« Notre com­bat contre la loi Tra­vail n’est pas fi­ni »

SO­CIAL. Jean-Claude Mailly, le se­cré­taire gé­né­ral de FO, ex­plique dans un en­tre­tien sans langue de bois que son syn­di­cat ne ren­dra pas les armes face à la loi Tra­vail.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Pro­pos re­cueillis par CA­THE­RINE GASTÉ

LA REN­TRÉE SYN­DI­CALE a son­né. Mer­cre­di, Jean-Claude Mailly (Force ou­vrière) se ren­dra à Nantes pour un mee­ting com­mun avec l’en­semble des lea­deurs syn­di­caux anti-loi Tra­vail. Le 10 sep­tembre, il par­ti­ci­pe­ra à la Fête de l’Hu­ma­ni­té, de quoi faire se re­tour­ner dans leurs tombes les an­ciens pa­trons de FO. Pour le se­cré­taire gé­né­ral, le com­bat doit conti­nuer. Il rap­pelle éga­le­ment à l’ordre les can­di­dats à la pré­si­den­tielle et règle ses comptes avec Em­ma­nuel Ma­cron, Pierre Gat­taz (le pa­tron du Me­def) et… Fran­çois Hol­lande. Vous fe­rez mee­ting com­mun mer­cre­di avec Phi­lippe Mar­ti­nez. C’est un rap­pro­che­ment entre FO et la CGT ? JEAN-CLAUDE MAILLY. J’ai ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion lan­cée par l ’ union dé­par­te­men­tale FO de Loire-At­lan­tique, comme les sept res­pon­sables d’or­ga­ni­sa­tions étu­diantes, ly­céennes et de sa­la­riés qui ont éga­le­ment été conviés à Nantes pour un mee­ting com­mun sur la loi Tra­vail. Nous sommes dans une uni­té d’ac­tion. Ce n’est pas parce que cette loi est pas­sée avec le 49-3 cet été que c’est fi­ni. Nous ap­pe­lons le 15 sep­tembre à une nou­velle jour­née de mo­bi­li­sa­tion dans une qua­ran­taine de villes. N’est-ce pas la ma­nif de trop ? Non. Cette date avait été ar­rê­tée dès le dé­but de l’été. Les ca­ma­rades ont le­vé le pied à juste titre après les at­ten­tats de Nice. L’ob­jec­tif est de mon­trer qu’on ne laisse pas tom­ber, même s’il y au­ra moins de monde qu’il n’y en a eu. Et ce­la ne veut pas dire qu’après le 15 sep­tembre, il y au­ra en­core des ma­nifs. Main­te­nant, il va y avoir une ba­taille ju­ri­dique à me­ner. Vous vou­lez jouer la montre pour em­pê­cher l’ap­pli­ca­tion de la loi ? Le gou­ver­ne­ment a jus­qu’à la fin de l’an­née pour ré­di­ger les 134 dé­crets. Nos ser­vices ju­ri­diques tra­vaillent d’ar­rache-pied pour trou­ver les axes de re­cours. Il n’est ja­mais trop tard. On vous an­nonce à la Fête de l’Hu­ma, sa­me­di 10 sep­tembre. Avec les com­mu­nistes, c’est la lune de miel ? J’y se­rai pour par­ti­ci­per à un dé­bat sur le dia­logue so­cial et la loi Tra­vail. C’est ef­fec­ti­ve­ment la pre­mière fois qu’un se­cré­taire gé­né­ral de FO y par­ti­cipe. Ce­la ne me pose au­cun pro­blème. Et à vos mi­li­tants ? Je n’ex­clus pas que cer­tains se de­mandent ce que je vais faire là-bas, mais à par­tir du mo­ment où l’on a des convic­tions et que les choses sont claires, on peut al­ler dé­battre par­tout. Il y a quelques an­nées, j’ai par­ti­ci­pé à l’uni­ver­si­té d’été du Me­def. Là, ça change, je vais à la Fête de l’Hu­ma. Vous par­lez du Me­def. Pour Ma­nuel Valls, de­puis la mise en place du cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi (CICE), les en­tre­prises ont joué le jeu. Qu’en pen­sez-vous ? Je rap­pelle que sur trois ans, le pacte de res­pon­sa­bi­li­té et le CICE, ce­la re­pré­sente au to­tal plus de 100 Mds€ de ré­duc­tions ac­cor­dées aux en­tre­prises. Et nous n’avons pas eu un mil­lion d’em­plois, loin de là, mal­gré le slo­gan du Me­def et de son pré­sident Pierre Gat­taz : « Un mil­lion d’em­plois contre 100 mil­liards ». Et main­te­nant, il nous fait le coup des deux mil­lions d’em­plois ! Ce­lui qui a men­ti, ce n’est pas le Me­def, mais le pré­sident de la Ré­pu­blique et son Pre­mier mi­nistre. Ils ont fait mi­roi­ter des em­plois aux Fran­çais alors qu’ils n’avaient exi­gé au­cune contre­par­tie du pa­tro­nat. Pour­tant, le taux de chô­mage s’amé­liore. Leur po­li­tique porte donc ses fruits ? Non, on est dans une phase de sta­bi­li­sa­tion, mais la pré­ca­ri­té aug­mente consi­dé­ra­ble­ment. Il n’y a pas as­sez de crois­sance. D’où le for­cing fait par le gou­ver ne­ment s ur Pôl e em­ploi pour at­teindre l’ob­jec­tif de 500 000 chô­meurs en for­ma­tion d’ici la fin de l’an­née. En­core faut-il qu’ils re­trouvent en­suite un tra­vail. L’in­ver­sion de la courbe, ce se­ra vrai le jour où ce­la se fe­ra grâce à de vé­ri­tables créa­tions d’em­ploi. Le dé­part du gou­ver­ne­ment d’Em­ma­nuel Ma­cron fait la une. Sage dé­ci­sion ou tra­hi­son ? C’est à lui et à Fran­çois Hol­lande d’en ju­ger. Mais cette dé­mis­sion n’est pas une

