Ca­hu­zac ac­cable et s’ac­cable

FRAUDE FIS­CALE. L’an­cien mi­nistre du Bud­get per­siste à sou­te­nir que les 600 000 € d’un compte ca­ché en Suisse étaient des­ti­nés au mou­ve­ment ro­car­dien.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Jé­rôme Ca­hu­zac PAS­CALE ÉGRÉ

« CHEMINER dans l a vie du compte » se­cret de Jé­rôme Ca­hu­zac à Ge­nève à par­tir de 1992, comme l e pr opose l e pr é s i dent de l a 32e chambre cor­rec­tion­nelle, ap­pa­raît comme un par­cours en clai­robs­cur. Avec cette sen­sa­tion que la « part d’ombre » confes­sée par l’ex­mi­nistre du Bud­get il y a quatre ans, après des mois de men­songes, ne se livre tou­jours pas « en pleine lu­mière ». Au deuxième jour de son pro­cès pour fraude fis­cale, l’an­cien té­nor so­cia­liste ré­pète pour­tant maintes fois, haus­sant le ton tant il veut qu’on le croie : « C’est la vé­ri­té, et elle m’ac­cable ! Je com­prends qu’elle choque. Qu’y puis-je main­te­nant ? Com­pre­nez le sup­plice que je suis en train de vivre. Ce que j’ai fait est ac­ca­blant. Je dois as­su­mer, je ne biaise pas. Je sais le mal que j’ai fait. »

Face aux ques­tions du­bi­ta­tives du pro­cu­reur Jean-Marc Tou­blanc, Ca­hu­zac per­siste : l’ar­gent du pre­mier compte ca­ché ou­vert en Suisse par son ami Pé­ninque n’était pas le sien. Mais une « caisse noire » consti­tuée pour le mou­ve­ment ro­car­dien à une époque, rap­pelle-t-il, où nul par­ti ne vi­vait sans fi­nan­ce­ment oc­culte. Y au­raient at­ter­ri les dons que « trois ou quatre » la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques, qu’il connais­sait via son ac­ti­vi­té de consul­tant, avaient ac­cep­tés pour en­cou­ra­ger les ac­ti­vi­tés de (feu) Mi­chel Ro­card, al ors ex- Pre­mier mi­nistre, pres­sen­ti pour la pré­si­den­tielle de 1995. Le pré­ve­nu in­siste : « Cet ar­gent-là (NDLR : en­vi­ron 600 000 €), ni moi ni ma fa­mille n’en avons ja­mais bé­né­fi­cié. Je ne m’en suis ja­mais ser­vi. Lorsque la jus­tice l’a sai­si, il n’y man­quait pas un eu­ro. »

Au pri ntemps 1993, pour­suit Ca­hu­zac, après la dé­route de la gauche aux l égis­la­tives, « on » lui dit « qu’il n’est pas utile de conti­nuer » cette se­crète col­lecte. Par « loyau­té » pour son ami Pé­ninque, e t parce qu’i l veut « pou­voir rendre l’ar­gent », il dé­ci- de d’en trans­fé­rer les avoirs sur un autre compte. Ce der­nier, ou­vert cette fois à son nom, tou­jours à l’Union des banques suisses (UBS), a pour ges­tion­naire l’an­cêtre de la banque Reyl (au­jourd’hui par­mi les pré­ve­nus). « Cette fois, c’est vous qui trans­gres­sez, sou­ligne le pré­sident. N’y a-t-il au­cun frein ? Et pour­quoi ce nom de code Bir­die ?» « C’est un terme de golf et aus­si le sur­nom d’un joueur de jazz… Tout ce­la est ri­di­cule…, sou­pire Ca­hu­zac. Je suis dans une mé­ca­nique. Il est très dur de s’ar­rê­ter. »

« Il y a une trans­gres­sion en 1993, une autre en 1998 », pour­suit le tri­bu­nal, an­née où le compte est en­tiè­re­ment confié à Reyl. Pour­quoi ne pas rendre l’ar­gent ? Ca­hu­zac as­sure qu’« on » lui a de­man­dé, par deux fois, « de ne rien faire ». Alors ce « tré­sor ca­ché », le brillant chi­rur­gien ca­pil­laire, tout juste élu dé­pu­té du Lot-et-Ga­ronne, cherche à le dis­si­mu­ler da­van­tage. « Par in­té­rêt ? » sug­gère le pré­sident. « Par crainte, dé­fend le pré­ve­nu. J’ai fait ça dans un sou­ci de dis­cré­tion, parce que j’ai peur. »

Dans les (rares) mou­ve­ments re­cen­sés sur le compte ap­pa­raissent deux gros ver­se­ments en 2000 et 2001. Ca­hu­zac ex­plique : ce sont les ho­no­raires payés « en sac d’es­pèces » pour quelques jours d’opér ations de chi­rur­gie ca­pil­laire au­près de riches clients au MoyenO­rient. « Je n’ose pas ren­trer en France avec cet ar­gent. J’ap­pelle la banque Reyl. On me dit que quel­qu’un vient. » Il concède : « Cet ar­gent est à moi et ne pas l’avoir dé­cla­ré, c’est de la fraude. Non, ces deux fois-là, il n’y a pas eu de frein Mon­sieur le Pré­sident. C’est après que j’ai ar­rê­té. »

« Cet ar­gent-là, ni moi ni ma fa­mille n’en avons ja­mais bé­né­fi­cié »

Après ses ré­vé­la­tions fra­cas­santes à l’ou­ver­ture du pro­cès, Jé­rôme Ca­hu­zac per­siste et signe : le compte en Suisse, conte­nant 600 000 €, ou­vert en 1992, était bien se­lon lui une caisse noire des­ti­née à ali­men­ter le mou­ve­ment ro­car­dien.

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