Main­tien à do­mi­cile : l’Etat n’est plus aux pe­tits soins

SAN­TÉ. L’Etat veut bais­ser le prix de vente maxi­mum de 250 pro­duits mé­di­caux très uti­li­sés. Co­lère des pres­ta­taires.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG

ÉTRANGE mes­sage au mo­ment où les pou­voirs pu­blics cherchent à dé­ve­lop­per les soins am­bu­la­toires. En plein été, le 5 août, le Co­mi­té éco­no­mique des pro­duits de san­té (CEPS), or­ga­nisme in­ter­mi­nis­té­riel char­gé de fixer le prix des mé­di­ca­ments et dis­po­si­tifs mé­di­caux pris en charge par l’As­su­rance ma­la­die obli­ga­toire, a pu­blié au « Jour­nal of­fi­ciel » un avis de pro­jet de fixa­tion de ta­rifs. Ce­lui­ci pré­voit de bais­ser de 4 à 10 % le prix de 250 pro­duits four­nis aux pa­tients par les pro­fes­sion­nels du main­tien à do­mi­cile. On trouve dans cette liste de dix pages ma­te­las an­ti­es­carres, masques contre l’apnée du som­meil, sty­los in­jec­teurs, poches d’in­con­ti­nence… En 2017, cette baisse per­met­trait 180 M€ d’éco­no­mies pour la Sé­cu. Elle s’im­po­se­rait dès le 1er no­vembre 2016.

Ce « coup de ra­bot sans pré­cé­dent » a fait bon­dir, à leur re­tour de va­cances, les as­so­cia­tions de pa­tients ( lire en­ca­dré ci-des­sous) et la Fé­dé­ra­tion des pres­ta­taires de san­té à do­mi­cile (PSAD). A leur de­mande, ils ont ren­con­tré ven­dre­di les mi­nis­tères de la San­té et de l’Eco­no­mie. La fin des dis­cus­sions est re­por­tée à la fin du mois. In­ter­ro­gé, le mi­nis­tère de la San­té in­siste : « Les pa­tients ne se­ront pas im­pac­tés. » Ces baisses de prix ne tou­che­ront en ef­fet que les en­tre­prises qui uti­lisent les pro­duits concer­nés et les fac­turent en­suite à l’As­su­rance ma­la­die. « Nous al­lons être obli­gés de ré­duire nos pres­ta­tions, voire de four­nir des ma­té­riels low-cost », pré­vient Eme­ric Pi­vi­do­ri, vice-pré­sident du Sna­dom, Syn­di­cat na­tio­nal des as­so­cia­tions d’as­sis­tance à do­mi­cile.

Une lettre à la mi­nistre

Fu­rieux, les 800 pa­trons d’as­so­cia­tions et d’en­tre­prises du sec­teur ont adres­sé, avec leur fé­dé­ra­tion et leurs syn­di­cats, une lettre à la mi­nistre de la San­té Ma­ri­sol Tou­raine pour dé­non­cer une « baisse de prix to­ta­le­ment in­édite par son am­pleur et ses consé­quences », qui risque « d’as­phyxier un sec­teur qui em­ploie 60 000 per­sonnes qui s’oc­cupent de 1,6 mil­lion de pa­tients ». Les in­dus­triels se sont aus­si ma­ni­fes­tés, plus dis­crè­te­ment.

« Nous sommes d’ac­cord pour faire des ef­forts, mais en 2016, on de­vait dé­jà ab­sor­ber 27 M€ de baisse. Là, avec la mise en oeuvre le 1er no­vembre, on nous en ra­joute 30 M€ et en­core 180 M€ en 2017, dé­taille Eme­ric Pi­vi­do­ri. Au­cune struc­ture ne pour­ra les ab­sor­ber. Et ce n’est pas nous qui pres­cri­vons les soins, ce sont les mé­de­cins ! » Les 800 pa­trons concer­nés se disent prêts à des ac­tions de ter­rain pour « s’op­po­ser avec la der­nière éner­gie à la pire re­mise en cause de leur mé­tier qu’ils aient ja­mais connue ».

Les sty­los in­jec­teurs uti­li­sés par les dia­bé­tiques font par­tie de la liste de pro­duits concer­nés.

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