Le Pen en croi­sade contre Sar­ko­zy

EX­TRÊME DROITE. Dans son dis­cours de ren­trée, la pré­si­dente du FN a par­ti­cu­liè­re­ment ci­blé l’ex-chef de l’Etat, se pré­sen­tant comme une « femme libre » face aux com­pro­mis­sions sup­po­sées de ses ad­ver­saires.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Bra­chay (Haute-Marne) De notre en­voyée spé­ciale Ma­rine Le Pen VA­LÉ­RIE HACOT

IN­UTILE de cher­cher un lo­go Front na­tio­nal, ni même une al­lu­sion au nom de fa­mille Le Pen. Hier, c’est Ma­rine, la « femme libre », la can­di­date de la « France apai­sée » qui a rom­pu son jeûne mé­dia­tique sur la pe­tite es­trade de la place de la mai­rie à Bra­chay. Un village de 61 âmes — dont 81 % d’élec­teurs fron­tistes lors des der­nières dé­par­te­men­tales —, sym­bole de la « France des ou­bliés », « des aban­don­nés » même, se­lon les propres termes de la pré­si­dente du FN, qui, de­puis 2013, y dé­livre son dis­cours de ren­trée po­li­tique.

A sept mois de l’échéance de 2017, et de­vant une foule conquise d’en­vi­ron 800 per­sonnes (3 500 se­lon les or­ga­ni­sa­teurs), ce dis­cours-là a pris une sa­veur par­ti­cu­lière. Du­rant près de qua­rante-cinq mi­nutes, s’ap­puyant sur un texte où elle convoque de Gaulle et Mon­tes­quieu, Ma­rine Le Pen, hâ­lée et très amin­cie, s’est em­ployée à se glis­ser dans le cos­tume pré­si­den­tiel. Em­prun­tant même au Fran­çois Hol­lande de 2012 le re­cours à l’ana­phore (son fa­meux « moi, pré­sident »), en mar­te­lant « pré­si­der, c’est pré­voir pour an­ti­ci­per […], pré­si­der, c’est conduire une na­tion vers son uni­té, sa pros­pé­ri­té […], pré­si­der, c’est se com­por­ter en chef de l’Etat, pré­si­der, c’est se sen­tir le gar­dien d’un pays... »

« Sar­ko­zy lut­tant contre le com­mu­nau­ta­risme, c’est à hur­ler de rire »

Pas d’ou­trances, ni de sor­ties fra­cas­santes : Le Pen n’en ra­joute pas, per­sua­dée que le contexte joue pour elle et va­lide ses prises de po­si­tion. Comme à l’ac­cou­tu­mée, elle ren­voie dos à dos le PS et les Ré­pu­bli­cains — dont elle raille « les pri­maires qui portent bien leur nom » — et leur « foire aux rus­tines ». Mais hier, elle a eu la main par­ti­cu­liè­re­ment lourde avec Ni­co­las Sar­ko­zy qui, de­puis son en­trée en cam­pagne, marche sur ses plates-bandes avec l’iden­ti­té na­tio­nale ou l’im­mi­gra­tion. Evo­quant une ren­contre que l’an­cien pré­sident au­rait eu en août avec le roi Sal­mane d’Ara­bie saou­dite, elle ac­cuse ce­lui « qui se vou­drait le cham­pion mé­dia­tique de la lutte contre l’is­la­misme ra­di­cal » d’avoir « fait al­lé­geance au pro­mo­teur mon­dial du wah­ha­bisme. » Quelques mi­nutes plus tard, des­cen­due de scène, elle en­fonce le clou : « Sar­ko­zy lut­tant contre le com­mu­nau­ta­risme, c’est à hur­ler de rire. Il est le sym­bole du cy­nisme. »

En cou­lisse, ses lieu­te­nants ne semblent pas s’in­quié­ter de la stra­té­gie dé­ployée par l’an­cien chef de l’Etat pour sé­duire l’élec­to­rat du FN. « Il cré­di­bi­lise notre dis­cours et il nous fa­brique des élec­teurs », veut croire Sé­bas­tien Che­nu, du Ras­sem­ble­ment Bleu Ma­rine.

Hier, l’heure n’était pas à le­ver le voile sur le fu­tur pro­gramme de la can­di­date, mais plu­tôt à don­ner un avant-goût des élé­ments qu’elle met­tra en avant du­rant sa cam­pagne. A com­men­cer par sa condi­tion de femme qui lui per­met de se po­ser en cham­pionne de la lutte contre l’is­la­misme. « La femme est l’égale de l’homme, en tous points. Par­tout. Elle a le même droit à la li­ber­té, à la plage comme à l’école, dans la rue comme dans l’en­tre­prise », as­sène-telle, en écho à la po­lé­mique sur le bur­ki­ni. Et de mar­te­ler : « Nous ne re­con­nais­sons qu’une seule com­mu­nau­té, la com­mu­nau­té na­tio­nale. »

Elle en­tend éga­le­ment se pla­cer au-des­sus des « chi­ca­ne­ries po­li­tiques ». Et de conclure : « Le che­min que je pro­pose est ce­lui de l’apai­se­ment par l’au­to­ri­té. » La ba­taille de 2017 est lan­cée. @vha­cot1

Bra­chay (Haute-Marne), hier. Ma­rine Le Pen a mis en avant sa condi­tion de femme pour se po­ser en rem­part contre l’is­la­misme.

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