Pillage à bord du « Con­cor­dia »

VOL. Des pas­sa­gers du pa­que­bot, échoué tra­gi­que­ment en 2012, ré­clament des comptes après la dis­pa­ri­tion d’ob­jets pré­cieux alors ran­gés dans les coffres du na­vire.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Anne De­cré, la res­pon­sable du col­lec­tif des nau­fra­gés fran­çais du « Con­cor­dia » NI­CO­LAS JAC­QUARD

COMME UN GÉANT ÉCHOUÉ, dont une nuée de pré­da­teurs se­rait ve­nue pi­co­rer les en­trailles. Le 13 jan­vier 2012 au soir, c’est une ville flot­tante qui s’est en­cas­trée sur les ré­cifs de l’île du Gi­glio. Une ville avec toutes ses ri­chesses. Cette nuit-là, alors que 32 pas­sa­gers du « Con­cor­dia » y lais­saient la vie, 4 200 autres, dont 450 Fran­çais, ral­liaient le ri­vage, lais­sant pour la plu­part à bord ce qu’ils avaient de plus pré­cieux. Dans la fou­lée, l’épave, avec no­tam­ment les coffres-forts des 1 500 ca­bines et suites, était pla­cée sous scel­lés. Le pro­cès du com­man­dant Schet­ti­no ache­vé au prin­temps der­nier, le pro­ces­sus de leur res­ti­tu­tion a été lan­cé ces der­nières se­maines. Mais à l’ar­ri­vée, le compte n’y est pas.

Des di­zaines de pas­sa­gers ont ain­si consta­té que bi­joux, ar­gent li­quide ou ap­pa­reils élec­tro­niques s’étaient comme éva­po­rés. « Et ce n’est pas de la perte, mais du vol ma­ni­feste », ful­mine Anne De­cré, la res­pon­sable du Col­lec­tif des nau­fra­gés fran­çais du « Con­cor­dia ». Sans comp­ter ceux qui, comme Jean-Luc, ont eu la sur­prise de re­ce­voir un co­lis conte­nant des ef­fets ne leur ap­par­te­nant pas. « Il y a peut-être eu quelques er­reurs ad­mi­nis­tra­tives », re­con­naît-on du bout des lèvres chez Cos­ta.

Pour le reste, la mai­son mère du « Con­cor­dia » nie toute res­pon­sa­bi­li­té, ar­guant que pen­dant les deux ans du­rant l e s quels e l l e e s t r e s t é e échouée au Gi­glio, l’épave était sous la res­pon­sa­bi­li­té de la jus­tice. A par­tir de juillet 2014, elle a en­suite été prise en charge par le consor­tium char­gé de son dé­man­tè­le­ment dans le port de Gênes, dont la der­nière phase a dé­bu­té avant-hier. En théo­rie, au­cun in­trus n’était cen­sé mon­ter à bord. En théo­rie, car il sem­ble­rait que beau­coup se soient nour­ris sur la bête (lire ci-des­sous).

Dans le coffre de sa ca­bine, sur le pont 8, Ma­rie-Do­lores avait glis­sé trois bagues ayant ap­par­te­nu à sa ma­man, dé­cé­dée quelques mois plus tôt, ain­si qu’une chaîne. Va­leur de l’en­semble : près de 8 000 €. Plon­gé sous l’eau, le coffre a bien ré­sis­té. En at­teste la pho­to de son ou­ver­ture qui vient d’être trans­mise à Ma­rie-Do­lores. On y aper­çoit son porte-mon­naie beige, et même l’em-

« Mys­té­rieu­se­ment, pour les ponts su­pé­rieurs, tous les coffres-forts avec des va­leurs im­por­tantes ont dis­pa­ru »

preinte in­crus­tée d’un bi­jou. Pour­tant, se­lon Cos­ta, le porte-mon­naie était… vide. « En clair, ils m’ac­cusent de men­tir », dé­nonce Ma­rie-Do­lores, qui vient de dé­po­ser plainte pour vol au­près des gen­darmes de l’Isère.

Claude*, lui, a bien re­çu i l y a trois se­maines son ap­pa­reil pho­to. En r e v a nche, nul l e trace « du col­lier de perles et des boucles d’oreilles en brillants lais­sées par ma femme », dans une ca­bine ja­mais im­mer­gée. « Cos­ta se fout de nous », dé­nonce-til. « Mys­té­rieu­se­ment, pour les ponts su­pé­rieurs, ce sont tous les cof­fres­forts avec des va­leurs im­por­tantes qui ont dis­pa­ru », ren­ché­rit Anne De­cré. Pour les ponts in­fé­rieurs, la ques- tion ne se pose plus. « D’après Cos­ta, les coffres qui se trou­vaient dans les pre­miers étages n’existent plus », as­sure Anne De­cré. Quant au pont 6 lui-même, « ses struc­tures ont été dis­per­sées en mer, y com­pris les coffres », nous as­sure l’ar­ma­teur. Une so­cié­té a bien été man­da­tée pour les re­trou­ver mais, jus­qu’à pré­sent, « seuls quelques-uns l’ont été dans le cadre de cette ac­ti­vi­té ».

« L’in­com­pé­tence de Cos­ta est à l’image de celle de leur com­man­dant », ac­cuse Anne De­cré, com­pa­rant le néant du « Con­cor­dia » à la ri­chesse de l’épave du « Ti­ta­nic »… Elle exige pour ses adhé­rents un dé­dom­ma­ge­ment à la hau­teur des biens dis­pa­rus. « Quant à tous ceux qui ont piqué, je ne sais même pas com­ment ils ar­rivent en­core à se re­gar­der dans une glace. » * Le pré­nom a été chan­gé.

Le conte­nu des coffres-forts du « Con­cor­dia », pla­cés sous scel­lés du­rant l’en­quête, a été dé­voi­lé et res­ti­tué à ses pro­prié­taires ces der­nières se­maines. Mais sur­prise, de nom­breux ob­jets de va­leur ont dis­pa­ru.

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