Tou­lon prêt pour la vente

Top 14.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - OLI­VIER FRANÇOIS

DANS UN WES­TERN, les portes de sa­loon s’ap­prê­te­raient à cla­quer et les colts se­raient dé­jà dé­gai­nés. L’ex­pli­ca­tion s’an­nonce à peine moins théâ­trale sur la rade après la der­nière sor­tie pa­thé­tique de Tou­lon au stade Mayol, une dé­faite (2521) contre Brive lors de la troi­sième jour­née du Top 14, sa­me­di. Mou­rad Boud­jel­lal, le pré­sident du RCT a aus­si­tôt fait dans l’em­phase : « Je peux vi­rer les coachs mais je peux aus­si me vi­rer. » Le cli­mat, dé­jà ten­du, s’est alour­di un peu plus. Les exa­gé­ra­tions pré­si­den­tielles sont cou­tu­mières, d’ac­cord, mais cel­le­là ré­vèle un mal pro­fond. L’hé­ri­tage de Bernard La­porte (trois titres de cham­pion d’Eu­rope et un bou­clier de Bren­nus entre 2011 et 2016) risque de par­tir en miettes. A peine ar­ri­vé, Die­go Do­min­guez, le nou­veau ma­na­geur, se re­trouve sur la sel­lette, mais plus que ça en­core, Boud­jel­lal pense réel­le­ment à pas­ser la main, à 56 ans, après une dé­cen­nie de construc­tion ponc­tuée par les plus beaux tro­phées.

Une équipe sans âme

Sa­me­di, à Mayol, dans ce vieux stade re­dou­té, ma­gni­fié par tous ceux qui s’y sont pro­duits, les jour­naux n’ont pas vo­lé pour sa­luer les hé­ros en rouge et noir. La pres­ta­tion in­si­pide des Tou­lon­nais a dé­voi­lé les sou­cis d’une équipe fi­na­liste du Top 14 il y a à peine plus de deux mois : pas de jus, pas d’en­vie, pas d’ins­pi­ra­tion et sur­tout pas de com­bat. Il n’y avait rien dans ce se­cond re­vers en trois matchs et c’était beau­coup trop pour le pré­sident.

Do­min­guez dans le vi­seur

Mou­rad Boud­jel­lal a dé­cla­ré que le sort de l’Ita­lo-Ar­gen­tin se­rait ré­glé lors du dé­pla­ce­ment à Tou­louse, di­manche. En fait, il est scel­lé de­puis bien plus long­temps. Bluf­fé par l’an­cien ouvreur du XV d’Ita­lie et du Stade Fran­çais lors d’un dé­jeu­ner avec Bernard La­porte, le pré­sident tou­lon­nais lui confie les clés de son bo­lide tout en lui de­man­dant d’ac­com­pa­gner, en ob­ser­va­teur, les six der­niers mois de La­porte à par­tir de dé­cembre 2015. Très vite ce­pen­dant, Boud­jel­lal pressent qu’il s’est trom­pé sur un homme qui n’a au­cune ex­pé­rience en la ma­tière. Il sonde Fa­bien Gal­thié, li­mo­gé par Mont­pel­lier et in­té­res­sé mais pas libre avant le ju­ge­ment des prud’hommes, le 14 no­vembre pro­chain. Il engage Marc Dal Ma­so comme en­traî­neur de la mê­lée en dou­blon de Jacques Del­mas, contre la vo­lon­té de Do­min­guez, qu’il tente de pous­ser à la dé­mis­sion. Sta­tu quo. Avec une troi­sième dé­faite en quatre matchs à Tou­louse, la faute pro­fes­sion­nelle se­rait cons­ti­tuée.

Un pré­sident au bout de l’aven­ture

En dix ans, Mou­rad Boud­jel­lal a connu tous les suc­cès. Il a re­pris le club en 2006 en Pro D 2, et en a fait le meilleur d’Eu­rope trois ans de suite (2013, 2014, 2015). Un ex­ploit in­éga­lé. Il a aus­si conquis le bou­clier de Bren­nus en 2014 et a at­ti­ré sur la rade des stars mon­diales. « Tous mes rêves sont réa­li­sés dans le rug­by, main­te­nant je gère et c’est moins drôle, nous confiait-il avant l’été. » Il di­sait aus­si qu’il pou­vait ar­rê­ter du jour au len­de­main et qu’il avait en tête un nou­veau pro­jet dans le monde des livres (il est le fon­da­teur et le PDG d’une mai­son d’édi­tion spé­cia­li­sée dans la bande des­si­née). « Je suis fa­ti­gué », lâ­chet-il au­jourd’hui sans vou­loir al­ler plus loin. Il est dé­sor­mais prêt à vendre son club. Le pro­ces­sus est lan­cé. Le re­pre­neur de­vra dé­bour­ser au­tour de 20 M€ et il se­ra choi­si par la ville de Tou­lon.

Stade Mayol (Tou­lon), sa­me­di. Mou­rad Boud­jel­lal, le pré­sident du RCT, pense réel­le­ment à pas­ser la main.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.