Les vic­times du Ba­ta­clan sou­la­gées

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - I.G.

IL AVAIT TROU­VÉ « très cou­ra­geux » les dji­ha­distes qui ont frap­pé la France : l’an­cien membre d’Ac­tion di­recte Jean-Marc Rouillan (pho­to ci-des­sous) a été condam­né hier à huit mois de pri­son pour apo­lo­gie du ter­ro­risme. Un de ses avo­cats, Me Ch­ris­tian Ete­lin, a an­non­cé que l’an­cien condam­né à la per­pé­tui­té en li­ber­té condi­tion­nelle al­lait faire ap­pel : « La mal­adresse dans un pro­pos n’est pas l’apo­lo­gie du ter­ro­risme. »

Condam­né deux fois à la pri­son à vie, pour les as­sas­si­nats ter­ro­ristes de l’in­gé­nieur gé­né­ral de l’ar­me­ment Re­né Au­dran (1985) et du PDG de Re­nault Georges Besse (1986), Jean-Marc Rouillan, 64 ans, est sor­ti de pri­son de­puis 2012 après vingt-quatre ans der­rière les bar­reaux. Il est le der­nier membre du noyau dur d’Ac­tion di­recte — groupe ar­mé d’ex­trême gauche à l’ori­gine de plu­sieurs at­ten­tats et as­sas­si­nats dans les an­nées 1980 — à avoir re­cou­vré la li­ber­té.

Le 23 fé­vrier, lors de l’en­re­gis­tre­ment de l’émis­sion « la Grande Tchatche » à la ré­dac­tion du men­suel sa­ti­rique mar­seillais « le Ra­vi », dif­fu­sée sur les ondes de Ra­dio Gre­nouille, Jean-Marc Rouillan était ve­nu faire la pro­mo­tion de son der­nier film.

« Moi, je les ai trou­vés très cou­ra­geux, en fait », a-t-il dé­cla­ré lors de l’émis­sion, au su­jet des dji­ha­distes qui ont frap­pé la France. « Ils se sont bat­tus cou­ra­geu­se­ment : ils se battent dans les rues de Pa­ris » alors qu’ils « savent qu’il y a 2 000 ou 3 000 flics au­tour d’eux », a-t-il lan­cé. En s’ex­pri­mant ain­si, Jean-Marc Rouillan, ce­lui qui a dans le pas­sé fait par­tie d’un « mou­ve­ment ter­ro­riste », « a fait preuve d’em­pa­thie à l’égard des au­teurs des at­ten­tats qui ont frap­pé le ter­ri­toire fran­çais en j an­vier et en no­vembre 2015, en les qua­li­fiant de très cou­ra­geux, en ré­fu­tant toute lâ­che­té pour qua­li­fier leurs actes », a es­ti­mé le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris.

« La pré­sen­ta­tion po­si­tive et à la gloire des au­teurs de ces at­ten­tats consti­tue une in­dé­niable apo­lo­gie d’ac­tions ter­ro­ristes », se­lon les juges. En outre, dans la me­sure où ses pro­pos ont été te­nus dans une émis­sion « très écou­tée par les jeunes des ci­tés de Mar­seille sus­cep­tibles d’être ten­tés par Daech ou AlQaï­da », ces faits « par­ti­cu­liè­re­ment graves » ne sau­raient être « ex­cu­sés ou mi­ni­mi­sés ».

« J’au­rais dû dire dé­ter­mi­nés », s’était dé­fen­du Jean-Marc Rouillan lors du pro­cès, à pro­pos des dji­ha­distes avec les­quels il a as­su­ré n’avoir « au­cune conni­vence » : « Ce sont des en­ne­mis. »

« J’ai été très mal­adroit », avait-il lâ­ché, condam­nant « bien sûr » les at­ten­tats. Le par­quet avait re­quis un an de pri­son. L’an­cien dé­te­nu a aus­si été condam­né à ver­ser un eu­ro de dom­mages et in­té­rêts à l’As­so­cia­tion fran­çaise des vic­times du ter­ro­risme (AFVT) et 300 € à cha­cune des 30 vic­times des at­ten­tats du 13 No­vembre, qui se sont consti­tuées par­ties ci­viles. « A chaque fois qu’il est fait l’apo­lo­gie d’une ma­nière aus­si gro­tesque d’actes que nous avons di­rec­te­ment su­bis, ce sont des plaies qui se ra­vivent », a dit Me An­toine Ca­su­bo­lo-Fer­ro, avo­cat de l’AfVT.

« Ce qu’on de­mande prin­ci­pa­le­ment à M. Rouillan, c’est de se taire », a ren­ché­ri le porte-pa­role de l’as­so­cia­tion, Guillaume De­noix de S a i nt - Marc. S a c o ndam­na­tion « par­fai­te­ment lo­gique » doit per­mettre à M. Rouillan de « prendre conscience de la gra­vi­té de ses pro­pos, te­nus dans un contexte d’état d’ur­gence et d’at­ten­tats ter­ro­ristes en France », a ré­agi Me Oli­vier Mo­rice, conseil des autres par­ties ci­viles.

« Em­pa­thie » à l’égard des au­teurs des at­ten­tats, se­lon le tri­bu­nal

Pa­ris, le 14 no­vembre 2015. Le jour se lève de­vant le Ba­ta­clan où l’at­taque ter­ro­riste pen­dant un concert a fait 130 morts.

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