Mon­sieur Jean et ses gros bras corses

EX­TOR­SION. C’est l’his­toire d’un trio, dont un po­li­cier, par­ti de Corse pour ré­cla­mer, en Suisse, le re­cou­vre­ment de 5 M€…

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - STÉ­PHANE SELLAMI

C’EST UNE ÉPO­PÉE pi­ca­resque qui a mis aux prises, tour à tour, des hommes d’af­faires, l’an­cien chauf­feur de Pierre Fal­cone, des gros bras ve­nus de Corse, mis­sion­nés pour un re­cou­vre­ment de dettes et, en­fin, un po­li­cier de l’ex-Di­rec­tion cen­trale du ren­sei­gne­ment in­té­rieur (DCRI)… Mis en exa­men en juin par un juge d’ins­truc­tion pa­ri­sien, les prin­ci­paux pro­ta­go­nistes de cette im­pro­bable af­faire d’ex­tor­sion de fonds ont été confron­tés, la se­maine der­nière. La plu­part ont re­con­nu les faits re­pro­chés.

La ge­nèse de ce dossier re­monte au dé­but du mois de dé­cembre 2012, du cô­té de Ge­nève, en Suisse. A l’époque, un couple de res­sor­tis­sants fran­çais re­çoit la vi­site de deux in­con­nus. Après avoir pé­né­tré de force dans la mai­son des vic­times, ces der­niers tentent de contraindre le ma­ri à si­gner une « conven­tion de prêt » l’obli­geant à rem­bour­ser la somme de 5 M€ au pro­fit d’un cer­tain Vincent M. Fi­na­le­ment mis en fuite, les deux agres­seurs re­joignent un troi­sième com­plice, res­té au vo­lant d’une voi­ture.

Aler­tée des faits, la po­lice suisse ne tarde pas à re­mon­ter la piste des mystérieux au­teurs de ce qui s’ap­pa- rente à une ten­ta­tive de ra­cket. « L’im­ma­tri­cu­la­tion du vé­hi­cule qui at­ten­dait les deux agres­seurs a pu être re­le­vée par un té­moin, in­dique une source proche de l’af­faire. Cette voi­ture a été ra­pi­de­ment re­trou­vée. » Les en­quê­teurs hel­vètes ap­prennent qu’elle a été louée à l’aide d’une carte ban­caire au nom de Yann L., 41 ans, do­mi­ci­lié à Ajac­cio (Corse-du-Sud).

En en­quê­tant sur ce mystérieux loueur, les po­li­ciers dé­couvrent qu’il of­fi­cie comme gar­dien de la paix au sein de la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale du ren­sei­gne­ment in­té­rieur (DDRI), an­tenne lo­cale de la toute-puis­sante DCRI, en charge no­tam­ment de la lutte contre le ter­ro­risme…

Pla­cé en garde à vue en juin 2013, le po­li­cier de la DDRI r econ­naît avoir « ren­du ser­vice » à deux amis en les ac­com­pa­gnant en Suisse pour re­mettre des « do­cu­ments fi­nan­ciers » à la vic­time. « Ce même po­li­cier a aus­si ex­pli­qué qu’il avait ef­fec­tué des recherches sur In­ter­net pour se ren­sei­gner sur la per­sonne des­ti­na­taire de ces do­cu­ments, pour­suit la même source. Après avoir consta­té, se­lon ses dires, qu’il s’agis­sait d’un es­croc et qu’il n’y avait rien d’illé­gal dans sa dé­marche, il a alors ac­cep­té de se rendre en Suisse en échange de 5 000 €. » Yann L. a de­puis été ré­vo­qué de sa fonc­tion de po­li­cier. Ces deux « amis », éga­le­ment ori­gi­naires d’Ajac­cio, Louis P. et Jo­seph B., tous deux âgés de 52 ans, ont été ra­pi­de­ment iden­ti­fiés, avant d’être, à leur tour, mis en exa­men. Au fil de leurs in­ves­ti­ga­tions, les po­li­ciers ont éga­le­ment re­mon­té la piste du com­man­di­taire des faits.

En­ten­du, Vincent M. a in­di­qué être en­tré en contact avec un cer­tain Mon­sieur Jean, gé­rant d’une so­cié­té de sé­cu­ri­té pa­ri­sienne, afin de ré­cu­pé­rer une im­por­tante somme d’ar­gent in­ves­tie dans la so­cié­té de la vic­time, qui a fi­ni par faire faillite. Plu­sieurs mois après le dé­but de ce ro­cam­bo­lesque dossier, les po­li­ciers ont fi­na­le­ment iden­ti­fié le mystérieux Mon­sieur Jean, en la per­sonne de Syl­vain D., an­cien chauf­feur et garde du corps de l’homme d’af­faires Pierre Fal­cone.

Contac­tée hier, l’avo­cate de l’ex­po­li­cier, Yann L., Me Anne-Laure Com­point, n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer. « Mon client n’a en­dos­sé qu’un rôle mi­neur dans ce dossier », af­firme, de son cô­té, Me Pas­cal Gar­ba­ri­ni, le dé­fen­seur de Jo­seph B. Sol­li­ci­té, Me Eric Bar­bo­lo­si, l’avo­cat de Syl­vain D., n’a pas pu être joint.

Le po­li­cier im­pli­qué avait loué la voi­ture à son nom

Non loin de Ge­nève, sur les bords pai­sibles du lac Lé­man, un couple a re­çu en 2012 la vi­site de deux in­con­nus qui ont ten­té de contraindre le ma­ri à si­gner une « conven­tion de prêt » l’obli­geant à rem­bour­ser 5 M€ au pro­fit d’un cer­tain Vincent M...

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