Mère Te­re­sa ca­no­ni­sée

RE­LI­GION. Vingt ans après sa mort, mère Te­re­sa se­ra ca­no­ni­sée au­jourd’hui à Rome. Des évêques fran­çais nous livrent leur re­gard sur la « sainte de Cal­cut­ta ».

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Mi­chel Du­bost, évêque d’Evry FLO­RENCE MÉRÉO

TROI­SIÈME ÉTAGE du pa­lais du Vatican, ce­lui où est si­tué le bu­reau du pape. En cette an­née 1987, Her­vé Gi­raud, alors jeune prêtre, tombe nez à nez avec… mère Te­re­sa. « C’était dé­jà une fi­gure mon­diale de la cha­ri­té. Elle était toute toute pe­tite mais m’a tel­le­ment im­pres­sion­né que je n’ai eu pour seul mot qu’un sou­rire, qu’elle m’a ren­du », se re­mé­more l’ar­che­vêque de Sens-Auxerre.

Comme des mil­lions de ca­tho­liques à tra­vers le monde, Mgr Gi­raud au­ra au­jourd’hui le re­gard tour­né vers Rome. Près de vingt ans après sa mort en 1997, la re­li­gieuse contro­ver­sée (lire page 11) de Cal­cut­ta se­ra faite « sainte » ce ma­tin. Sa ca­no­ni­sa­tion se­ra pro­non­cée lors d’une messe pré­si­dée par le pape Fran­çois. « C’est un mo­ment fort pour les ca­tho­liques. En termes d’en­ga­ge­ment, elle est l’équi­valent chez nous de l’ab­bé Pierre ou de soeur Em­ma­nuelle », dé­crypte Mi­chel Du­bost, l’évêque d’Evry (Es­sonne), qui a lui aus­si croi­sé sa route. C’était aux Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse (JMJ) à Den­ver (Etats-Unis) en 1993.

Alors, « bien sûr », il re­vient sur son dé­voue­ment aux pauvres, avec les­quels la (bien­tôt) sainte au sa­ri blanc avait élu do­mi­cile jus­qu’à sa mort dans les bi­don­villes in­diens. Ou en­core la bâ­tisse où elle ac­cueillait les mou­rants, les mai­sons pour or­phe­lins, lé­preux, ma­lades du si­da qui ont es­sai­mé sous sa coupe par­tout dans le monde… « Mais ce que je re­tiens vrai­ment d’elle, re­prend l’évêque, c’est à quel point elle dit quelque chose du monde ac­tuel. Elle prouve que ce qui fait la di­gni­té de l’homme n’est ni le fric, ni les di­plômes, mais plu­tôt sa fai­blesse. » L’évêque marque un si­lence, avant de re­prendre : « Etre saint, c’est avoir la fier­té de ses convic­tions dans un monde contra­dic­toire. C’est ce qu’a fait le père Ha­mel », es­time-t-il, en ré­fé­rence au prêtre de Saint-Etienne-du-Rou­vray as­sas­si­né le 26 juillet dans son église et pour le­quel des voix re­li­gieuses de­mandent éga­le­ment la ca­no­ni­sa­tion.

Se­lon l’his­to­rien des re­li­gions Jean-Fran­çois Co­lo­si­mo, mère Te­re­sa est bien une fi­gure d’ex­cep­tion : « Elle est par­ve­nue à mettre toutes les marges au centre. Etre une femme, de mi­no­ri­té al­ba­naise, dans un pays, l’Inde, qui était à l’époque le tiers-monde, et réus­sir avec une so­brié­té désar­mante, voire in­quié­tante, à mettre les plus faibles dans la lu­mière, cha­peau ! » « 640 mis­sions de la Cha­ri­té comme celle qu’elle a créée existent au­jourd’hui dans le monde. Si ce­la n’est pas un hé­ri­tage ! » s’en­thous i asme Olym­pia Al­ber­ti, es­sayiste qui vient de pu­blier « le Royaume de sa nuit », un ré­cit consa­cré à la re­li­gieuse. Et pour­tant, la star des ca­thos a sé­rieu­se­ment dou­té de sa foi et de l’exis­tence de Dieu, comme en té­moignent plu­sieurs de ses écrits, dé­cou­verts après sa mort.

« Elle n’était pas par­faite, et tant mieux. Elle reste un sym­bole d’ab­né­ga­tion et de per­sé­vé­rance. Ce n’est pas pour rien que l’on dit : Eh oh, je ne suis pas mère Te­re­sa. Elle est même de­ve­nue un pro­verbe ! », re­lève l’évêque d’Auxerre. Son ho­mo­logue de la ca­thé­drale d’Evry ra­joute : « Cette ca­no­ni­sa­tion de­vrait nous pous­ser à ré­écou­ter son mes­sage. Au­jourd’hui, dans notre époque trou­blée, elle au­rait beau­coup de bou­lot. »

« Elle est l’équi­valent chez nous de l’ab­bé Pierre et de soeur Em­ma­nuelle »

Re­trans­mis­sion de la messe de ca­no­ni­sa­tion à 10 h 30 sur France 2.

Béa­ti­fiée en 2003 par Jean-Paul II, mère Te­re­sa se­ra ca­no­ni­sée ce ma­tin à Rome lors d’une messe pro­non­cée par le pape Fran­çois.

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