Douche écos­saise pour les sa­la­riés d’Al­stom

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Une source syn­di­cale VINCENT VÉRIER

AT­TEN­TION, une bonne nou­velle peut en ca­cher une mau­vaise. Tan­dis qu’à Pa­ris Al­stom dé­taillait hier son par­te­na­riat avec la SNCF pour ima­gi­ner et construire la cin­quième gé­né­ra­tion de TGV, en Fran­cheCom­té l’en­tre­prise an­non­çait la dé­lo­ca­li­sa­tion de son site his­to­rique de pro­duc­tion de Bel­fort, d’où est sor­ti le pre­mier pro­to­type de TGV en 1971. Une vé­ri­table douche écos­saise pour les sa­la­riés de l’en­tre­prise de trans­port. « C’est un énorme coup de mas­sue, confie Oli­vier Koh­ler, dé­lé­gué CFDT. Face à la baisse des com­mandes, on s’at­ten­dait à ce que la di­rec­tion prenne quelques me­sures, comme un par­tage de l’ac­ti­vi­té entre les dif­fé­rents sites in­dus­triels. Mais pas une dé­ci­sion aus­si ra­di­cale. »

Con­crè­te­ment, la pro­duc­tion in­dus­trielle et les bu­reaux d’études de Bel­fort, qui em­ploient 400 sa­la­riés, vont être trans­fé­rés dans l’usine de Reich­shof­fen (Bas-Rhin), où tra­vaillent dé­jà un mil­lier de per­sonnes. En re­vanche, l’ac­ti­vi­té main­te­nance des trains et ses 80 sa­la­riés res­tent à Bel­fort. « Il ne s’agit pas d’une fer­me­ture ni d’un plan so­cial, in­siste un porte-pa­role d’Al­stom. Tous les sa­la­riés re­ce­vront une pro­po­si t i on de r e c l a s s e ment v e r s d’autres sites. » Pour la di­rec­tion, cette re­struc­tu­ra­tion est plus que né­ces­saire. « Sur nos 12 sites fran­çais, la charge bais­se­ra de 30 % d’ici à 2018, dé­taille l’en­tre­prise. Il faut que nous adap­tions notre ou­til de pro­duc­tion. »

Une si­tua­tion cri­tique qui, pour beau­coup, au­rait pu être évi­tée. Il y a quinze jours, Akiem, en­tre­prise dé­te­nue à pa­ri­té par la SNCF et la Deutsche Bank, spé­cia­li­sée dans la lo­ca­tion de lo­co­mo­tives, a en ef­fet pré­fé­ré l’Al­le­mand Voss­loh à Al­stom pour construire ses 44 lo­co­mo­tives.

« C’est une vé­ri­table tra­hi­son de la part de la SNCF et donc de l’Etat fran­çais, ne dé­co­lère pas cette source syn­di­cale. Avec ce contrat de 140 M€, Bel­fort au­rait pu te­nir deux ans de plus. »

Une bouf­fée d’oxy­gène qui au­rait été d’au­tant plus bien­ve­nue que la pro­duc­tion de la cin­quième gé­né­ra­tion de TGV, pré­sen­tée hier, de­vrait com­men­cer dès 2021. Et à la clé du tra­vail pour « 1 500 sa­la­riés d’Al­stom », de l’aveu même de Jean-Bap­tiste Ey­méoud, di­rec­teur gé­né­ral d’Al­stom Trans­port France. « Mais il y a en­core beau­coup d’in­cer­ti­tudes au­tour de ce pro­jet, fait re­mar­quer l’en­tre­prise. No­tam­ment sur le nombre de rames que la SNCF pré­voit de com­man­der. Ce­la os­cille entre 50 et 200. »

Avec la fin de la pro­duc­tion de trains sur le site de Bel­fort, c’est le ter­mi­nus d’une his­toire d’amour entre la ville et le fer­ro­viaire com­men­cée en 1879. « Moi j’y suis en­tré à l’âge de 18 ans comme câ­bleur, c’était il y a trente-six ans, confie Oli­vier Koh­ler. On va se battre contre cette dé­ci­sion. Elle concerne beau­coup de monde. Les 400 sa­la­riés d’Al­stom, leurs fa­milles mais aus­si les di­zaines de sous-trai­tants. » Une mo­bi­li­sa­tion, qui, à neuf mois de la pré­si­den­tielle, pour­rait jouer les trouble-fête.

« Une vé­ri­table tra­hi­son »

Le site Al­stom de Bel­fort em­ploie ac­tuel­le­ment 400 sa­la­riés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.