Sar­ko­zy, une cam­pagne pas si low-cost

PRI­MAIRE. L’ar­gent, c’est le nerf de la guerre. Après l’af­faire Bygmalion, les bud­gets sont scru­tés et re­vus à la baisse. Mais, grâce à ses ré­seaux ef­fi­caces, l’ex-chef de l’Etat a en­core les moyens de faire la dif­fé­rence.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Ni­co­las Sar­ko­zy OLI­VIER BEAU­MONT CHARLES SA­PIN

LA SCÈNE a lieu le 25 août au soir, dans le train re­tour du pre­mier mee­ting de Ni­co­las Sar­ko­zy à Châ­teau­re­nard (Bouches-du-Rhône). « Ren­dez-nous Bygmalion ! », lance un élu à la can­to­nade, hi­lare mais épui­sé par le pé­riple du jour : un al­ler-re­tour ex­press en TGV, une heure trente de dis­cours sous une cha­leur écra­sante, 2 000 per­sonnes en­tas­sées et mal ins­tal­lées, sans par­ler des pro­blèmes de so­no qui ont émaillé les prises de pa­role.

L’époque des mee­tings « grosse caisse » de Sar­ko­zy avec écran géant, ca­mé­ras, fond de scène et trai­teurs en coulisses semble ré­vo­lue. Du moins pour cette cam­pagne de la pri­maire. « Il faut être sobre et ef­fi­cace », mar­tèle le can­di­dat — sus­pen­du à un pos­sible ren­voi en cor­rec­tion­nelle dans l’af­faire Bygmalion.

L’an­cien chef de l’Etat le sait, pour sé­duire les élec­teurs per­dus, ce­la pas­se­ra aus­si par la ba­taille de l’image. En clair, cor­ri­ger au­tant que faire se peut celle du « pré­sident bling­bling » qui lui colle à la peau. Une cam­pagne low-cost, donc, en pri­vi­lé­giant les pe­tites salles plu­tôt que les Zé­nith. « Il veut re­créer du lien avec les Fran­çais, en jouant à fond la carte de la proxi­mi­té », dé­crypte son en­tou­rage. Comme mar­di soir, quand il a en­chaî­né les si­gna­tures de son livre « Tout pour la France » lors d’un dé­pla­ce­ment dans les Yve­lines, avant de te­nir une réunion pu­blique de­vant 500 per­sonnes à Pois­sy. « Dans une salle com­mu­nale mise à dis­po­si­tion gra­tui­te­ment, confie Karl Olive, le maire LR de la ville… et porte-pa­role d’Alain Jup­pé. Comme nous le fe­rions pour n’im­porte quel élu, qu’il soit de droite ou de gauche. » Une éco­no­mie sub­stan­tielle pour le camp Sar­ko­zy, qui, comme tous ses ad­ver­saires, ne de­vra pas dé­pen­ser plus de 1,5 M€ dans cette cam­pagne, comme l’a dé­ci­dé le bu­reau po­li­tique des Ré­pu­bli­cains.

Pour tous les can­di­dats, l’ar­gent reste le nerf de la guerre. Pour col­lec­ter les fonds, Sar­ko­zy a an­ti­ci­pé les choses dès fé­vrier en do­tant son mi­cro­par­ti, l’As­so­cia­tion de sou­tien à l’ac­tion de Ni­co­las Sar­ko­zy (Asans), d’une struc­ture de fi­nan­ce­ment pré­si­dée par l’an­cien pré­fet Mi­chel Gau­din, pi­lier du staff sar­ko­zyste.

Com­bien a-t-elle gé­né­ré ces der­niers mois ? Là-des­sus, l’en­tou­rage reste dis­cret. Opa­ci­té to­tale même, alors que ses concur­rents jouent, eux, la trans­pa­rence sur ce su­jet ( lire en­ca­dré). Se­lon nos in­for­ma­tions, plus de 2 M€ au­raient été ré­col­tés en quelques mois. Une somme pro­ve­nant des dons en­voyés di­rec­te­ment pas les sym­pa­thi­sants, mais aus­si des le­vées de fonds or­ga­ni­sées par Sar­ko­zy grâce à l’in­fluent car­net d’adresses de son ami Phi­lippe Villin, ban­quier d’af­faires.

Avec cet ar­gent, Ni­co­las Sar­ko­zy peut as­su­rer le loyer de son QG de cam­pagne dans le VIIe, au loyer men­suel de 20 000 €, payer ses mee­tings et dé­pla­ce­ments ( en moyenne 30 000 €) et ré­mu­né­rer la pe­tite di­zaine de col­la­bo­ra­teurs qui se sont mis en re­trait du par­ti pour le suivre dans cette aven­ture. Ce qui n’em­pêche pas de pe­tits « ex­tras », comme le week-end der­nier à La Baule, pour le cam­pus des Ré­pu­bli­cains, où il a pré­fé­ré faire l’al­ler-re­tour en avion plu­tôt qu’en train comme Jup­pé.

« Il faut être sobre et ef­fi­cace » Com­bien pour ma pri­maire ?

@oli­vier­beau­mont Au coeur du QG de cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy Dis-moi quel est ton bud­get, je te di­rai à quelle pri­maire concou­rir. Pour leur pre­mière pri­maire, les can­di­dats les Ré­pu­bli­cains ont vu les choses en grand. Alain Jup­pé, par­ti en cam­pagne à l’été 2014, a un bud­get de 2,5 M€. Fran­çois Fillon comme Bru­no Le Maire dis­posent dé­jà, eux, de 2 M€ cha­cun. « Ce qui re­vient le plus cher, ce sont les dé­pla­ce­ments, in­siste Jé­rôme Grand d’Es­non, di­rec­teur de cam­pagne de Bru­no Le Maire. Notre uni­ver­si­té de ren­trée à Sète, pré­vue les 17 et 18 sep­tembre, de­vrait coû­ter entre 150 000 et 200 000 €. » A gauche, l’heure n’est pas aux paillettes. Si en 2011 Fran­çois Hol­lande avait dé­bour­sé 250 000 € pour la pri­maire, les pe­tits can­di­dats ima­ginent mal cette fois dé­pas­ser la ving­taine de mil­liers d’eu­ros : « Mes seules dé­penses pour l’ins­tant se ré­sument à la confec­tion d’un site In­ter­net de 4 000 € et l’achat de ban­de­roles Ma­rie-Noëlle 2017 pour 500 € », confie Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann. Chez les éco­los d’EELV, l’or­ga­ni­sa­tion du scru­tin ne de­vrait pas dé­pas­ser les 35 000 €. Dif­fi­cile pour ses can­di­dats d’en­vi­sa­ger plus de 10 000 € de bud­get. « Nous al­lons uti­li­ser au maxi­mum les ré­seaux so­ciaux qui ont l’avan­tage d’être gra­tuit. On peut très bien ima­gi­ner un dé­bat sur skype », as­sure l’eu­ro­dé­pu­tée Mi­chèle Ri­va­si.

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