La sale guerre des en­fants sol­dats

De plus en plus de mi­neurs, gar­çons ou filles, par­fois très jeunes, sont uti­li­sés par Daech mais aus­si dans les rangs kurdes ou chez les re­belles. Consé­quence ter­rible de conflits qui s’éter­nisent.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Do­na­tel­la Ro­ve­ra, Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal FRÉ­DÉ­RIC GER­SCHEL

LE RE­CRU­TE­MENT des en­fants sol­dats n’est pas un phé­no­mène nou­veau en Irak et en Sy­rie. Mais il est en train de prendre une am­pleur alar­mante alors que la guerre est en­core loin d’être ter­mi­née. « Presque tous les camps y ont re­cours sans état d’âme, ex­plique une source mi­li­taire. Il suf­fit de re­gar­der les nom­breuses vi­déos qui cir­culent sur In­ter­net pour s’en rendre compte. On voit de plus en plus de jeunes gar­çons ha­billés en treillis, une arme à la main, par­fois même des filles. »

Pour le groupe Etat is­la­mique, en re­cul sur tous les fronts, il s’agit presque d’une ques­tion de sur­vie. Dans le « ca­li­fat », cer­tains ado­les­cents sont en­rô­lés de force et servent de chair à ca­non pour rem­pla­cer les adultes morts sur le champ de ba­taille (45 000 tués ces deux der­nières an­nées se­lon les mi­li­taires amé­ri­cains). Dans son pro­jet idéo­lo­gique, Daech ré­serve une place toute par­ti­cu­lière à ses jeunes pousses, his­toire de les en­doc­tri­ner et d’en faire des ma­chines à tuer. Une bri­gade spé­ciale a été bap­ti­sée « les lion­ceaux du ca­li­fat », avec des mis­sions mul­tiples. Cer­tains ap­pren­tis dji­ha­distes ap­prennent à se ser­vir d’un fu­sil d’as­saut, d’autres à po­ser des mines, dé­ca­pi­ter des otages ou même se faire ex­plo­ser au mi­lieu d’une foule.

Tan­dis qu’une étude ré­cente es­time à 31 000 le nombre de femmes dji­ha­distes en­ceintes dans les ré­gions te­nues par le groupe Etat is­la­mique, la branche com­mu­ni­ca­tion de l’EI ne cesse de mettre les en­fants en scène. Une fa­çon de mon- trer à ses ad­ver­saires que la re­lève est prête et qu’elle peut être toute aus­si fé­roce que la pré­cé­dente. Cô­té fran­çais, les ser­vices de ren­sei­gne­ments oc­ci­den­taux ont re­pé­ré une pe­tite di­zaine de mi­neurs ac­tuel­le­ment en­ga­gés sur la ligne de front sous la ban­nière de Daech (et une cin­quan­taine de Bri­tan­niques).

Mais l’uti­li­sa­tion des en­fants sol­dats n’est pas l’apa­nage des mi­li­ciens au dra­peau noir. Sou­vent ci­tées en exemple, les troupes kurdes s yri ennes ( YPG) et i r akiennes (pesh­mer­gas) en­rôlent sans sour­ciller des ado­les­cents (gar­çons ou filles), par­fois même en fai­sant pres­sion sur leurs pa­rents. La plu­part du temps, tou­te­fois, ces jeunes re­crues ne com­battent pas di­rec­te­ment mais sont can­ton­nées à des tâches su­bal­ternes à l’ar­rière du front.

« Un fils en­ga­gé dans une ar­mée ou une mi­lice peut être un mo­tif de fier­té »

Du cô­té des re­belles sy­riens, même c ons­tat . On a vu f i n a oût un très jeune gar­çon ap­par­te­nant à la Lé­gion du Sham (an­ti ré­gime) fil­mé un fu­sil à la main lors de la ba­taille de Dja­ra­bu­lus, près de la fron­tière turque.

« Il faut com­prendre que la guerre en Irak dure de­puis dix ans et la guerre en Sy­rie de­puis plus de cinq ans. La so­cié­té s’est mi­li­ta­ri­sée. Les re­pères ont sau­té. Pour cer­taines fa­milles, avoir un fils en­ga­gé dans une ar­mée ou une mi­lice qui li­bère sa ville, son vil­lage peut être un mo­tif de fier­té », dé­crypte Do­na­tel­la Ro­ve­ra, res­pon­sable des si­tua­tions de crise à Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. @fger­schel

De haut en bas et de gauche à droite : des « lion­ceaux du ca­li­fat » en Irak, des re­belles du groupe la Lé­gion du Sham en Sy­rie et un jeune Kurde membre des Uni­tés de pro­tec­tion du peuple (YPG), là en­core en Sy­rie.

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