En Ita­lie, le se­cret des pa­pys cen­te­naires d’Ac­cia­ro­li

LON­GÉ­VI­TÉ. Au sud de Naples, un vil­lage de 700 âmes abrite pas moins de 81 cen­te­naires. Des équipes de scien­ti­fiques amé­ri­cains et ita­liens ont en­quê­té du­rant six mois pour per­cer leur se­cret.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Alan S. Mai­sel, pro­fes­seur de mé­de­cine Pro­pos re­cueillis par ALEXANDRE MÉTIVIER MARC LOMAZZI

LE DOUX SO­LEIL du golfe de Sa­lerne, du pois­son frais ar­ro­sé d’un fi­let d’huile d’olive et de longues marches sur les pentes de la côte amal­fi­taine… les heu­reux ha­bi­tants d’Ac­cia­ro­li, au sud de Naples, ont sans doute trou­vé le se­cret de l’élixir de jou­vence. Dans ce vil­lage ni­ché entre mer et mon­tagne, loin du stress et de la pollution, on dé­nombre 81 cen­te­naires sur 700 âmes. Un re­cord qui a at­ti­ré sur place des cher­cheurs de l’école de mé­de­cine de San Die­go, en Ca­li­for­nie, et de l’uni­ver­si­té de la Sa­pien­za, de Rome.

Après six mois d’étude, les scien­ti­fiques ont ex­po­sé, hier, les grandes lignes de leurs tra­vaux sur ce vil­lage de trompe-la-mort où l’on vit beau­coup plus vieux que par­tout ailleurs : 92 ans en moyenne pour les femmes et 85 ans chez les hommes. « Nous sommes le pre­mier groupe de cher­cheurs à avoir étu­dié cette po­pu­la­tion », se ré­jouit Alan S. Mai­sel, spé­cia­liste des ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires à l’uni­ver­si­té de San Die­go.

« Beau­coup de per­sonnes âgées semblent avoir une ac­ti­vi­té sexuelle »

Sans sur­prise, l’étude, bap­ti­sée étran­ge­ment CIAO ( Ci­len­to on Aging Out­comes Stu­dy) ex­plore la piste ali­men­taire. Les ha­bi­tants d’Ac­cia­ro­li sont de longue date des adeptes du ré­gime mé­di­ter­ra­néen, iden­ti­fié d’ailleurs dans cette ré­gion du parc du Ci­len­to par l’Amé­ri­cain An­cel Keys il y a près de soixante ans. « On ne mange que des choses saines », ex­plique An­to­nio Vas­sa- 2050 (pro­jec­tion) lo, qui vient de souf­fler ses 100 bou­gies. Au me­nu, « beau­coup de pois­son, de pro­duits que l’on cultive nous-mêmes », ajoute son épouse, 93 ans. Et bien sûr l’huile d’olive, aux bien­faits avé­rés. « Cette va­riante ita­lienne du ré­gime cré­tois com­bi­née à une ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière est un fac­teur im­por­tant de lon­gé­vi­té », confirme Fran­çois Blan­chard, pro­fes­seur de gé­ria­trie au CHU de Reims. Et les pa­pys d’Ac­cia­ro­li ne cessent de gra­vir les rues es­car­pées du vil­lage ou de jar­di­ner. Ici, « beau­coup de per­sonnes âgées semblent aus­si avoir une ac­ti­vi­té sexuelle », sou­ligne le pro­fes­seur Mai­sel.

Autre ex­pli­ca­tion avan­cée, les an­ciens d’Ac­cia­ro­li bé­né­fi­cie­raient d’un ex­cellent pa­tri­moine gé­né­tique. Les cen­te­naires pour­raient avoir un gène pro­fi­tant des ef­fets bé­né­fiques de cer­tains pro­duits consom­més au quo­ti­dien, « comme le ro­ma­rin, qui amé­liore les ca­pa­ci­tés du cer­veau », ex­plique le pro­fes­seur Mai­sel. D’ailleurs, sur les 80 per­sonnes âgées ayant par­ti­ci­pé à l’étude, dont 25 cen­te­naires, per­sonne ne souf­frait de la ma­la­die d’Alz­hei­mer. « L’hy­po­thèse gé­né­tique peut ex­pli­quer une meilleure ré­pa­ra­tion des chro­mo­somes », confirme le pro­fes­seur Blan­chard.

Même si le nombre de cen­te­naires comme l’es­pé­rance de vie ne cesse de croître — elle a ga­gné tren­te­cinq ans de­puis 1900 en France — les cher­cheurs voient dans le cas d’Ac­cia­ro­li, où la dé­con­trac­tion est éri­gée en art de vivre, un mo­dèle à co­pier. Ils en­vi­sagent donc d’y édi­fier un centre in­ter­na­tio­nal d’étude de la lon­gé­vi­té. Quitte à trou­bler quelque peu la quié­tude des cen­te­naires des lieux.

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