« La honte doit chan­ger de camp ! »

Lau­rence Ros­si­gnol,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par CH­RIS­TINE MATEUS ET NA­THA­LIE SCHUCK

LA MI­NISTRE nous dé­voile en ex­clu­si­vi­té la cam­pagne qu’elle lance contre le sexisme, avec des as­so­cia­tions et plu­sieurs per­son­na­li­tés. Comment est née cette cam­pagne ? LAU­RENCE ROS­SI­GNOL. D’un constat. Nous avons tout l’ar­se­nal lé­gis­la­tif né­ces­saire de­puis la loi Veil de 1975 sur l’avor­te­ment, et la der­nière loi (NDLR : pour l’éga­li­té réelle entre les femmes et les hommes) date de 2014. Pour­tant, les ré­sul­tats ne sont pas au ren­dez-vous des am­bi­tions, ni sur les in­éga­li­tés sa­la­riales, qui de­meurent im­por­tantes, ni sur les vio­lences faites aux femmes, le har­cè­le­ment, ou l’image des femmes vé­hi­cu­lée par la pu­bli­ci­té. Ça ne chan­ge­ra donc pas en fai­sant une nou­velle loi. Qu’est-ce qui bloque ? L’obs­tacle, c’est le sexisme, cet en- semble de sté­réo­types qu’on vé­hi­cule sur les femmes. Ce sont les plai­san­te­ries sur les blondes, les femmes au vo­lant, notre in­cons­cient col­lec­tif qui fait qu’on condi­tionne nos en­fants dans le choix de leurs ac­ti­vi­tés, leur orien­ta­tion sco­laire, qu’on ré­pète à un pe­tit gar­çon que les hommes ne pleurent pas. Des choses a prio­ri ba­nales. Nous de­vons en­ga­ger une ba­taille cultu­relle. C e t t e c a mp a g n e doit per­mettre de rendre vi­sible ce qui est in­vi­sible, le sexisme au quo­ti­dien. Comment, con­crè­te­ment ? Je dis aux femmes : vous n’êtes pas seules ! Ce qui per­met sou­vent aux har­ce­leurs de s’en sor­tir, c’est la peur qu’a leur vic­time de se re­trou­ver iso­lée. Au bu­reau, l’em­ployée qui va en­voyer ba­la­der ce­lui qui fait des vannes sexistes risque de ne plus être in­vi­tée au pot du ven­dre­di

parce qu’elle n’est « pas mar­rante ». Ça concerne toutes les femmes, quel que soit leur sta­tut so­cial. C’est ce­lui qui har­cèle qui ne doit plus être in­vi­té. La honte doit chan­ger de camp ! Quels ou­tils pro­po­sez-vous ? D’abord un badge « Sexisme, pas notre genre ! », qu’on peut trou­ver sur le site du mi­nis­tère ou au­près des as­so­cia­tions, qui doit mon­trer que nous sommes nom­breux à vou­loir que ça change. Nous sommes sou­te­nus par des par­rains et mar­raines comme Za­bou Breit­man, Clo­vis Cor­nillac (lire ci­des­sous), Fran­çois Clu­zet, Va­lé­rie Da­mi­dot, Ju­lie Gayet (lire en p. 2), Sa­rah Ourahmoune, Au­drey Pul­var ou Jean-Pierre Dar­rous­sin. C’est une

cam­pagne ci­toyenne, por­tée à éga­li­té par des as­so­cia­tions comme le Plan­ning fa­mi­lial, Femmes so­li­daires ou Grandes Ecoles au fé­mi­nin. Mais ça ne doit pas être qu’une af­faire d’as­so­cia­tions fé­mi­nistes. Les clubs de sport, as­so­cia­tions cultu­relles ou fa­mi­liales doivent s’en em­pa­rer. Nous al­lons faire re­mon­ter sur un site In­ter­net tous les pro­jets po­si­tifs, qui se­ront la­bel­li­sés « Sexisme, pas notre genre ! ». Ça va du ca­fé qui ga­ran­tit la mixi­té à des soi­rées d’en­traide aux fa­milles mo­no­pa­ren­tales. En­fin, nous al­lons pro­po­ser aux en­tre­prises de si­gner une charte pour ga­ran­tir à leurs em­ployées un es­pace de tra­vail pro­té­gé du sexisme. Le point noir reste l’in­éga­li­té sa­la­riale. Un homme gagne 20 % de plus en moyenne ! Là en­core, je dis aux femmes : osez ! Lors d’un en­tre­tien d’em­bauche, el- les ac­ceptent le sa­laire qu’on leur pro­pose, alors que les hommes né­go­cient. Les en­tre­prises doivent aus­si rompre avec la culture du pré­sen­téisme qui nuit gra­ve­ment aux femmes, avec les fa­meuses réunions in­for­melles de 19 heures ou 20 heures. Entre les af­faires DSK et De­nis Bau­pin, le monde po­li­tique n’est pas exem­plaire… C’est vrai, mais le sexisme en po­li­tique est da­van­tage mon­tré. Ce­la peut ai­der les femmes qui le su­bissent dans le monde de l’en­tre­prise à dire stop. Ça li­bère la pa­role. Le dé­bat po­li­tique porte da­van­tage sur l’in­té­grisme re­li­gieux, le bur­ki­ni, le voile… Certes, mais l’im­mense ma­jo­ri­té des femmes qui su­bissent le sexisme n’ont ja­mais croi­sé d’in­té­griste, ou d’ul­tra-re­li­gieux. Il ne s’agit pas de bra­quer les pro­jec­teurs sur les uns pour exo­né­rer les autres.

« Ce sont les plai­san­te­ries sur les blondes, les femmes au vo­lant » « Nous al­lons pro­po­ser aux en­tre­prises de si­gner une charte »

@Na­tha­lieS­chuck

Le badge « Sexisme, pas notre genre ! » se­ra dis­po­nible sur le site In­ter­net du mi­nis­tère.

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