Et si c’était lui ?

US Open.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - New York (Etats-Unis) De notre cor­res­pon­dante CA­ROLE BOU­CHARD

LE NU­MÉ­RO de Lu­cas Pouille face à Ra­fael Na­dal a re­tour­né la pla­nète ten­nis. Nick Bol­let­tie­ri, l’homme qui a for­mé Agas­si ou Cou­rier, a par­lé d’« un des matchs les plus ex­ci­tants » aux­quels il ait as­sis­té en soixante ans. Sor­tir vain­queur d’un duel achar­né avec le 5e mondial en cinq sets (6-1, 2-6, 6-4, 3-6, 7-6 (8/6)) sur le cen­tral d’un tour­noi du Grand Che­lem à 22 ans, en af­fi­chant un ni­veau de jeu aus­si épa­tant que sa ré­sis­tance phy­sique, c’est un vrai signe.

Il sait tout faire

« Lu­cas a tous les coups du ten­nis. Il peut être top 10 et vi­ser les plus grands titres dans les deux ans. » L’hom­mage est si­gné Ra­fael Na­dal après sa dé­faite en hui­tième de fi­nale. Di­manche, l’Es­pa­gnol a par­fois dû croire que No­vak Djo­ko­vic avait pris la place du Fran­çais, car si ma­man Pouille est fin­lan­daise, il y avait quelque chose de très serbe dans ce re­vers hal­lu­ci­nant, jouer si tôt, si vite, ba­layant tous les coins du court, ain­si que dans cette fa­cul­té à agres­ser son ad­ver­saire en re­tour de ser­vice. Ajou­tez à ce­la un grand sens du jeu vers l’avant, un ser­vice de plomb et de vraies qua­li­tés dé­fen­sives. Eric Wi­no­grad­sky, res­pon­sable du haut ni­veau mas­cu­lin à la FFT, croit Pouille taillé pour tout ga­gner : « Il est en me­sure de re­le­ver des dé­fis tou­jours plus im­por­tants. Il a mis tout le monde d’ac­cord : il a le ni­veau mais main­te­nant il faut le ré­pé­ter. » Le jeune Nor­diste, as­su­ré d’in­té­grer le top 20 (25e avant le tour­noi), était plus fier qu’eu­pho­rique : « Je sa­vais qu’il fal­lait être très agres­sif. J’étais dans un jour où j’avais l’im­pres­sion qu’en re­vers, je pou­vais frap­per de n’im­porte où, j’al­lais faire un coup ga­gnant. C’est la plus belle vic­toire de ma car­rière. Battre Na­dal, que j’ad­mire, sur le cen­tral de l’US Open, c’est ma­gni­fique. »

Son corps, c’est du bé­ton

Au dé­but du cin­quième set, on ne don­nait pas cher de sa peau. Un troi­sième match de suite en cinq man- ches, face à l’in­oxy­dable Na­dal ? Mais Pouille, me­né 4-2 dans l’ul­time set, a af­fi­ché une in­ten­si­té phy­sique im­pres­sion­nante. « Phy­si­que­ment j’étais mieux à la fin au­jourd’hui qu’à la fin face à Bau­tis­ta-Agut (au tour pré­cé­dent). Tout le tra­vail fait au quo­ti­dien, réa­li­sé cet hi­ver, paie », se fé­li­cite le jeune es­poir, par­ti sept se­maines d’af­fi­lée pré­pa­rer sa sai­son à Du­baï avec Fe­de­rer et Mur­ray. Un vrai choix de vie. Son coach, Em­ma­nuel Planque, pré­sent à ses cô­tés dans les Emi­rats, s’avoue bluf­fé par la per­for­mance de son élève face à la ré­fé­rence Na­dal. « C’est le dé­pas­se­ment ul­time, l’ef­fort su­prême contre un ad­ver­saire qu’on res­pecte in­fi­ni­ment. Je ne sais pas où il est al­lé cher­cher cette éner­gie, cette ca­pa­ci­té à re­bon­dir, à dé­pas­ser la peur et la fa­tigue. Je suis fier de lui. » Yan­nick Noah, qui a ser­vi un temps de conseiller au jeune Pouille avant de l’ap­pe­ler en équipe de France en juillet der­nier, a quit­té l’im­po­sant Ar­thur Ashe Sta­dium tout aus­si em­bal­lé par le duel long de plus quatre heures : « La lo­gique vou­lait qu’il lâche un peu avec la fa­tigue ac­cu­mu­lée, mais il va le cher­cher avec les tripes et c’est très beau. » On connais­sait sa puis­sance, on a dé­cou­vert sa ré­sis­tance.

Une tête si bien faite

C’est là que Pouille a fran­chi le plus gros cap. Dos au mur, au bout de l’ef­fort, de l’acier coule dans ses veines. Un signe qui ne trompe pas pour en­vi­sa­ger se­rei­ne­ment la suite : « Pour­quoi se se­rait-il li­qué­fié et pas Na­dal ? in­ter­roge Planque. Le coup droit de Na­dal à 6-6 dans le tie-break, il est vi­lain. Lui est vic­time de ses émo­tions. Il n’y a pas de rai­son que ce soit un Fran­çais qui le soit. Lu­cas a dé­pas­sé ça et a donc dé­pas­sé Ra­fa. » Yan­nick Noah, res­té très proche, sait ce qui se cache en Pouille : « De l’ex­té­rieur, tu as l’im­pres­sion d’une ti­mi­di­té, d’une hu­mi­li­té et puis dès que tu grattes un peu, tu t’aper­çois qu’il en veut. Il a la qua­li­té des bons. Si tu n’as pas ça en toi, tu ne gagnes pas ce match face à Na­dal. » Planque a tou­jours su qu’il te­nait un dia­mant brut : « J’ai tout de suite sen­ti, quand j’ai com­men­cé à tra­vailler avec lui, qu’il était dif­fé­rent et qu’il avait un po­ten­tiel énorme. Il est très in­tel­li­gent, ne fait pas deux fois la même er­reur. Il me re­garde avec ses grands yeux, écoute tout et je sais qu’il va y al­ler comme un bé­lier. Il n’a pas vrai­ment de li­mites. » La route se­ra longue, mais la pro­messe Pouille est belle.

New York (Etats-Unis), di­manche. Cé­dric Pio­line et Yan­nick Noah, ca­pi­taine de l’équipe de France de Coupe Da­vis, ont as­sis­té à la vic­toire de Pouille face à Na­dal.

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