In­quié­tante at­taque en pri­son

TER­RO­RISME. Un dé­te­nu de la mai­son d’ar­rêt d’Os­ny (Val-d’Oise), condam­né pour avoir ten­té de re­joindre la Sy­rie, a vio­lem­ment agres­sé deux gar­diens di­manche. Le par­quet an­ti­ter­ro­riste a été sai­si de l’en­quête.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - FRÉ­DÉ­RIC NAIZOT ET STÉ­PHANE SELLAMI

AU LEN­DE­MAIN de la vio­lente agres­sion de deux sur­veillants de la pri­son d’Os­ny (Val-d’Oise) par un dé­te­nu ra­di­ca­li­sé, le par­quet an­ti­ter­ro­riste de Pa­ris s’est sai­si des faits. Pla­cé dans l’uni­té de pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion de la mai­son d’ar­rêt du Val- d’Oise ( Ma­vo), Bi­lal T., 24 ans, fait dé­sor­mais l’ob­jet d’une en­quête pour « ten­ta­tive d’as­sas­si­nat sur per­sonne dé­po­si­taire de l’au­to­ri­té pu­blique en re­la­tion avec une en­tre­prise ter­ro­riste ». La sec­tion an­ti­ter­ro­riste s’est sai­sie de l’af­faire, no­tam­ment sur la base de propos te­nus par ce jeune père d’un pe­tit gar­çon lors de sa garde à vue, quelques heures après les faits.

Se­lon le dé­lé­gué ré­gio­nal FO, Jé­rôme No­bé­court, le dé­te­nu « ar­ri­vé de­puis en­vi­ron trois mois dans l’uni­té » et qui ne po­sait « pas de pro­blème par­ti­cu­lier », a re­con­nu de­vant les po­li­ciers avoir pré­mé­di­té son acte.

Les faits se sont pro­duits di­manche, vers 15 heures, au mo­ment de la pro­me­nade. Les dé­te­nus ra­di­ca­li­sés, qui oc­cupent les deux étages d’une aile dé­diée de la Ma­vo, re­joignent leur cour. Le sur­veillant char­gé du 1er étage dé­couvre qu’un des dé­te­nus se pré­sente avec une grande ser­viette. Il lui de­mande de la re­mettre dans sa cel­lule. Mais le linge dis­si­mule une arme ar­ti­sa­nale : un poin­çon long d’une quin­zaine de cen­ti­mètres.

Bi­lal T. se re­tourne alors bru­ta­le­ment vers le sur­veillant et le frappe dans le dos. Le gar­dien tente de s’échap­per, pour­sui­vi par son agres­seur qui le rat­trape et lui in­flige un se­cond coup dans le cou. Le poin­çon lui trans­perce la gorge, « de part en part », pré­cise en­core Jé­rôme No­bé­court. Un se­cond sur­veillant in­ter­vient pour le se­cou­rir, et re­çoit un coup de poin­çon au bi­ceps puis au vi­sage. Les deux gar­diens par­viennent néan­moins à iso­ler le dé­te­nu, avant de l’en­fer­mer dans le bâ­ti­ment en com­pa­gnie de cinq autres pri­son­niers.

Le poin­çon n’a tou­ché au­cun or­gane vi­tal. « C’est mi­ra­cu­leux », confie un sur­veillant. La vic­time est tou­jours hos­pi­ta­li­sée. Son col­lègue, moins gra­ve­ment tou­ché, a quit­té l’hô­pi­tal.

Alors que Bi­lal T. est iso­lé dans le bâ­ti­ment, il trace sur un mur un coeur avec le sang de sa vic­time, avant de faire sa prière. Lorsque les membres d’une équipe d’in­ter­ven­tion viennent le dé­lo­ger, il leur fait face « avec son arme à la main et sou­riant », tou­jours se­lon Jé­rôme No­bé­court, avant d’être maî­tri­sé d’une balle de ca­ou­tchouc en pleine poi­trine. Ori­gi­naire de Trappes (Yve­lines), Bi­lal T. avait été condam­né en mars à cinq ans d’em­pri­son­ne­ment pour avoir ten­té de se rendre en zone de com­bat en Sy­rie.

Une peine de cinq ans d’em­pri­son­ne­ment Il avait quit­té la France dix jours après l’at­ten­tat contre « Char­lie Heb­do »

Ce jeune homme, dont deux des frères ont re­joint les rangs de l’Etat is­la­mique (EI), avait quit­té la France avec sa com­pagne et deux amis, dix jours seule­ment après l’at­ten­tat contre « Char­lie Heb­do ». Mu­nis d’un faux car­ton d’in­vi­ta­tion pour un ma­riage en Tur­quie, ils comp­taient pas­ser sans en­combre les fron­tières en voi­ture jus­qu’à Is­tan­bul. Alors qu’ils tou­chaient presque à leur but, un ba­nal ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion a mis fin à leur rêve de dji­had…

Au mo­ment de son pro­cès, Bi­lal T., à l’at­ti­tude dé­sin­volte clai­re­ment af­fi­chée, avait ten­té de convaincre la cour que son dé­part en Sy­rie était mo­ti­vé par la « vo­lon­té d’al­ler y cher­cher un de ses frères ». L’autre ayant été dé­cla­ré mort au com­bat par l’EI. Dé­crit comme « un gar­çon à la per­son­na­li­té dif­fi­cile à cer­ner, voire in­son­dable », Bi­lal T. avait ten­té de tra­vailler alors qu’il était dé­te­nu à la pri­son de Boisd’Ar­cy (Yve­lines). Il s’était fi­na­le­ment fait ren­voyer au bout d’une se­maine au mo­ment des at­ten­tats du 13 no­vembre 2015.

Pa­ris, le 24 fé­vrier 2016. Bi­lal T. (à gauche) et ses trois com­parses lors de leur pro­cès. Par­tis en voi­ture, ils étaient ar­ri­vés en Tur­quie, où un ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion avait mis un terme à leur voyage.

Pa­ris, hier. Ju­lien Re­vial a tra­vaillé pour la Mai­son de la pré­ven­tion et de la famille, en Seine-Saint-De­nis, une des pre­mières cel­lules de dé­ra­di­ca­li­sa­tion créées en France.

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