelques heures après la dé­mis­sion de Ma­cron, qu’on pour­rait faire cause com­mune à la présidentielle ? Avant de s’ex­pri­mer, la moindre des choses au­rait été d’en par­ler d’abord de­vant les ins­tances de l’UDI. Que JeanCh­ris­tophe La­garde en­gage notre par­ti dans une dis­cus­sion avec Ma­cron est un ren­ver­se­ment d’al­liance puisque nos par­te­naires na­tu­rels sont les Ré­pu­bli­cains. Avec JeanLouis Bor­loo, nous avons construit l’UDI dans la clar­té des al­liances. Vous trou­vez ce­la pré­ci­pi­té ? Se pré­ci­pi­ter ain­si vers quel­qu’un dont on ne sait pas ce qu’il fe­ra en 2017, ni qui il est, ni ce qu’il pense, me stu­pé­fie. A croire que l’UDI se­rait une fa­mille d’or­phe­lins cher­chant fé­bri­le­ment l’adresse d’une fa­mille d’ac­cueil. Sur tous les dé­bats po­li­tiques du mo­ment, l’UDI a été ces der­niers mois une exo­pla­nète muette et to­ta­le­ment ab­sente. La prio­ri­té, c’était de ral­lu­mer la bande-son. Pour­quoi Ma­cron vous po­se­rait-il un pro­blème po­li­tique ? Em­ma­nuel Ma­cron est en par­tie res­pon­sable de la si­tua­tion ac­tuelle de notre pays. Pen­dant deux ans à Ber­cy, il a ins­pi­ré la po­li­tique éco­no­mique de Fran­çois Hol­lande pour un bi­lan proche de zé­ro. On est en droit, avant d’ef­fa­cer qua­rante ans d’al­liance avec les Ré­pu­bli­cains, de sa­voir qui il est. D’au­tant que son com­por­te­ment hu­main, lui qui a aban­don­né le ca­pi­taine qui l’a sor­ti de l’ombre, est une in­ter­ro­ga­tion. En quoi est-ce un ren­ver­se­ment d’al­liance alors que l’UDI veut exis­ter par elle-même ? Dis­cu­ter avec Ma­cron, c’est rompre les né­go­cia­tions avec les Ré­pu­bli­cains pour les lé­gis­la­tives. Il va fal­loir ex­pli­quer ce­la aux par­le­men­taires et aux can­di­dats qui étaient en train de construire des can­di­da­tures com­munes de la droite et du centre. Quand on di­rige un par­ti, on tient son agen­da et on ne se pré­ci­pite pas pour faire l’in­té­res­sant ! La re­cons­truc­tion d’une force po­li­tique mo­derne al­lant de Valls à Jup­pé ou de Ma­cron à Sar­ko­zy, ce­la se fait de­vant les Fran­çais, au soir du pre­mier tour de la présidentielle. Et pas avant. Est-ce la fin de l’UDI ? Avec de telles dé­cla­ra­tions, les germes de l’écla­te­ment sont in­tro­duits. De­puis 2002, j’ai tou­jours re­fu­sé la di­lu­tion des va­leurs cen­tristes. Je n’ac­cep­te­rai pas qu’elles dis­pa­raissent sur une to­cade sans len­de­main pour cher­cher à exis­ter.

« Quand on di­rige un par­ti, on ne se pré­ci­pite pas pour faire l’in­té­res­sant ! »

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