sur­prise. Il y a un mo­ment que je n’ai plus de contacts avec Em­ma­nuel Ma­cron. De­puis plu­sieurs mois, il était plus pré­oc­cu­pé par son mou­ve­ment que par son poste de mi­nistre. Des ren­dez-vous étaient an­nu­lés et pas re­pro­gram­més, par exemple sur le dos­sier de la cen­trale nu­cléaire de Hink­ley Point. Il a an­nu­lé et n’a pas re­pris contact. Quel bi­lan ti­rez-vous de son ac­tion ? Un bi­lan plus que mi­ti­gé. Tout le monde parle de la li­bé­ra­li­sa­tion des au­to­bus, mais à en­tendre les di­ri­geants de ce sec­teur, si leur chiffre d’af­faires a aug­men­té, c’est da­van­tage grâce aux grèves de train qu’à la loi. En fait, Em­ma­nuel Ma­cron était beau­coup plus in­fluent en tant que conseiller et se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’Ely­sée ou sur des dos­siers qui ne le concer­naient pas. Les li­cen­cie­ments éco­no­miques dans la loi Tra­vail, c’est lui. Le pacte de res­pon­sa­bi­li­té, c’est lui, ins­pi­ré par Pierre Gat­taz. Ma­cron a été une cour­roie de trans­mis­sion du Me­def. Quels sont vos rap­ports avec le Pre­mier mi­nistre ? Je n’ai pas eu de contacts avec lui de­puis fin juin. Il peut m’ap­pe­ler, il a mon té­lé­phone. Et avec l’Ely­sée ? Pour quoi faire ? Je rap­pelle que, pen­dant le conflit sur la loi Tra­vail, j’ai vu trois fois Fran­çois Hol­lande. Je consi­dère que ce­la n’a ser­vi à rien. Pen­dant le conflit sur la loi Tra­vail, vous avez dé­cla­ré pu­bli­que­ment être en­car­té au PS. Vous le re­gret­tez ? Dès mon élec­tion à la tête de FO, j’ai dit que j’étais au PS, même si je n’y mi­lite pas. Je ne l’ai ja­mais ca­ché, pas plus que mon ami­tié avec Mar­tine Au­bry. Heu­reu­se­ment qu’il reste des so­cia­listes ! La cam­pagne pré­si­den­tielle a dé­jà com­men­cé. Qu’en at­ten­dez-vous ? Force ou­vrière ne pren­dra pas po­si­tion mais j’es­père que les ques­tions so­ciales, éco­no­miques et eu­ro­péennes vont re­ve­nir au coeur du dé­bat. Il ne doit pas tour­ner ex­clu­si­ve­ment sur la sé­cu­ri­té et toutes les va­riantes pos­sibles de la laï­ci­té. On ne va pas faire la cam­pagne sur le bur­ki­ni ! Ce­la ne fe­rait que ren­for­cer la dé­fiance des Fran­çais à l’égard des po­li­tiques. Ils sont in­quiets en prio­ri­té pour leur em­ploi et leur pou­voir d’achat.

« Il va y avoir une ba­taille ju­ri­dique à me­ner » « Ma­cron a été une cour­roie de trans­mis­sion du Me­def » « J’ai vu trois fois Fran­çois Hol­lande. Je consi­dère que ce­la n’a ser­vi à rien »

Jean-Claude Mailly ap­pelle à une nou­velle jour­née de mo­bi­li­sa­tion le 15 sep­tembre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.