Ils vou­laient por­ter plainte contre la victime du re­quin

PO­LÉ­MIQUE. Des com­mer­çants en­vi­sa­geaient d’at­ta­quer en jus­tice le sur­feur griè­ve­ment bles­sé par un re­quin à la Réunion après avoir bra­vé l’in­ter­dic­tion de bai­gnade. De­vant le tol­lé gé­né­ral, ils ont re­non­cé.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - La Réunion De notre cor­res­pon­dant SÉ­BAS­TIEN GIGNOUX

« JE M’EX­CUSE et je re­tire ce qui a été dit sur un coup de gueule. Je ne dé­po­se­rai pas plainte. » Pierre, pa­tron d’un res­tau­rant de plage à Bou­can Ca­not, est aba­sour­di par le tor­rent d’in­sultes que lui et son éta­blis­se­ment es­suient sur les ré­seaux so­ciaux. Il y a deux jours, ses propos ont dé­clen­ché la po­lé­mique alors qu’il an­non­çait vou­loir, avec d’autres com­mer­çants, sai­sir la jus­tice contre les « hur­lu­ber­lus » al­lant à l’eau mal­gré les in­ter­dic­tions. Sa­me­di, un sur­feur âgé de 21 ans a été mor­du à deux re­prises par un re­quin-bou­le­dogue alors que le dra­peau rouge était his­sé et la bai­gnade in­ter­dite en rai­son, pré­ci­sé­ment, du risque d’at­taque. Le jeune homme a sur­vé­cu mais a été am­pu­té d’un bras et d’une jambe.

Ré­cla­mer 1 € sym­bo­lique

Cette nou­velle at­taque, la pre­mière de­puis juillet 2015, a re­plon­gé l’île dans « la crise re­quin », la mul­ti­pli­ca­tion des ac­ci­dents im­pli­quant des squales ces der­nières an­nées (19 at­taques dont 7 mor­telles de­puis 2011) ayant pro­fon­dé­ment di­vi­sé la so­cié­té entre sur­feurs, dé­fen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment, ac­teurs économiques et po­li­tiques pei­nant à se mettre d’ac­cord sur les so­lu­tions à adop­ter.

Après ce nou­veau drame, la plage de Bou­can Ca­not a été dé­ser­tée, et avec elle les ter­rasses des res­tau­rants et les com­merces voi­sins. « J’ai bien dit que j’étais dé­so­lé pour ce gar­çon et sa fa­mille, mais l’ac­tion avait une por­tée sym­bo­lique (NDLR : il comp­tait ré­cla­mer 1 €) pour dé­non­cer les consé­quences du non-res­pect des in­ter­dic­tions. C’est une ca­tas­trophe éco­no­mique », plaide Pierre, qui s’at­tend, comme d’autres com­mer­çants, à de­voir li­cen­cier une par­tie de son per­son­nel et voir son af­faire pé­ri­cli­ter. Trai­té de « monstre », me­na­cé de boy­cott, il a in­di­qué hier re­non­cer à son ac­tion. De­puis cinq ans, cette plage très pri­sée de l’ouest de l’île avait connu une baisse consi­dé­rable de sa fré­quen­ta­tion après plu­sieurs at­taques de re­quins.

Une ti­mide re­prise s’amor­çait ce­pen­dant de­puis huit mois, alors que le spot a été équi­pé d’un fi­let de pro­tec­tion au­to­ri­sant, sous condi­tions, la bai­gnade et les ac­ti­vi­tés nau­tiques.

Sa­me­di, en rai­son d’une im­por­tante dé­chi­rure consta­tée à l’ins­pec­tion du fi­let, le dra­peau rouge était his­sé et les maîtres na­geurs n’avaient ces­sé d’aler­ter les usa­gers sur les risques. Aver­tis­se­ment qu’avaient choi­si d’igno­rer plu­sieurs sur­feurs, alors qu’une belle houle dé­fer­lait ce jour-là.

Saint-Gilles-les-Bains (la Réunion), le 27 août. Après l’at­taque d’un sur­feur de 21 ans par un re­quin-bou­le­dogue, la plage de Bou­can Ca­not a été dé­ser­tée.

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