« 8 400 si­gna­le­ments entre jan­vier et juin 2016 »

Fran­çois-Xa­vier Mas­son,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par JÉ­RÉ­MY BOUILLARD Pro­pos re­cueillis par E.P.

FRAN­ÇOIS-XA­VIER MAS­SON est le chef de l’Of­fice cen­tral de lutte contre la cri­mi­na­li­té liée aux tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion de la com­mu­ni­ca­tion (OCLCTIC), ser­vice de po­lice char­gé des in­ves­ti­ga­tions sur les nu­mé­ros sur­taxés. Les ar­naques té­lé­pho­niques sont-elles en aug­men­ta­tion ? FRAN­ÇOIS-XA­VIER MAS­SON. Le phé­no­mène n’est pas nou­veau mais, ces der­nières an­nées, il s’est am­pli­fié et in­ter­na­tio­na­li­sé. Les es- crocs sont pas­sés à l’échelle in­dus­trielle, jouant sur l’ef­fet de masse : la France compte plus d’abon­nés té­lé­pho­niques que de ti­tu­laires de carte ban­caire. Il s’avère plus in­té­res­sant pour eux de ponc­tion­ner de pe­tites sommes à des mil­liers de per­sonnes plu­tôt qu’une somme im­por­tante à une poi­gnée de vic­times. Les es­crocs sont conscients qu’en agis­sant ain­si, les risques ju­di­ciaires sont moindres dans la me­sure où, pour un dé­bit de 1 ou de 3 €, les vic­times hé­sitent à se rendre dans un com­mis­sa­riat ou dans une bri­gade de gen­dar­me­rie. Ima­gi­nez ce que rap­porte l’en­voi d’un mil­lion de SMS, la moyenne des cam­pagnes de dé­mar­chage. On es­time à en­vi­ron 20 % la pro­por­tion de gens qui se laissent pié­ger. Comment sont choi­sis les nu­mé­ros ci­blés ? Ils sont sou­vent consti­tués sur une base sau­vage, après avoir été ré­col­tés sur des an­nuaires ou des sites de vente aux par­ti­cu­liers. En­suite, il faut ima­gi­ner un piège sus­cep­tible de tou­cher le maxi­mum de per­sonnes. Un mes­sage à ca­rac­tère por­no­gra­phique ne tou­che­ra qu’une ca­té­go­rie. En re­vanche, pré­tex­ter un dé­faut de paie­ment sur une fac­ture EDF concerne un pu­blic plus vaste. Quels es­crocs se cachent der­rière ces mes­sages ? La mé­thode fonc­tionne et ce­la se sait. Ce qui donne des idées à des op­por­tu­nistes dis­po­sant de connais­sances dans le sec­teur de la sur­taxe et du mi­cro­paie­ment qui, rap­pe­lonsle, re­lèvent d’ac­ti­vi­tés éco­no­miques lé­gales. L’opé­ra­teur, lui, n’est pas im­pli­qué. Il fac­ture un ser­vice four­ni, qu’il soit frau­du­leux ou non. Der­rière ce ser­vice ap­pa­raissent une my­riade de so­cié­tés spé­cia­li­sées, des pres­ta­taires lé­gaux : four­nis­seur, édi­teur, agré­ga­teur… Jus­qu’au der­nier maillon de la chaîne, l’es­croc, qui fait la plus grosse marge, soit les trois quarts du pro­fit. Ca­ché der­rière tous ces pres­ta­taires, il pro­fite de la com­plexi­té et de l’opa­ci­té du sys­tème.

« L’une de nos in­ves­ti­ga­tions a per­mis d’iden­ti­fier 17 000 vic­times »

Po­li­ciers ou gen­darmes sont ré­ti­cents à en­re­gis­trer des plaintes pour de faibles mon­tants. Que faire lors­qu’on est vic­time ? Sur­tout ne pas res­ter sans rien faire. Il faut ab­so­lu­ment si­gna­ler ce type de mé­fait, ce qui per­met de dé­tec­ter des phé­no­mènes de masse au ni­veau na­tio­nal, de faire des re­cou­pe­ments, et donc de sai­sir des ser­vices d’en­quête. Quand l’in­frac­tion est ca­rac­té­ri­sée (c’est sou­vent l’es­cro­que­rie qui est retenue), ce­la re­lève du pé­nal. Entre jan­vier et juin 2016, l’of­fice a re­çu 8 400 si­gna­le­ments, 30 % por­tant sur des ar­naques pré­su­mées à la té­lé­pho­nie. L’une de nos in­ves­ti­ga­tions a per­mis d’iden­ti­fier 17 000 vic­times. Plus gé­né­ra­le­ment, il ne faut pas se mon­trer trop cré­dule. Par exemple, ne pas ré­pondre à une per­sonne in­con­nue qui ne laisse pas de mes­sage. Ne pas ima­gi­ner être l’heu­reux ga­gnant d’une lo­te­rie pour la­quelle on n’a ja­mais joué. En un mot : être vi­gi­lant.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.