« Ra­con­ter une his­toire, c’est sou­vent men­tir »

Fran­çois Ozon,

Aujourd'hui en France - - LES SORTIES AU CINÉMA - Pro­pos re­cueillis par T.D.

À BIEN­TÔT 49 ANS, Fran­çois Ozon garde cet air ju­vé­nile et ce sou­rire de ga­min far­ceur qui aime sur­prendre son monde à cha­cun de ses films. Même s’ils sont très dif­fé­rents, « Frantz » a au moins un point com­mun avec « Huit Femmes », « Swim­ming Pool » ou « Dans la mai­son » : le goût du men­songe. Un film en noir et blanc, à moi­tié en al­le­mand… Vous êtes ma­so ? FRAN­ÇOIS OZON. Non, parce que je crois que les films qui marchent sont les films sin­gu­liers. Le pu­blic a évo­lué, on voit beau­coup de films for­ma­tés qui ne marchent pas. Ce qui m’in­té­res­sait, c’était de ra­con­ter l’après-guerre du point de vue des Al­le­mands. Et il me sem­blait que ça rai­son­nait avec au­jourd’hui, cette cris­pa­tion au­tour de l’iden­ti­té, le re­tour des fron­tières, la re­mon­tée du na­tio­na­lisme. Pour­quoi le noir et blanc ? Je vou­lais que le spec­ta­teur soit im­pré­gné de cette époque, et il se trouve que notre mé­moire de la Pre­mière Guerre mon­diale est en noir et blanc. Ce­la donne aus­si quelque chose de plus gla­mour. On re­pense tout de suite au ci­né­ma des an­nées 1930-1940. Ça fonc­tionne aus­si car c’est une pé­riode de souf­france, de deuil, après la bou­che­rie qu’a été cette guerre. Pour une fois, les Al­le­mands ont le beau rôle… Les co­pro­duc­teurs al­le­mands étaient très émus que des Fran­çais fassent un film où ils ne sont pas mon­trés comme les mé­chants. Le film sort là-bas le 29 sep­tembre. Vous avez tout de suite pen­sé à Pierre Ni­ney ? Oui, très vite. C’est un ac­teur qui n’ a pas peur d’as­su­mer sa fra­gi­li­té et sa sen­si­bi­li­té. Le rôle né­ces­si­tait une grosse pré­pa­ra­tion : il a dû ap­prendre l’al­le­mand et le vio­lon. Pour la langue, sa par­te­naire, Pau­la Beer, lui avait en­re­gis­tré tous ses dia­logues en al­le­mand. Le thème du men­songe, du se­cret, du dé­ni, on le re­trouve dans beau­coup de vos films… Ce qui m’in­té­resse, c’est la fic­tion. Ra­con­ter une his­toire, c’est sou­vent men­tir. On in­vente. Quand ça se passe dans une pé­riode dra­ma­tique, de sur­vie, ça prend en­core plus de force. Ces per­son­nages veulent croire à une his­toire pour conti­nuer à vivre. Vous êtes un des rares au­teurs qui touchent le grand pu­blic. Est-ce vo­lon­taire ? J’ai tou­jours le sou­ci du spec­ta­teur, je ne veux pas m’adres­ser à une niche. Je me de­ma n d e q u e l l e s sont les at­tentes du pu­blic pour en­suite l’ame­ner là où il ne s’y at­tend pas. Ça ne marche pas à chaque fois : j’ai eu des suc­cès et des échecs. C’est pour ça que vous faites ap­pel à des ac­teurs po­pu­laires ? Je trouve ça bien que de tels ac­teurs tournent des films d’au­teur. Sur les avant-pre­mières de « Frantz », on s’at­ten­dait à un pu­blic plu­tôt âgé et ci­né­phile et on a eu plein de jeunes filles, ve­nues pour Pierre Ni­ney et qui sont en­trées dans cette his­toire grâce à lui. Vous tour­nez un film par an, plus que vos ca­ma­rades réa­li­sa­teurs… C’est mon rythme, et j’ai la chance d’avoir des pro­duc­teurs qui me font confiance. C’est aus­si parce que mes films n’ont pas des bud­gets dé­li­rants et sont en gé­né­ral ren­tables. J’ai été éle­vé à l’école d’Eric Roh­mer. Vous n’avez ja­mais eu de Cé­sar. Vexant ? Non. J’ai sou­vent eu des prix à l’étran­ger. Je suis content quand mes ac­teurs ou mes tech­ni­ciens sont nom­més. Les no­mi­na­tions me suf­fisent. Votre pro­chain pro­jet ? J e me s ui s r e ndu c o mpte que « Frantz » était mon film le plus chaste. Le pro­chain se­ra un thril­ler plus sexuel.

« Je me suis ren­du compte que Frantz était mon film le plus chaste »

Fran­çois Ozon.

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