Il faut sau­ver notre cou­sin le go­rille

EN­VI­RON­NE­MENT. Le bra­con­nage mais aus­si la guerre et la dé­fo­res­ta­tion causent la perte de ces grands singes, qui sont dé­sor­mais clas­sés sur la liste des ani­maux « en dan­ger cri­tique d’ex­tinc­tion ».

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - CAMILLE SELLIER

C’EST NOTRE PARENT le plus proche sur la pla­nète et nous sommes en train de le perdre. « Un vrai scan­dale », ré­agit John Ro­bin­son, l’un des res­pon­sables de la conser­va­tion des ani­maux de l’or­ga­ni­sa­tion amé­ri­caine Wild­life Conser­va­tion So­cie­ty. L’Union in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la na­ture (UICN) vient de faire pas­ser le plus grand pri­mate vi­vant, le go­rille de l’Est (Go­rilla be­rin­gei) qui vit prin­ci­pa­le­ment en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, de la ca­té­go­rie « en dan­ger » à « en dan­ger cri­tique d’ex­tinc­tion ».

La liste a été ren­due pu­blique di­manche alors que se te­nait le congrès mondial de l a na­ture de l’UICN à Ho­no­lu­lu (Etats-Unis). Il s’agit de la der­nière ca­té­go­rie avant l’ex­tinc­tion à l’état sau­vage. Quatre es­pèces de grands singes sur six sont à un pas de la dis­pa­ri­tion : en plus du go­rille de l’Est, le go­rille de l’Ouest, l’orang- ou­tan de Bornéo et l’orang-ou­tan de Su­ma­tra. En vingt ans, le go­rille de l’Est a vu sa po­pu­la­tion ré­duite de plus de 70 %. Elle est ac­tuel­le­ment es­ti­mée à moins de 5 000 in­di­vi­dus.

Pour Sa­bri­na Krief, maître de confé­rences au mu­sée de l’Homme, la si­tua­tion glo­bale se dé­té­riore. « Les quatre es­pèces sont très dé­pen­dantes des fo­rêts tro­pi­cales, la dé­fo­res­ta­tion et la perte de l’ha- bi­tat sont donc les pre­mières me­naces avec le bra­con­nage. En Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, il y a beau­coup d’ex­ploi­ta­tions de mi­ne­rais. Les em­ployés qui sont ba­sés sur les cam­pe­ments se nour­rissent prin­ci­pa­le­ment de viande de brousse, donc de go­rille », même si ces es­pèces sont pro­té­gées et qu’il est illé­gal de les tuer ou de les cap­tu­rer. Se­lon la pri­ma­to­logue, qui tra­vaille en Ou­gan­da au sein du parc na­tio­nal de Ki­bale, l’une des rai­sons de l’ex­tinc­tion des es­pèces est aus­si les conflits ar­més.

La si­tua­tion des chim­pan­zés à peine plus en­viable

« Ce sont des zones où nous n’en­voyons plus d’ONG ni de cher­cheurs. On ne peut donc plus veiller sur les go­rilles, dé­plore-t-elle. A cause des mi­gra­tions, les nou­veaux ha­bi­tants ont aus­si chas­sé le go­rille pour se nour­rir. » La si­tua­tion est à peine plus en­viable pour l es deux der­nières es­pèces de grands singes, les chim­pan­zés et les bo­no­bos qui sont clas­sés es­pèces en dan­ger. « Il existe un im­por­tant tra­fic d’ani­maux vi­vants no­tam­ment de bé­bés chim­pan­zés, ex­plique la cher­cheuse. Il y a une aug­men­ta­tion de la de­mande des parcs d’at­trac­tions, qui sou­haitent avoir des bé­bés chim­pan­zés pour les mon­trer aux tou­ristes. Mais dès qu’ils de­viennent grands, ils ne les in­té­ressent plus. Il y a un vé­ri­table tur­no­ver. »

Peut-on en­core in­ver­ser la ten­dance et sau­ver ces es­pèces ? « Le seul moyen, c’est de tra­vailler avec les po­pu­la­tions lo­cales. Nous avons donc une équipe de lutte an­ti­bra­con­nage mais aus­si de sen­si­bi­li­sa­tion », sou­ligne Sa­bri­na Krief, qui fait de la sur­vie du go­rille sa mis­sion prin­ci­pale.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.