« J’adore la Phil­har­mo­nie »

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - Propos recueillis par SÉ­VE­RINE GAR­NIER

Il y a zé­ro édu­ca­tion mu­si­cale à l’école : pour­quoi vou­lez-vous qu’ils viennent au concert ? La culture a per­du sa place. Que nous prouve le Brexit ? Que l’Union eu­ro­péenne est un fo­rum où l’on parle seule­ment d’ar­gent. Qu’est-ce qui dif­fé­ren­cie notre conti­nent de l’Amé­rique ou de l’Asie ? Notre culture. Si l’on ne donne pas aux jeunes une vraie édu­ca­tion cultu­relle, il n’y a au­cune rai­son qu’ils viennent écou­ter Bru­ck­ner dans cin­quante ans. Vous avez une chaîne YouTube où vous par­lez de mu­sique. Est-ce pour tou­cher ces jeunes ? C’est une idée de l’un de mes fils, qui est mu­si­cien pop-élec­tro. Il vit dans un autre monde mu­si­cal, il a 33 ans. Il m’a dit : « Les jeunes connaissent ton nom mais ne savent pas ce que tu fais. » J’ai été tou­ché qu’il s’in­té­resse à son père ( rires). A quoi sert la mu­sique ? On peut uti­li­ser la mu­sique pour ou­blier nos sou­cis quo­ti­diens. Un noc­turne de Cho­pin vous fait ou­blier une jour­née dif­fi­cile en deux mi­nutes : pas mal ! Mais sur­tout, elle nous aide à com­prendre pour­quoi cer­taines choses ont un lien. Si l’on ne pré­serve pas ça, on va de­ve­nir des peuples pré­oc­cu­pés uni­que­ment d’éco­no­mie et de sé­cu­ri­té. Or la culture est une arme es­sen­tielle pour lut­ter contre le ter­ro­risme. Et la culture ce n’est pas dis­cu­ter com­ment les gens doivent s’ha­biller quand ils vont na­ger. C’est ri­di­cule ! Si quel­qu’un veut se bai­gner en bi­ki­ni ou tout ha­billé, qu’est-ce que ça peut me faire ? En 2001, vous avez pro­vo­qué un scan­dale en jouant Wa­gner en Is­raël où sa mu­sique était in­ter­dite… L’in­ter­dic­tion de jouer Wa­gner en Is­raël est uni­que­ment une hy­po­cri­sie du gou­ver­ne­ment is­raé­lien. En 2001, j’ai été in­vi­té avec la Staats­ka­pelle de Ber­lin à jouer Wa­gner au Fes­ti­val d’Is­raël. Les places ont été ven­dues en quinze mi­nutes. Le mi­nis­tère a me­na­cé de cou­per les sub­ven­tions du fes­ti­val. J’ai re­ti­ré Wa­gner du pro­gramme mais j’ai pro­po­sé au pu­blic de le jouer en bis. Il a eu des pro­tes­ta­tions mais seule­ment 10 per­sonnes ont quit­té la salle. Bien sûr, l’an­ti­sé­mi­tisme de Wa­gner est dé­goû­tant. Mais Is­raël fait de la mé­moire de l’Ho­lo­causte quelque chose d’épou­van­table en l’uti­li­sant à des fins po­li­tiques. Beau­coup de gens de votre âge prennent leur re­traite. Vous êtes sur­ac­tif. Vous n’avez pas en­vie d’al­ler à la pêche ? Je pré­fère de beau­coup la mu­sique à la pêche ( rires). Je joue cer­taines pièces de­puis l’âge de 7 ans. Les 500 fois que je les ai jouées ont toutes dis­pa- ru : le son est éphé­mère. J’en sais sû­re­ment plus au­jourd’hui sur ces oeuvres mais je dois à chaque fois re­par­tir de zé­ro. C’est un élixir ! Si la mu­sique est éphé­mère, pour­quoi en­re­gis­trez-vous tou­jours des disques ? Ah c’est un vieux dé­bat ! Glenn Gould a ces­sé de jouer en pu­blic pour ne faire que des en­re­gis­tre­ments. Je n’ai ja­mais com­pris. Il y a dans le concert un état par­ti­cu­lier, vi­vant, vi­tal. A 20 h 37 com­mence une oeuvre qui dure cin­quante mi­nutes en­vi­ron. Vous ne pou­vez pas ar­rê­ter les mu­si­ciens comme vous ar­rê­tez le disque. Vous vous engagez, vous vous en­vo­lez de la pre­mière à la der­nière note sans pou­voir des­cendre de ce vol.

« Il y a zé­ro édu­ca­tion mu­si­cale à l’école »

Jus­qu’au 9 sep­tembre et du 5 au 7 jan­vier à la Phil­har­mo­nie. 10 à 110 €. Phil­har­mo­nie­de­pa­ris.fr. Concert du 8 sept. re­trans­mis en di­rect sur Ra­dio Clas­sique à 20 h 30.

Le chef d’or­chestre aux mul­tiples pas­se­ports donne un cyle de quatre con­certs à la Phil­har­mo­nie de Pa­ris où Mo­zart et Bru­ck­ner se­ront à l’hon­neur.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.