Le « bip » ve­nu de l’es­pace qui af­fole la pla­nète science

AS­TRO­NO­MIE. On vient d’ap­prendre qu’un ra­dio­té­les­cope russe avait cap­té, en 2015, un mys­té­rieux si­gnal ve­nu des confins de l’uni­vers. De quoi re­lan­cer les spé­cu­la­tions sur l’exis­tence d’une vie ex­tra­ter­restre.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Jean Schneider, as­tro­phy­si­cien MARC LOMAZZI CLAWDIA PROLONGEAU

EN DEUX SE­CONDES, il a mis en émoi la com­mu­nau­té scien­ti­fique. De­puis la fin août, les as­tro­nomes ne parlent plus que de lui, ce si­gnal sur­puis­sant cap­té par un ra­dio­té­les­cope russe et ori­gi­naire des confins de l’uni­vers. « On ne peut ex­clure l’hy­po­thèse d’une in­tel­li­gence ex­tra­ter­restre », ad­met Jean Schneider, as­tro­phy­si­cien ré­pu­té à l’Ob­ser­va­toire de Pa­ris.

L’af­faire, bi­zar­re­ment te­nue confi­den­tielle pen­dant plus d’un an, re­monte en fait au 15 mai 2015. Ce jour-là, le ra­dio­té­les­cope RATAN600 de Ze­len­chuks­kaya, dans le Cau­case russe, dé­tecte un si­gnal in­ha­bi­tuel. « Un bip unique de deux se­condes fort et net. C’est très in­tri­gant », sou­ligne Jean Schneider.

« La fré­quence du si­gnal pour­rait faire pen­ser à un sa­tel­lite es­pion »

Autre par­ti­cu­la­ri­té de cet étrange si­gnal, il a été émis d’une étoile, si­mi­laire à notre so­leil, de la constel­la­tion d’Her­cule, à 95 an­nées­lu­mière de la Terre. Pour ex­pé­dier une onde ra­dio à cette dis­tance — près de 900 000 mil­liards de km ! —, il faut une éner­gie telle qu’elle ne peut pro­ve­nir que d’un ca­ta­clysme ga­lac­tique ou d’une in­tel­li­gence lar­ge­ment su­pé­rieure à la nôtre.

« Les spé­cu­la­tions sur une ori­gine ex­tra­ter­restre ont été re­lan­cées par le fait que l’étoile HD 164595 de la constel­la­tion Her­cule a une étoile », ex­plique Jean Schneider. Les ama­teurs de pe­tits hommes verts ont vite fait d’ima­gi­ner une pla­nète, en or­bite au­tour de son so­leil, abri­tant une ci­vi­li­sa­tion avan­cée.

« Res­tons pru­dents », sou­ligne Jean Schneider. Il écarte l’hy­po­thèse d’une émis­sion té­moi­gnant de l’ex­plo­sion d’une su­per­no­va ou de la col­li­sion de deux pla­nètes, mais pré­fère en­vi­sa­ger un phé­no­mène rare de « len­tille gra­vi­ta­tion­nelle ». En clair, l’étoile HD 164595 au­rait am­pli­fié la lu­mière d’une autre étoile ou celle émise par un qua­sar, l’astre le plus brillant de l’uni­vers. Autre pos­si­bi­li­té plus terre à terre : « Le si­gnal a uti­li­sé une fré­quence mi­li­taire, ce qui pour­rait faire pen­ser à un sa­tel­lite es­pion. » Voi­là qui, au pas­sage, ex­pli­que­rait que les Russes aient gar­dé le si­lence sur leur « dé­cou­verte » et ou­blié d’aler­ter les ex­perts du SETI (Search for Ex­tra­ter­res­trial In­tel­li­gence).

La seule fa­çon d’en avoir le coeur net se­rait que l’on puisse dé­tec­ter à nou­veau ce bien étrange si­gnal. Le ra­dio­té­les­cope de l’uni­ver­si­té de Ber­ke­ley, en Ca­li­for­nie, a poin­té ses an­tennes vers la constel­la­tion Her­cule. Pour l’ins­tant sans suc­cès.

Il reste que l’af­faire est prise au sé­rieux. La preuve : elle a été mise à l’ordre du jour du Con­grès in­ter­na­tio­nal d’as­tro­no­mie qui s’ouvre à G u a d a l a j a r a , a u Me x i q u e , le 27 sep­tembre. « Tous les spé­cia­listes y se­ront. On en sau­ra plus à ce mo­ment-là », es­père Jean Schneider. Plus que quelques jours avant de percer le mystère.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.