« L’en­quête s’an­nonce dé­li­cate et dif­fi­cile »

PRÉMATURÉS. Après le dé­cès sus­pect de deux bé­bés en ré­gion pa­ri­sienne, des ins­pec­tions sont me­nées au­jourd’hui à l’AP-HP. En­tre­tien avec Claire Poyart, bac­té­rio­logue.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Claire Poyart, bac­té­rio­logue Pro­pos re­cueillis par CLAUDINE PROUST

LA MI­NISTRE de la San­té, Ma­ri­sol Tou­raine, l’a an­non­cé hier : l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment et des pro­duits de san­té (ANSM) va ins­pec­ter au­jourd’hui le l ac­ta­rium de l ’ hô­pi­tal Ne­cker et les ser­vices de néo­na­to­lo­gie (Co­chin et An­toine-Bé­clère), où trois prématurés — dont deux sont dé­cé­dés — ont été conta­mi­nés par une bac­té­rie. L’AP-HP a dé­jà, par pré­cau­tion, sus­pen­du la dé­li­vrance de lait ma­ter­nel is­su du lac­ta­rium de Ne­cker aux ser­vices de prématurés fran­ci­liens. Une af­faire qui sus­cite l’in­quié­tude. A la ma­ter­ni­té de l’hô­pi­tal Bé­clère, à Cla­mart (Hauts-de-Seine), Jes­sy, en­ceinte de sept mois, doit ac­cou­cher bien­tôt. « Ça fait peur, lâche-t-elle. Avoir un en­fant pré­ma­tu­ré­ment, c’est dé­jà stres­sant. Alors ima­gi­ner qu’il puisse mou­rir à cause d’une bac­té­rie, c’est ter­ri­fiant. » Chef de ser­vice du la­bo­ra­toire de bac­té­rio­lo­gie des hô­pi­taux uni­ver­si­taires Pa­ris Centre (AP-HP), la pro­fes­seur Claire Poyart (Pho­to) ex­plique pour­quoi l’en­quête s’avère dé­li­cate. Com­ment la pré­sence de ce germe a-t-elle été si­gna­lée ? CLAIRE POYART. Quand une hé­mo­cul­ture (culture d’un échan­tillon de sang) réa­li­sée chez un pre­mier en­fant, grand pré­ma­tu­ré, dont l’état s’ag­gra­vait a été dé­tec­tée po­si­tive au Ba­cil­lus ce­reus, le 6 août. Il en est dé­cé­dé.

De­vant la ra­re­té de ce germe en néo­na­ta­lo­gie, une en­quête a été réa­li­sée pour re­cher­cher la bac­té­rie chez d’autres en­fants hos­pi­ta­li­sés ain­si que dans l’en­vi­ron­ne­ment. On l’a re­trou­vée dans le nez d’un autre bébé, qui n’était pas un grand pré­ma­tu­ré et ne pré­sen­tait au­cun signe d’in­fec­tion. Il va très bien au­jourd’hui. Puis l a s e maine der­nière chez un deuxième pré­ma­tu­ré, lui aus­si dé­cé­dé, qui était hos­pi­ta­li­sé ailleurs. La com­mu­ni­ca­tion entre les deux sites a dé­clen­ché le si­gna­le­ment. Cette bac­té­rie est-elle le cau­che­mar des hô­pi­taux ? Non. Ni des ser­vices de ré­ani­ma­tion. Rien à voir avec un sta­phy­lo­coque ou des bac­té­ries ré­sis­tantes. La fa­mille des Ba­cil­lus ce­reus n’est pas non plus une in­con­nue, même si elle peut avoir dif­fé­rentes souches et des va­riantes. Les ana­lyses en cours doivent cher­cher si les bé­bés concer­nés ont été conta­mi­nés par la même souche. Mais en soi ce n’est un germe ni très mé­chant ni très vi­ru­lent. Que sait-on de ce germe ? Il peut se ni­cher par­tout. Sa par­ti­cu­la­ri­té est de for­mer des spores, qui lui per­mettent « d’hi­ber­ner » et de sur­vivre même dans un e n v i r o n n e me n t hos­tile, jus­qu’à ce qu’il trouve un mil i eu ri che où se mul­ti­plier. Cer­taines souches se trou­vant sur des ali­ments peuvent in­toxi­quer un adulte qui les in­gère mais sans dé­clen­cher de symp­tôme. En re­vanche, chez des nou­veau-nés très fra­giles ou des adultes im­mu­no­dé­pri­més (par ma­la­die, greffe ou chi- mio­thé­ra­pie) il peut cau­ser une sep­ti­cé­mie (NDLR : in­fec­tion du sang). Ce­la ar­rive mais c’est rare. Com­ment ces nou­veau-nés ont-ils pu être conta­mi­nés ? Pas for­cé­ment par in­ges­tion : le cas a dé­jà été dé­crit mais est très rare. Mal­gré tout la ques­tion se po­sait puis­qu’ils étaient tous nour­ris avec du lait is­su du lac­ta­rium. Il était lo­gique de l’ana­ly­ser et par pré­cau­tion d’en sus­pendre la four­ni­ture le temps d’en sa­voir plus. L’en­quête pro­met d’être dif­fi­cile, dans la me­sure où ce germe peut se trou­ver par­tout : dans l’air, sur des draps, des couches… Même dans un ser­vice de néo­na­to­lo­gie ? C’est un mi­lieu très contrô­lé. Le risque zé­ro n’existe pas, même si les me­sures d’hy­giène per­mettent de li­mi­ter au mi­ni­mum les risques de conta­mi­na­tion. C’est pour le vé­ri­fier qu’il va y avoir des in­ves­ti­ga­tions de mi­cro­bio­lo­gie et d’hy­giène dans ces ser­vices.

« Ce germe peut se trou­ver par­tout : dans l’air, sur des draps, des couches… »

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