Al­cool : ef­fi­cace, le Ba­clo­fène !

SAN­TÉ. Dé­voi­lées hier, les pre­mières études cli­niques confirment que ce mé­di­ca­ment peut ai­der les ma­lades de l’al­cool à maî­tri­ser leur consom­ma­tion.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Mi­chel Rey­naud, ad­dic­to­logue à l’hô­pi­tal Paul-Brousse CLAU­DINE PROUST

C’EST DÉ­SOR­MAIS scien­ti­fi­que­ment prou­vé : le Ba­clo­fène aide bien à di­mi­nuer la consom­ma­tion ma­la­dive d’al­cool. En re­vanche, il n’est pas très ef­fi­cace pour ar­rê­ter to­ta­le­ment et res­ter abs­ti­nent. Voi­là les conclu­sions des deux pre­miers e s s a i s c l i ni ques fran­çais conduits s u r c e mé d i c a - ment, dé­voi­lés hier soir à Ber­lin l or s du c on­grès des so­cié­tés in­ter­na­tio­nales de re­cherche bio­mé­di­cale sur l’al­coo­lisme (Is­bra-Es­bra).

Il a fal­lu at­tendre trois ans pour connaître la te­neur de ces études sur un su­jet ma­jeur de san­té pu­blique. « L’al­cool tue 50 000 per­sonnes par an », rap­pelle le pro­fes­seur Mi­chel Rey­naud, ad­dic­to­logue à l’hô­pi­tal Paul-Brousse (AP-HP), pré­sident du fonds Ac­tions ad­dic­tions et pi­lote de l’un des deux es­sais.

Lais­sé en j achère pen­dant vingt ans par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, ce mé­di­ca­ment, com­mer­cia­li­sé au dé­part comme un myo­re­laxant (dé­con­trac­tant mus­cu­laire), aux ef­fets se­con­daires par­fois très im­por­tants (som­no­lence, ver­tiges, apnées sé­vères du som­meil et troubles ag­gra­vés chez les ma­lades souf­frant d’an­té­cé­dents psy­chia­triques), a été dé­tour­né de son usage ini­tial. Et le Ba­clo­fène est vite de­ve­nu une bouée de sau­ve­tage pro­vi­den­tielle pour les uns, un su­jet de dé­bat scien­ti­fique pour les autres.

Il a fi­ni par ob­te­nir des au­to­ri­tés sa­ni­taires une re­com­man­da­tion tem­po­raire d’uti­li­sa­tion (RTU) au­to­ri­sant une délivrance très en­ca­drée dans le se­vrage al­coo­li- que, en mars 2014. C’était avant de connaître les ré­sul­tats des deux es­sais cli­niques, conduits entre 2012 et 2013.

Bap­ti­sée Al­pa­dir, la pre­mière étude a été conduite par le pro­fes­seur Mi­chel Rey­naud sur 320 pa­tients, juste sor­tis de sev r a g e . Ce r t a i n s bu­vaient au­pa­ra­vant jus­qu’à une ving­taine de verres par jour et les deux tiers, consi­dé­rés comme bu­veurs à très haut risque, douze verres quo­ti­diens en moyenne. Ils ont re­çu soit un pla­ce­bo, soit une dose quo­ti­dienne — jus­qu’à 180 mg — de Ba­clo­fène. L’abs­ti­nence to­tale pen­dant vingt se­maines d’af­fi­lée, cri­tère prin­ci­pal de l’étude, n’a été at­teinte que par 11,9 % des pa­tients (10,5 % des ma­lades sous pla­ce­bo). En re­vanche, une ré­duc­tion im­por­tante de la consom­ma­tion a été ob­ser­vée dans les deux groupes, avec avan­tage au Ba­clo­fène : les ex-bu­veurs de 12 verres ar­ri­vaient à s’en te­nir à 3 ou 4.

Pi­lo­tée par le pro­fes­seur Phi­lippe Jau­ry, sous l’égide de l’APHP, le se­cond es­sai, Ba­clo­ville, a lui aus­si in­clus 320 pa­tients vo­lon­taires, qui étaient, eux, sui­vis en ville, par leur gé­né­ra­liste. On n’exi­geait ni se­vrage préa­lable ni abs­ti­nence, et les doses de Ba­clo­fène pou­vaient être plus im­por­tantes. Au 12e mois, 56,8 % des pa­tients avaient réus­si à di­mi­nuer leur consom­ma­tion à un ni­veau mé­di­ca­le­ment ac­cep­table. Les 700 000 don­nées col­lec­tées dans cet es­sai n’ont pas toutes en­core été ana­ly­sées, no­tam­ment celles qui portent sur la sé­cu­ri­té. Le la­bo­ra­toire Ethy­pharm les at­tend de pied ferme pour de­man­der o f f i c i e l l e me n t une au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché du Ba­clo­fène contre l’al­coo­lisme.

« L’al­cool tue 50 000 per­sonnes par an »

Si le Ba­clo­fène n’est pas le re­mède mi­racle contre l’al­coo­lisme, il per­met de ré­duire de fa­çon im­por­tante sa consom­ma­tion, se­lon les études dé­voi­lées hier.

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