Oba­ma avait bien es­pion­né Sar­ko­zy

SÉ­CU­RI­TÉ. Tel le dé­noue­ment d’une in­trigue de po­lar, les con­fi­dences de l’an­cien di­rec­teur tech­nique de la DGSE per­mettent d’éclai­rer un sombre épi­sode de sur­veillance entre « al­liés », joué en 2012.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Keith Alexan­der, alors di­rec­teur de la NSA, au di­rec­teur tech­nique de la DGSE ÉRIC PELLETIER

CETTE FOIS, il n’y a plus guère de doutes. Les Etats-Unis ont bien pi­ra­té in­for­ma­ti­que­ment l’Ely­sée en mai 2012. Ber­nard Bar­bier, l’ex­di­rec­teur tech­nique de la DGSE ( ren­sei­gne­ment ex­té­rieur fran­çais), a li­vré cette confi­dence à des élèves in­gé­nieurs. Il tient, dit-il, l’in­for­ma­tion de la bouche du che­val, c’est-à-dire de son ho­mo­logue amé­ri­cain.

Ces pro­pos ex­plo­sifs re­montent au mois de juin der­nier, mais ils étaient pas­sés in­aper­çus jus­qu’à ce que « le Monde » les rap­porte, dans son édi­tion d’au­jourd’hui. De­vant les fu­turs in­gé­nieurs de Cen­trale-Su­pé­lec, l’an­cien es­pion fran­çais ra­conte comment, au prin­temps 2013, Fran­çois Hol­lande lui or­donne de fi­ler aux Etats-Unis pour « en­gueu­ler » ses ho­mo­logues. « On étaient sûrs que c’était eux, té­moigne Bar­bier. Ce fut le 12 avril 2013 et ce fut un grand mo­ment de ma car­rière pro­fes­sion­nelle. »

La suite est digne des ro­mans de John Le Car­ré : « A la fin de la réunion, Keith Alexan­der [alors di­rec­teur de la NSA, l’agence char­gée des in­ter­cep­tions] n’était pas content. Alors que nous étions dans le bus, il me dit qu’il est dé­çu car il pen­sait que ja­mais on ne les dé­tec­te­rait. Et il ajoute : Vous êtes quand même bons. »

Jus­qu’à cet aveu du chef de la NSA, il y avait d’un cô­té les af­fir­ma­tions de la presse fran­çaise et, de l’autre, les dé­men­tis ou­tra­gés de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma. En no­vembre 2012, « l’Express » ra­conte comment les pi­rates ont pro­fi­té de « né­gli­gences » à l’Ely­sée pour « fouiller les or­di­na­teurs des proches conseillers de Ni­co­las Sar­ko­zy » entre les deux tours de l ’ élec­tion pré­si­den­tielle. « Les as­saillants, écrit l’heb­do­ma­daire, ont d’abord iden­ti­fié, sur le ré­seau so­cial, le pro­fil de per­sonnes tra­vaillant au pa­lais pré­si­den­tiel. Se fai­sant pas­ser pour des amis, ils les ont en­suite in­vi­tées, par un mes­sage élec­tro­nique, à se connec­ter sur l’in­tra­net du Châ­teau. Sauf que ce lien me­nait à une fausse page Web, une ré­plique de celle de l’Ely­sée. »

Ce qui a per­mis d’in­tro­duire un l ogi c i e l e s pi on s e pr opa­geant d’or­di­na­teur en or­di­na­teur. Et le ma­ga­zine d’évo­quer de forts soup­çons à l’en­contre du vieil al­lié amé­ri­cain.

A l’époque, Wa­shing­ton op­pose un dé­men­ti ca­té­go­rique. Mais la convic­tion des di­ri­geants fran­çais se ren­force au fil des mois. A l’au­tomne 2013, dans la fou­lée de Bar­bier, trois conseillers ély­séens sont mis­sion­nés à Wa­shing­ton, cha­cun dans leur champ de com­pé­tence : ren­sei­gne­ment, mi­li­taire et di­plo­ma­tie. L’af­faire Snow­den, qui a écla­té en juin de cette an­née­là, a mon­tré le ca­rac­tère in­dus­triel de l’es­pion­nage amé­ri­cain. « On ne pou­vait pas res­ter sans rien faire, té­moigne un bon connais­seur des re­la­tions fran­co-amé­ri­caines. Ils ont su qu’on sa­vait. »

Di­plo­ma­ti­que­ment pour­tant, les pro­tes­ta­tions sont faibles. En ma­tière de lutte an­ti­ter­ro­riste, Pa­ris reste en ef­fet très dé­pen­dant des tech­no­lo­gies mises en oeuvre par les Amé­ri­cains, seuls avec les Bri­tan­niques à dis­po­ser de ca­pa­ci­tés pla­né­taires. Et dans ce do­maine, la France sait bien qu’elle ne peut se payer le luxe d’une brouille.

« Vous êtes quand même bons »

Notre al­lié amé­ri­cain (ci-des­sus l’am­bas­sade des Etats-Unis à Pa­ris) a re­con­nu avoir es­pion­né l’Ely­sée entre les deux tours de la pré­si­den­tielle de 2012.

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