Bel­mon­do, singe en été

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - PIERRE VA­VAS­SEUR

LE LION est ar­ri­vé à l’heure. Il est as­sis en ter­rasse, ce 1er sep­tembre, dans la dou­ceur du soir d’été au Comp­toir du Re­lais Saint-Ger­main, car­re­four de l’Odéon. Ses che­veux d’ar­gent fi­nissent leur course sur sa nuque. Il a le sou­rire en épée. Son com­plice de tou­jours, l’ac­teur Charles Gé­rard, est à ses cô­tés. Ri­chard Boh­rin­ger est là aus­si. C’est le ren­dez-vous des fauves. Les pas­sants n’en re­viennent pas de voir Bel­mon­do — « Mais oui, re­garde ! Je te dis que c’est lui ! » — à por­tée de por­table. « Sommes-nous au­to­ri­sées à faire une pho­to ? » de­mande une dame. On n’ira pas jus­qu’aux sel­fies. « C’est tout de même une lé­gende », souffle Louis-Michel Col­la, di­rec­teur des Théâtres de la Gaî­té-Mont­par­nasse et des Ma­thu­rins, ami de Bé­bel.

Nous sommes au 3e prix du Singe. Singe comme « Sing' Ger­main ». Mais aus­si comme « Un singe en hi­ver », cé­lèbre ro­man d’An­toine Blon­din, de­ve­nu en 1962 un film d’Hen­ri Ver­neuil, avec Jean Ga­bin, Jean-Paul Bel­mon­do et Su­zanne Flon. Lan­cé il y a trois ans par Yves Cam­de­borde, cro­queur de ter­roirs et pa­tron du Comp­toir, et par le globe-re­por­teur­trot­teur Jean Cor­mier, le prix du Singe a ré­com­pen­sé en 2014 l’écri­vain­voya­geur Syl­vain Tes­son et en 2015 l’au­teur-compositeur-ro­man­cier Da­vid McNeil, fis­ton de Marc Cha­gall. Jeu­di, McNeil a pous­sé la chan­son­nette de­vant l’in­vi­té d’hon­neur qui fai­sait sem­blant de ne pas sa­voir pour quelle rai­son il se re­trou­vait là, à la fraîche, en­tou­ré d’amis.

Hu­mi­li­té

On croi­sait le chan­teur et créa­teur du la­bel Sa­ra­vah Pierre Ba­rouh, Pierre As­sou­line, ju­ré Gon­court, qui si­gna avec Blon­din « le Flâ­neur de la rive gauche », l’aca­dé­mi­cien Fré­dé­ric Vi­toux ou le cham­pion du monde de lutte gré­co-ro­maine Da­niel Ro­bin… Maï­te­na Bi­ra­ben poin­ta sa fri­mousse. Elle re­ve­nait d’Inde et se bai­gnait avec bon­heur dans cet af­fluent de fra­ter­ni­té im­pro­vi­sée.

Vint le mo­ment de la re­mise du prix, ma­té­ria­li­sé par la sta­tue en bronze d’un homme-singe qui se tient les mains, bras le­vés. L’oeuvre du peintre et sculp­teur Fré­dé­ric Bran­don. Bé­bel a té­moi­gné de son plai­sir avec une hu­mi­li­té qui lui colle à la peau. La seule per­sonne qu’il ac­cepte d’ho­no­rer, c’est son père, le sculp­teur Paul Bel­mon­do. Boh­rin­ger re­con­nais­sait que « c’était beau un singe la nuit ». Les convives ont chan­té l’air des fu­si­liers ma­rins, sé­quence culte et fes­tive d’« Un singe en hi­ver ». Peu avant mi­nuit, Jean-Paul s’en est al­lé vers la voi­ture qui l’at­ten­dait. Jean-Pierre Rives, un de ses in­times, au­rait pu té­moi­gner : l’As des as pro­gres­sait dans la nuit comme un rug­by­man sur le ter­rain. Et tou­jours équi­pé de son sou­rire écla­tant.

Ses len­de­mains s’an­noncent ita­liens. A 83 ans, il se­ra le hé­ros de la 73e Mos­tra de Venise qui lui re­met­tra un Lion d’or pour l’en­semble de sa car­rière. Mais le Ma­gni­fique se­ra aus­si, à Rome, l’in­vi­té de la vil­la Mé­di­cis. Bé­bel n’y est ja­mais al­lé. Il ver­ra : c’est ma­gni­fique. le­pa­ri­sien.fr Un prix pour le singe ma­gni­fique

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