Scène d’hor­reur au 8e étage

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - STÉ­PHANE SELLAMI ET VIC­TOR TAS­SEL

LA MARE DE SANG s’étend tou­jours sur le seuil de la porte d’en­trée verte plu­sieurs heures après les faits. Der­rière cette porte, l’hor­reur ab­so­lue s’est nouée, lun­di soir, vers 21 h 30. Aler­tés par des voi­sins, sai­sis par les cris stri­dents et les ap­pels au se­cours d’une femme, des po­li­ciers se sont ra­pi­de­ment ren­dus au 8e étage d’un im­meuble de la place Char­ras à Cour­be­voie (Hauts-de-Seine).

De­vant eux, une scène in­sou­te­nable : de­bout, un jeune homme tient la tête en­san­glan­tée d’une femme dans une main et un cou­teau dans l’autre. L’in­di­vi­du, dans un état de sur­ex­ci­ta­tion in­con­trô­lable, s’est vio­lem­ment re­bel­lé alors que les fonc­tion­naires ten­taient de le maî­tri­ser. Ces der­niers ont dû faire usage à cinq re­prises de leur pis­to­let à im­pul­sion élec­trique pour l’im­mo­bi­li­ser. Pla­cé sous sé­da­tif, le sus­pect, Jean-Claude D., 25 ans, a aus­si­tôt été conduit à l’hô­pi­tal Louis-Mou­rier à Co­lombes avant d’être hos­pi­ta­li­sé d’of­fice hier soir.

Dans l’ap­par­te­ment, théâtre du drame, les po­li­ciers ont dé­cou­vert le corps dé­ca­pi­té de la mère du meur­trier pré­su­mé. Agée de 53 ans, elle pré­sen­tait une plaie béante au ni­veau du tho­rax ain­si que de larges bles­sures un peu par­tout sur le corps. La quin­qua­gé­naire, née au Sé­né­gal, vi­vait seule avec son fils.

Dans l e hall de l ’ i mmeuble, « calme et bien en­tre­te­nu », quatre ha­bi­tants sont sai­sis d’ef­froi à l’évo­ca­tion du drame. « J’ai dé­cou­vert, en al­lant dé­po­ser ma fille à l’école ce ma­tin, que rien n’avait été net­toyé… souffle une voi­sine, la tête entre ses mains. Je ne peux pas re­mon­ter, re­voir ces images, c’est trop dur… »

Elle, qui a « tout en­ten­du » et « tout vu » à tra­vers le ju­das de sa porte, pré­fère lais­ser sa co­pine Ma­rie-France ra­con­ter. « Il hur­lait Dieu ! Dieu ! Dieu ! sans cesse. Sa mère ap­pe­lait au se­cours, de­man­dait qu’on ap­pelle la po­lice… san­glote-t-elle. Il lui ré­pé­tait de se mettre à ge­noux. C’était ter­ri­fiant… »

Un peu plus tôt dans la jour­née, vers 13 heures, l’au­teur pré­su­mé des faits était ve­nu ré­cla­mer le double des clés de son ap­par­te­ment au gar­dien, pré­tex­tant qu’il avait éga­ré l es s i ennes, al ors « qu’elles étaient dé­jà sur la porte » se­lon un voi­sin. « Son re­gard était très sombre, il n’était pas dans son état nor­mal. C’est seule­ment ce ma­tin que j’ai com­pris… » ré­vèle le gar­dien, tête bais­sée.

Une ques­tion hante les ha­bi­tants : comment ce gar­çon a-t-il pu in­fli­ger ce­la à sa propre mère ? « C’est in­com­pré­hen­sible. Il y a peut-être une his­toire fa­mi­liale der­rière ? s’in­ter­roge une ha­bi­tante. C’est in­ima­gi­nable de faire ça… »

Ma­rie-France, qui croi­sait ré­gu­liè­re­ment la mère et son fils, dé­crit le jeune homme comme « quel­qu’un de joyeux, po­li, ado­rable. Il te­nait la porte, di­sait tou­jours bon­jour… Il n’a ja­mais eu un mot de vio­lence, ja­mais ! »

Jean-Claude D. était connu des ser­vices de po­lice pour deux faits de vio­lences, com­mis en 2014 et plus ré­cem­ment au dé­but de l’an­née. « Il n’avait au­cun an­té­cé­dent psy­chia­trique, in­dique une source proche de l’af­faire. Une ana­lyse toxi­co­lo­gique a été or­don­née afin de dé­ter­mi­ner s’il était sous l’em­prise de pro­duits stu­pé­fiants. »

Le meur­trier pré­su­mé a été hos­pi­ta­li­sé d’of­fice

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