Phi­lips court-cir­cuite La­motte-Beu­vron

SO­CIAL. La mul­ti­na­tio­nale néer­lan­daise a dé­ci­dé la fer­me­ture de son usine d’éclai­rage du Loir-et-Cher. En tout, 89 em­plois se­ront sup­pri­més.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - La­motte-Beu­vron (Loir-et-Cher) De notre cor­res­pon­dant Pas­cal Biou­lac, maire de La­motte-Beu­vront STÉ­PHANE FRA­CHET

IL NE FAUT PAS GRAT­TER long­temps pour sen­tir la co­lère par­mi les sa­la­riés de Phi­lips et la po­pu­la­tion de La­motte-Beu­vron (Loir-et-Cher). Hier, un co­mi­té cen­tral d’en­tre­prise de Phi­lips France à Suresnes (Hautsde-Seine) a confir­mé la fer­me­ture de l’usine so­lo­gnote d’ici à l’été 2017. 89 em­plois se­ront sup­pri­més.

Dans cette grosse bour­gade de 5 000 ha­bi­tants, per­sonne n’a réel­le­ment été sur­pris. « Les dés sont je­tés, nous n’avons plus d’es­poir », lâche Gé­ral­dine Bon­neau, une sa­la­riée. En 2015, un plan de dé­parts vo­lon­taires avait dé­jà en­traî­né une qua­ran­taine de dé­parts. « La di­rec­tion avait eu du mal à trou­ver des vo­lon­taires. Il a fal­lu qu’elle rende ces dé­parts plus in­té­res­sants. C’est la preuve que tout le monde est at­ta­ché à son tra­vail. On est fiers de ce que l’on fa­brique ici », ra­conte San­tia­na Er­gue­lec, 39 ans, em­ployée au mon­tage des lu­mi­naires leds.

Sur les 89 sa­la­riés res­tants, peu osent pour l ’ i ns­tant s’ex­pri­mer ou­ver­te­ment. Une pé­ti­tion cir­cule en ville, au­près des com­mer­çants. « Je l’ai si­gnée. Nous avons quit­té Ver­sailles pour tra­vailler dans un coin tran­quille. Il ne fau­drait pas qu’il de­vienne trop tran­quille non plus », sou­rit Fio­na Ver­la­guet, la bou­lan­gère qui s’est ins­tal­lée l’an pas­sé avec son ma­ri. Au Bis­tro, un res­tau­rant en bor­dure de l’ex-na­tio­nale 20, à quelques en­jam­bées de l’usine, le pa­tron Pa­trick Ju­cker a « vrai­ment les boules ».

Pas parce qu’il va perdre des clients, plu­tôt parce que ce chef d’en­tre­prise dit ne pas être trai­té à la même en­seigne que la puis­sante mul­ti­na­tio­nale : « Quand je vois com­ment nous sommes pres­su­rés, et com­ment nous fai­sons at­ten­tion à nos em­ployés. Et là, je vois un grand groupe qui biffe une usine d’un trait de plume, sans égard pour ses sa­la­riés, c’est in­sup­por­table, ça me met hors de moi. »

« C’est un coup dur pour notre ter­ri­toire ru­ral dé­jà fra­gi­li­sé par la crise agri­cole. Une pe­tite usine qui ferme, ça peut pas­ser in­co­gni­to dans une grande ville. Pour nous, c’est une ca­tas­trophe », ré­sume le maire, Pas­cal Biou­lac (LR), qui dé­nonce par ailleurs le dum­ping so­cial pra­ti­qué par les autres pays eu­ro­péens. « La pro­duc­tion de La­mot­teBeu­vron part en Hon­grie, où elle se­ra pro­duite pour dix fois moins cher. En Es­pagne, c’est trois fois moins cher. On ne peut pas construire l’Eu­rope avec de telles dif­fé­rences », es­time l’élu. Le groupe néer­lan­dais est un em­ployeur plu­tôt gé­né­reux, as­surent en choeur les sa­la­riés. « Nous ne re­trou­ve­rons pas fa­ci­le­ment un em­ployeur qui nous per­met de mo­du­ler nos ho­raires pour al­ler cher­cher nos en­fants à la sor­tie de l’école », ad­met Luc Sou­las, ma­ga­si­nier de 34 ans. Les 89 sa­la­riés de Phi­lips es­pèrent dé­sor­mais que leurs primes de dé­part se­ront à la hau­teur. Pour l’ins­tant, la di­rec­tion s’en tient au mi­ni­mum lé­gal. Les sa­la­riés de La­mot­teBeu­vron veulent faire mon­ter la pres­sion en ma­ni­fes­tant dès lun­di.

« C’est une ca­tas­trophe »

Le site de Phi­lips ba­sé à La­motte-Beu­vront se­ra dé­lo­ca­li­sé en Hon­grie. Une an­nonce qui laisse in­cré­dules et dé­pi­tés les ha­bi­tants de cette com­mune de 5 000 ha­bi­tants. Les sa­la­riés ma­ni­fes­te­ront lun­di pour mettre la pres­sion sur la di­rec­tion.

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