Dé­cès sus­pects à Pa­ris de deux bé­bés pré­ma­tu­rés

HÔ­PI­TAUX DE PA­RIS. La dis­tri­bu­tion de lait ma­ter­nel is­su du lac­ta­rium d’Ile-de-France abri­té par l’hô­pi­tal Ne­cker a été sus­pen­due après le dé­cès de deux bé­bés pré­ma­tu­rés con­ta­mi­nés par une bac­té­rie.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - DA­NIEL ROSENWEG, EMI­LIE TORGEMEN ET CLAU­DINE PROUST É.T.

TROIS INTOXICATIONS, deux dé­cès de pré­ma­tu­rés et un mois de si­lence. L’As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP) a at­ten­du hier pour ré­vé­ler que, de­puis le 6 août der­nier, trois bé­bés, tous grands pré­ma­tu­rés (moins de 1 kg), ont été in­toxi­qués dans deux de ses ser­vices de néo­na­to­lo­gie. Se­lon nos in­for­ma­tions, il s’agit de ceux des hô­pi­taux de Port-Royal, à Pa­ris, et An­toine-Bé­clère à Cla­mart (Hauts-de-Seine).

Deux nou­veau-nés en sont dé­cé­dés, in­dique le com­mu­ni­qué de l’APHP, le troi­sième « se porte bien ». Les pre­mières ana­lyses ont mis en cause une bac­té­rie ex­trê­me­ment ré­pan­due dans l’air et le sol, le Ba­cil­lus ce­reus (lire ci-contre). Les trois nour­ris­sons in­fec­tés avaient en com­mun d’être ali­men­tés par du lait ma­ter­nel pro­ve­nant d’un même lot is­su du lac­ta­rium hé­ber­gé à l’hô­pi­tal Ne­cker dont la dis­tri­bu­tion a été sus­pen­due « par pré­cau­tion ». Ce lac­ta­rium, qui dis­tri­bue en­vi­ron 700 litres de lait ma­ter­nel par mois, ali­mente une tren­taine de ser­vices de néo­na­ta­li­té, à Pa­ris mais aus­si en pro­vince. « Il n’est pas pos­sible d’af­fir­mer que ce lait est à l’ori­gine des conta­mi­na­tions, mais il n’est pas non plus pos­sible de l’ex­clure à ce stade », a in­di­qué l’AP-HP.

Pour­tant, les contrôles mi­cro­bio­lo­giques ef­fec­tués sur les poches de lait de Ne­cker, y com­pris celles ad­mi­nis­trées aux trois bé­bés, se sont, à ce jour, ré­vé­lés né­ga­tifs. Le germe n’avait pas non plus été dé­tec­té lors des contrôles préa­lables à la mise à dis­po­si­tion des poches. A prio­ri, le lait pa­raît donc hors de cause. De plus, à ce stade, pour­suit l’AP-HP, on ne peut pas « dire si c’est l’in­fec­tion qui est à l’ori­gine de l’ag­gra­va­tion de leur état ».

Reste une ques­tion : alors que les pro­to­coles sa­ni­taires pro­té­geant les grands pré­ma­tu­rés sont très contrai­gnants et créent de vé­ri­tables bar­rières contre les risques d’in­fec­tion, comment cette bac­té­rie a-t-elle pu se re­trou­ver dans l’or­ga­nisme de ces bé­bés sur­pro­té­gés ? Des ana­lyses sont en cours pour dé­ter­mi­ner si la souche du Ba­cil­lus ce­reus re­trou­vée chez les trois bé­bés est iden­tique. Les ré­sul­tats de­vraient être connus « au plus tard en fin de se­maine pro­chaine », ré­pond l’AP-HP.

Ce drame n’est pas sans rap­pe­ler ce­lui de Cham­bé­ry (Sa­voie) où, en dé­cembre 2013, trois bé­bés sont dé­cé­dés (lire ci-des­sous). L’ana­lyse des poches de nu­tri­tion avait dé­mon­tré la pré­sence d’une bac­té­rie d’un nou­veau genre.

En at­ten­dant les ré­sul­tats des en­quêtes qui vont être me­nées, des me­sures ont d’ores et dé­jà été prises pour per­mettre aux grands pré­ma­tu­rés d’Ile-de-France de conti­nuer à re­ce­voir du lait ma­ter­nel. Pour pal­lier la sus­pen­sion conser­va­toire du lac­ta­rium de Ne­cker, d’autres banques de lait ont été sol­li­ci­tées, prin­ci­pa­le­ment ce­lui de Mar­mande (Lot-et-Ga­ronne), le plus grand lac­ta­rium de France. Et, dès hier, le pro­fes­seur Jar­reau, chef du ser­vice de néo­na­to­lo­gie de Port-Royal, lan­çait un ap­pel aux dons de lait ma­ter­nel.

Les contrôles mi­cro­bio­lo­giques ef­fec­tués sur le lait se sont ré­vé­lés né­ga­tifs Ce que l’on sait de la bac­té­rie mise en cause

Le Ba­cil­lus ce­reus qui a conta­mi­né trois nou­veau-nés à Pa­ris est très fré­quent. On le trouve par exemple dans la pous­sière ou dans des ali­ments comme le riz cuit. En gé­né­ral, ce germe ne pro­voque pas plus qu’une nau­sée ou une diar­rhée pen­dant vingt­quatre heures. Sauf pour les per­sonnes aux sys­tèmes im­mu­ni­taires les plus fra­giles, ce qui est le cas des grands pré­ma­tu­rés. « Cette bac­té­rie ré­siste bien à la cha­leur et donc à la pas­teu­ri­sa­tion », ex­plique Jean-Charles Pi­caud, chef du ser­vice néo­na­ta­lo­gie à l’hô­pi­tal de la Croix-Rousse à Lyon et pré­sident de l’As­so­cia­tion des lac­ta­riums de France (ADLF). Mais elle ne passe pas entre les mailles des tests mi­cro­bio­lo­giques. « En France, 15 % du lait col­lec­té est je­té parce qu’il n’est pas as­sez sûr. Cette bac­té­rie compte pour 1 à 2 % des dé­chets », conti­nue Jean-Charles Pi­caud. De plus, si des bé­bés pré­ma­tu­rés ont dé­jà été in­fec­tés par le Ba­cil­lus ce­reus, « l’in­fec­tion a tou­jours été vé­hi­cu­lée par l’air. La lit­té­ra­ture scien­ti­fique ne parle ja­mais de conta­mi­na­tion par le lait ». Pour sa­voir si le lait est en cause, « il fau­dra at­tendre deux ou trois jours que les contrôles mi­cro­bio­lo­giques dé­ter­minent, en quelque sorte, l’em­preinte di­gi­tale de la bac­té­rie, ex­plique Jean-Charles Pi­caud. Pour voir s’il s’agit de la même souche » dans les trois cas.

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