Ca­hu­zac ba­lance feu Ro­card

FRAUDE FIS­CALE. Coup de théâtre hier au pro­cès de Jé­rôme Ca­hu­zac : le pré­ve­nu a ré­vé­lé avoir ou­vert un compte en Suisse pour fi­nan­cer l’ex-té­nor du PS Mi­chel Ro­card.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Jé­rôme Ca­hu­zac PAS­CALE ÉGRÉ

DANS L’AF­FAIRE Ca­hu­zac, il y a le « pé­ché ori­gi­nel » avant les men­songes. Soit l’ouverture, le 26 no­vembre 1992, d’un pre­mier compte à l’Union des banques suisses (UBS) à Ge­nève.

Le pré­sident du tribunal, Pei­mane Gha­leh-Marz­ban, qui a dé­bu­té hier l’exa­men des frasques fis­cales de l’an­cien mi­nistre du Bud­get par sa ge­nèse, l’a bap­ti­sé « compte Pé­ninque », du nom de l’ami de Jé­rôme Ca­hu­zac, alors avo­cat (et pas en­core conseiller de Ma­rine Le Pen), qui se charge de l’opé­ra­tion. C’est sur cette pé­riode-là que le ma­gis­trat in­ter­roge l’homme po­li­tique déchu : « Vous sor­tez d’un ca­bi­net mi­nis­té­riel en 1991 (NDLR : ce­lui de Claude Evin, alors mi­nistre de la San­té), vous êtes chi­rur­gien, pour­quoi ou­vrir ce compte ? » « Si vous vou­lez li­bé­rer une pa­role… », lui a-t-il sug­gé­ré juste avant. Il ne va pas être dé­çu.

A la barre, voix de sten­tor, cos­tume i mpec­cable, voi­là Jé­rôme Ca­hu­zac lan­cé… pour ba­lan­cer. « Les sommes de ce compte, du­rant sept mois, étaient du fi­nan­ce­ment d’ac­ti­vi­tés po­li­tiques au­quel j’ai ac­cep­té de par­ti­ci­per par mi­li­tan­tisme […]. Je l’ai fait pour un homme dont j’es­pé­rais qu’il ait un des­tin na­tio­nal. Une per­son­na­li­té in­es­ti­mable, qui igno­rait tout de tout ce­la. » L’homme dont il s’agit ? Mi­chel Ro­card, dé­cé­dé dé­but juillet à l’âge de 85 ans. A l’époque, après son dé­part de Ma­ti­gnon, l’ex-Pre­mier mi­nistre de Mit­ter­rand, hé­raut du cou- rant de la deuxième gauche au PS, avait ins­tal­lé des bu­reaux et une équipe de col­la­bo­ra­teurs rue de Va­renne à Pa­ris, en vue des lé­gis­la­tives de 1993. A l’époque, ex­plique en­core Ca­hu­zac, le fi­nan­ce­ment des par­tis po­li­tiques et de leurs cou­rants de­meure « oc­culte et pa­ral­lèle » — les lois (et les pro­cès) sui­vront.

Au sein de cette équipe, c’est à lui, qui vient de dé­mar­rer une ac­ti­vi­té de consul­tant pour les la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques et n’a pas en­core dé­ve­lop­pé celle de chi­rur­gien ca­pil­laire, que l’on s’adresse. « Vous avez 40 ans, c’est illé­gal et vous le sa­vez », re­lève le pré­sident. « Je suis jeune, en­thou­siaste, j’y vois alors une marque de confiance », ré­pond Ca­hu­zac. « Qui le fait ? » pour­suit le pré­sident. « Tous les par­tis, tous les cou­rants. L’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique a fi­nan­cé tous les par­tis », as­sène-t-il. « Qui v o us de­mande ? Vous pou­vez don­ner les noms ? » in­siste Gha­leh-Marz­ban. Ca­hu­zac sou­rit. Il hausse les épaules. Il re­fuse d’abord de ré­pondre mais fi­nit par lâ­cher : « Une seule per­sonne en de­hors de ceux pour qui je l’avais fait était au cou­rant de ce compte. » Et ceux-ci ? Ca­hu­zac, per­fide : « Ce sont des gens qui exercent tou­jours des res­pon­sa­bi­li­tés. »

Le pré­sident fait ré­pé­ter, pré­ci­ser et no­ter par le gref­fier. De­puis le dé­clen­che­ment de l’af­faire, ce n’est pas la pre­mière fois que cette thèse d’un fi­nan­ce­ment ro­car­dien cir­cule. Mais

« Je ne vou­lais pas faire de mal à Mi­chel Ro­card. Ni à des gens qui exercent au­jourd’hui »

c’est la pre­mière fois que Ca­hu­zac l’évoque. « J’ai beau­coup, beau­coup hé­si­té », as­sure-t-il. Le pré­sident, un brin scep­tique, re­prend la chro­no­lo­gie des ver­se­ments. Il glisse ce­ci : « Il peut pa­raître plus ho­no­rable de dire que c’était pour un homme po­li­tique una­ni­me­ment ap­pré­cié que pour une ac­ti­vi­té de lob­byiste du mé­di­ca­ment. » Il in­ter­roge : « C’est sa mort qui vous a dé­ci­dé à par­ler ? Pour­quoi ne l’avoir pas fait en 2013 ? » Ca­hu­zac : « Après mes aveux, j’ai dé­ci­dé de tout prendre sur moi. Je ne vou- lais pas faire de mal à Mi­chel Ro­card. Ni à des gens qui exercent au­jourd’hui. Lui n’était pas au cou­rant. Si je me suis dé­ci­dé, c’est que je ne crois pas que ce­la nui­ra à son hé­ri­tage po­li­tique. »

Pa­ris (Ier), hier. Au pre­mier jour de son pro­cès, l’an­cien mi­nistre du Bud­get Jé­rôme Ca­hu­zac a créé la sur­prise : il a ré­vé­lé avoir ou­vert un compte en Suisse en 1992 pour fi­nan­cer un des­tin na­tio­nal à Mi­chel Ro­card, ar­guant que « tous les par­tis » le fai­saient.

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