Les en­fants plus pru­dents que leurs pa­rents

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - EMI­LIE TORGEMEN

LA SON­NE­RIE de l’école va bien­tôt re­ten­tir. Rue de Bel­le­ville ( Pa­ris XIXe), des nou­nous ca­valent der­rière leurs pous­settes, des pe­tits en trot­ti­nette sont sui­vis, au pas de course, par leurs pa­rents. Le tra­fic char­gé fait une pause, le feu à beau être vert, Ouss­man s’en­gouffre dans cette trouée et tra­verse à grandes en­jam­bées, en te­nant par la main son fils de 21 mois. « D’ha­bi­tude, quand je suis avec Has­san, je res­pecte scru­pu­leu­se­ment les règles et je lui montre le pe­tit bon­homme mais euh… », ba­fouille le jeune pa­pa pris en faute avant de s’ex­cu­ser ! Comme Ouss­man, les trois quarts des pa­rents (74 %) avouent ne pas être tou­jours exem­plaires sur la route de l’école, se­lon une étude de l’as­so­cia­tion At­ti­tude Pré­ven­tion* que nous ré­vé­lons.

De l’im­por­tance de mon­trer l’exemple. « Et pour­tant l’en­jeu est ca­pi­tal, in­siste Na­tha­lie Iris­son, porte-pa­role de l’as­so­cia­tion. L’an­née der­nière, 468 pié­tons ont été tués, soit 14 % de la mor­ta­li­té rou­tière, les deux tiers d’entre eux en ag­glo­mé­ra­tion. La ren­trée, c’est le mo­ment de prendre des bonnes ha­bi­tudes. » Alors que les éco­liers viennent de re­prendre le che­min de l’école, At­ti­tude Pré­ven­tion lance un spot TV pour s’as­su­rer que l’on trans­met les bons gestes. « Dans tous les ap­pren­tis­sages, le bla-bla ne vaut rien par rap­port à l’ob­ser­va­tion », ex­plique le so­cio­logue de la route Marc Ca­mio- lo, qui rap­pelle que nos têtes blondes passent leur temps à tes­ter les li­mites en « tra­quant les contra­dic­tions. Plus ils nous voient faire n’im­porte quoi, plus ils tra­ver­se­ront hors des clous dès qu’on a le dos tour­né ». Sur­tout mon­trez que l’on at­tend que le feu passe au rouge dès le ber­ceau « et même dans le ventre de la mère. Les études montrent que le goût du risque se dé­ve­loppe in ute­ro », pré­cise Marc Ca­mio­lo.

Le té­lé­phone dans le sac. Plus de la moi­tié des adultes avouent uti­li­ser leur té­lé­phone à pied de­vant leurs en­fants pour pas­ser un coup de fil urgent quand ce n’est pas pour jouer à… Po­ké­mon Go. « Le bon ré­flexe, c’est de le lais­ser au fond de son sac, ex­plique Na­tha­lie Iris­son. Même sur le trot­toir, des deux-roues peuvent dé­bou­ler et il faut gar­der un oeil sur des pe­tits ca­pables de cou­rir sur la route s’ils voient un bal­lon ou un chien. »

Le por­table, pour­tant pro­blème nu­mé­ro un, est mal iden­ti­fié comme dan­ge­reux. La preuve, les consignes que l’on donne aux grands-pa­rents qui donnent un coup de main le mer­cre­di par exemple. On leur in­dique sou­vent de « re­gar­der à gauche et à droite, de te­nir la main… ja­mais de ne pas té­lé­pho­ner.

Rien n’échappe aux pe­tits. Sur­prise, quand l’as­so­cia­tion in­ter­roge les en­fants, ce ne sont pas 74 % d’entre eux qui ont re­pé­ré les bê­tises avouées par pa­pa-ma­man mais 91 % ! Vi­si­ble­ment, ils sont plus poin­tilleux que leurs pa­rents. Presque la moi­tié disent avoir dé­jà ré­pri­man­dé les adultes. « En fait, les éco­liers sont très sen­sibles à la sé­cu­ri­té rou­tière aus­si parce que leurs ins­tits passent le mes­sage », pré­cise Na­tha­lie Iris­son. Pas d’or­gueil mal pla­cé, quand la pe­tite Li­li ou son frère Jo­seph vous tape sur les doigts parce que vous al­liez tra­ver­ser sans pré­cau- tion, il faut les va­lo­ri­ser pour avoir don­né un bon conseil. « Et pour­quoi pas pro­fi­ter du temps de tra­jet pour leur ap­prendre le sens des pan­neaux », pro­pose-t-elle. * Etude réa­li­sée par Opi­nionWay au­près de 1 026 pa­rents ayant au moins un en­fant de moins de 15 ans, re­pré­sen­ta­tifs de la po­pu­la­tion fran­çaise, et au­près de 503 en­fants entre 6 et 12 ans.

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