Le box des ac­cu­sés res­semble à une pri­son !

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - BER­TRAND FI­ZEL

Orne. Au tri­bu­nal d’Alen­çon, le box des ac­cu­sés a été en­tiè­re­ment re­fait pen­dant l’été. Ain­si, en en­trant dans la salle d’au­dience, on dé­couvre dé­sor­mais un com­par­ti­ment de verre en­cer­clé de tiges de mé­tal. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nou­vel amé­na­ge­ment ré­ser­vé aux pré­ve­nus n’est pas du goût de tout le monde…

Il est même à l’ori­gine d’une très vive po­lé­mique ! Les avo­cats du bar­reau sont en ef­fet tout de suite mon­tés au cré­neau pour dé­non­cer « une cage non seule­ment dé­gra­dante, mais qui sur­tout pré­sume vir­tuel­le­ment de la dan­ge­ro­si­té du jus­ti­ciable qui y se­ra pla­cé, voire de sa culpa­bi­li­té. C’est une vé­ri­table at­teinte à la pré­somp­tion d’in­no­cence ! », s’in­surge la bâ­ton­nière, Me Cé­line Gas­nier.

Des dé­te­nus par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux

Un ar­gu­ment que ré­cuse la pré­si­dente du tri­bu­nal, Quit­te­rie Las­serre : « Il s’agit d’une me­sure de sé­cu­ri­té par­ti­cu­liè­re­ment né­ces­saire pour ce tri­bu­nal voi­sin du centre pé­ni­ten­tiaire de Con­dé-sur-Sarthe. » Ce centre, l’un des plus sé­cu­ri­sés de France, abrite des dé­te­nus par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux, ré­gu­liè­re­ment ap­pe­lés à com­pa­raître dans l’enceinte de ce tri­bu­nal. La pré­si­dente as­sure néan­moins que les pré­ve­nus qui com­pa­raî­tront en au­dience cor­rec­tion­nelle ne se­ront pas sys­té­ma­ti­que­ment pla­cés dans ce box. « Dans la plu­part des cas, ils pour­ront s’ex­pri­mer à la barre. » Mais cette dis­tinc­tion ne convainc pas da­van­tage les avo­cats : « L’ar­gu­ment de la sé­cu­ri­té ne tient pas. Il y a dé­jà des por­tiques à l’en­trée du tri­bu­nal… A chaque fois, qu’on sort un dé­te­nu de Con­dé, il est en­ca­dré en salle d’au­diences par dix ou vingt po­li­ciers. Non, la vé­ri­té, c’est que la jus­tice cède elle aus­si à la ten­ta­tion du tout sé­cu­ri­taire, aux dé­pens des droits de la dé­fense. Car non seule­ment le pré­ve­nu ne pour­ra pas com­mu­ni­quer li­bre­ment avec son avo­cat mais sur­tout, en ap­pa­rais­sant dans cette cage de verre et de mé­tal, le pré­su­mé in­no­cent ap­pa­raît dé­jà cou­pable et même dé­jà en pri­son ! Ce­la pose un vrai pro­blême ma­jeur de di­gni­té. Et puis sur quels cri­tères va-t-on dé­ci­der qu’un pré­ve­nu doit com­pa­raître ou pas dans cette cage ? »

Alen­çon (Orne). Le box des ac­cu­sés du tri­bu­nal est com­po­sé d’un com­par­ti­ment de verre en­cer­clé de tiges de mé­tal.

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