« Je ne lâ­che­rai pas »

Sé­go­lène Royal,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par ÉMILIE TORGEMEN

IL EN FAUT pour ébran­ler Sé­go­lène Royal. Sur le dos­sier des boues rouges, Ma­nuel Valls, qui a ap­prou­vé la pro­lon­ga­tion de l’ac­ti­vi­té de l’usine Al­teo de Gar­danne, a re­ca­dré ven­dre­di sa mi­nistre. « Je gou­verne, je dé­cide, cha­cun doit être à sa tâche avec l’es­prit et le sens du col­lec­tif. » Qu’im­porte, la mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment ne se dé­juge pas et nous rap­pelle que dé­ver­ser des pol­luants dans les ca­lanques n’est sim­ple­ment « pas ac­cep­table ». L’élec­tron libre du gou­ver­ne­ment at­tend le r é s u l t a t des der­nières anal yses pour r emon­ter au cré­neau et ac­cé­lé­rer la re­con­ver­sion de l’usine de Gar­danne. Vous vous op­po­sez à la dé­ci­sion du Pre­mier mi­nistre d’au­to­ri­ser le re­jet de boues rouges toxiques dans la Mé­di­ter­ra­née. De­puis, il vous a rap­pe­lé le res­pect de « l’es­prit col­lec­tif »… SÉ­GO­LÈNE ROYAL. Je main­tiens ma po­si­tion. Le pré­fet sur ins­truc­tion du Pre­mier mi­nistre a au­to­ri­sé en dé­cembre la so­cié­té Al­teo à pour­suivre ses dé­chets in­dus­triels au coeur des ca­lanques pour six ans. Cette dé­ci­sion n’est à mes yeux pas ac­cep­table. Il ne s’agit pas d’une pa­role po­lé­mique mais d’une pa­role lé­gi­time. Je suis dans mon rôle de mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment qui s’ap­puie sur la vé­ri­té des faits. Je suis bien pla­cée pour le sa­voir, je suis à l’ori­gine des in­ves­ti­ga­tions chi­miques qui ont mon­tré en dé­cembre que la pollution était au-des­sus des seuils au­to­ri­sés. Fin sep­tembre se réuni­ra le co­mi­té de sui­vi in­dé­pen­dant, nous ver­rons bien ce qu’il en res­sor­ti­ra. Je ne lâ­che­rai pas ce dos­sier. Est-ce lé­gal de dé­ver­ser des dé­chets in­dus­triels dans les ca­lanques ? Il s’agit d’une dé­ro­ga­tion à la ré­gle­men­ta­tion na­tio­nale. Or je sou­haite que la l oi s ’ ap­plique pl ei ne­ment. Al­teo ne res­pecte pas les seuils de la pollution ni le prin­cipe pol­lueur-payeur, dont — et c’est pro­pre­ment scan­da­leux — elle est exemp­tée. En ef­fet, l’en­tre­prise ne fi­nance pas la dé­pol­lu­tion des sous­sols ma­rins, conta­mi­nés de­puis cin­quante ans, ou l a dé­pol­lu­tion des sols. Du ciel, on voit ces boues qui cont i e nnent des mé­taux lourds sto­cké es sur les ter­rains de l’en­tre­prise. Les pous­sières qui s’ en­volent consti­tuent un dan­ger réel pour la san­té des ri­ve­rains comme des sa­la­riés. D’ailleurs, ces sub­stances toxiques qu’in­halent chaque jour les em­ployés d’Al­teo res­tent un ta­bou qui doit ces­ser avant que l’on se re­trouve avec une ca­tas­trophe sa­ni­taire sur les bras. Faut-il alors ces­ser l’ac­ti­vi­té d’Al­teo et mettre en dan­ger l’em­ploi ? On ne doit pas op­po­ser éco­no­mie et éco­lo­gie. L’ur­gence pour les cen­taines de sa­la­riés d’Al­teo est de se pré­oc­cu­per au plus vite d’une tran­si­tion vers un sec­teur d’ave­nir. Pour ce faire, j’ai lan­cé en juin une mis­sion sur les pers­pec­tives de re­con­ver­sion de ce site et de son per­son­nel. Ne nous trom­pons pas, c’est la pollution qui pèse sur l’em­ploi en dé­trui­sant pêche et tou­risme. Il nous faut im­pé­ra­ti­ve­ment et vite stop­per ce système où quelques-uns s’en­ri­chissent aux dé­pens de tous les autres. La Mé­di­ter­ra­née ne peut-elle pas « di­gé­rer » ces pol­luants ? Non, la Mé­di­ter­ra­née est un es­pace fra­gile. Il s’agit certes de la mer la plus riche du monde avec 17 000 es­pèces re­cen­sées, mais trop long­temps elle a été consi­dé­rée comme notre pou­belle. Ce­la suf­fit ! J’ai d’ailleurs lan­cé en juin un plan Mé­di­ter­ra­née pour la crois­sance bleue et le cli­mat. Sur Notre-Dame-des-Landes non plus vous n’avez pas la même po­si­tion que Ma­nuel Valls… Sur Notre-Dame-des-Landes, j’ai dé­jà dit ce que j’avais à dire. J’au­rais pré­fé­ré une so­lu­tion de com­pro­mis. Soit que l’on mo­der­nise l’ac­tuel aé­ro­port de Nantes, soit que l’on di­mi­nue la sur­face du pro­jet. Ce n’est pas ce qui a été dé­ci­dé. Mais sur beau­coup d’autres su­jets, je me suis im­po­sée. Comme la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, l’in­ter­dic­tion des néo­ni­co­ti­noïdes (NDLR : pes­ti­cides qui tuent les abeilles), etc. Ce week-end, la Chine et des Etats-Unis ont si­gné l’ac­cord de la COP21, c’est une im­mense avan­cée pour li­mi­ter le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Ça n’est pas tom­bé tout seul, il a fal­lu tra­vailler.

« Al­teo ne res­pecte pas les seuils de pollution, c’est scan­da­leux »

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