Elles n’osent tou­jours pas té­moi­gner

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Eric, sa­la­rié à La Dé­fense C.M.

LE SEXISME en en­tre­prise ? Oui, il existe mais la vic­time, c’est l’autre. C’est cu­rieux. Dans le quar­tier d’af­faires de La Dé­fense (Hauts-de-Seine), ces femmes cadres ont toutes une « col­lègue », « co­pine », « connais­sance » ayant su­bi le sexisme or­di­naire au bu­reau mais pas elles. Toutes connaissent pour­tant ces his­toires de pe­tites hu­mi­lia­tions, voire de franche vio­lence, pré­ci­sé­ment et avec moult dé­tails.

Etrange aus­si de pei­ner à avoir un simple pré­nom ou le nom d’une so­cié­té où elles exercent leurs fonc­tions. « Pour­tant vous n’êtes pas concer­née, vous ne ris­quez rien. » « Moi non, mais… »

Souad, elle, ac­cepte d’ap­por­ter son té­moi­gnage à la pre­mière per­sonne. C’était il y a quatre ans, lors­qu’elle a an­non­cé sa gros­sesse. « Peu de temps après, mon chef de ser­vice m’a don­né un dos­sier à trai­ter en me di­sant : J’en pro­fite, bien­tôt vous ne se­rez plus dis­po­nible. J’ai été sous le choc. Je n’ai pas com­pris tout de suite que, à ses yeux, je n’étais plus un mem- bre de l’équipe sur le­quel on pou­vait comp­ter. »

Cette femme de 36 ans re­voit, « comme si c’était hier », le sou­rire de son res­pon­sable pré­ci­sant sa pen­sée. « Bien­tôt j’au­rai d’autres prio­ri­tés, m’a-t-il ex­pli­qué. Le ton était bien­veillant, plein de dou­ceur, alors qu’il était tout bon­ne­ment en train de stop­per net mon évo­lu­tion de car­rière. Quatre ans plus tard, je suis tou­jours au même point mal­gré mes bons ré­sul­tats et mes de­mandes ré­pé­tées pour avoir de nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés. Une coïn­ci­dence ? Je ne le crois pas. »

« On en fait beau­coup trop avec ces his­toires de sexisme, vous ne trou­vez pas ? » Eric, la pe­tite cin­quan­taine, ré­pon­dra lui-même à sa ques­tion. « At­ten­tion, je ne dis pas qu’il n’y a pas de pro­blème mais un chef reste un chef : si vous avez les com­pé­tences re­quises pour un job, homme ou femme, il vien­dra vous cher­cher. L’in­té­rêt de l’en­tre­prise avant t out. » Les f emmes mentent alors ? « Je ne di­rai pas ça, mais c’est tou­jours dif­fi­cile de se re­mettre en ques­tion et de se dire qu’on n’a peut-être pas les épaules pour un tra­vail. Alors elles cherchent peut-être d’autres rai­sons pour le jus­ti­fier. »

Sé­bas­tien et Her­vé ne sont pas d’ac­cord et parlent, eux, d’au­to­cen­sure de la part de leurs ca­ma­rades femmes. « Elles pré­fèrent prendre les de­vants et s’ex­clure toutes seules de­vant une pro­mo­tion. Nous avons une col­lègue qui au­rait été par­faite pour un poste en hié­rar­chie mais elle ne vou­lait pas en en­tendre par­ler, elle nous di­sait qu’elle n’avait pas les qua­li­tés pour. » Dans leur ser­vice, c’est donc un homme qui a été re­cru­té…

« On en fait beau­coup trop avec ces his­toires, vous ne trou­vez pas ? »

La Dé­fense (Hauts-de-Seine), hier. Dans les en­tre­prises, le sexisme est pré­sent au quo­ti­dien et très peu sou­vent dé­non­cé.

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